Lorsque vous êtes au bord d’un précipice, ce n’est pas la poursuite de la marche en avant qui permet de s’en sortir

6825c3d00fcd6184c556ac128caa8df8Dans sa préface Desmond Tutu souligne, entre autres, que la réduction de notre empreinte carbone est « devenu le grand chantier de défense des droits humains de notre époque », qu’il y a urgence à s’engager dans « une transition mondiale vers une économie nouvelle basée sur des énergies non nocives », que « les mesures prises à l’échelle individuelle ne suffiront pas à faire la différence ».

Dans leur introduction Nicolas Haeringer, Maxime Combes, Jeanne Plance et Christophe Bonneuil parlent de « crimes climatiques », de profits tirés de la rente fossile, de la révolution industrielle, des armes du crime climatique, des sirènes de l’extractivisme, d’écocide, de crime climatique contre l’humanité.

Elle et ils rappellent que le changement climatique ne doit rien à la « fatalité », « La désintoxication implique non seulement de mettre les lobbies climaticides en quarantaine, mais aussi de déconstruire l’exceptionnalité de la cause climatique ». Les préfacier-e-s soulignent les mobilisation à travers le monde, le mouvement pour le désinvestissement, Alternatiba…

Elle et ils font le lien entre crime climatique et extension du libre-échange, soulignent les responsabilités des institutions internationales, insistent sur les projets coopératifs, les expérimentations, la place de l’agriculture paysanne, les relocalisations, la nécessité de « laisser jusqu’à 80% des réserves de charbon, de gaz et de pétrole dans le sous-sol – et immédiatement geler tous les projets d’exploitation de nouveaux gisements ».

Le livre comporte trois parties :

  • Le chaos climatique, crime contre l’humanité

  • Le bal des faux semblants et des fausses solutions

  • Abandonnons les fossiles, pas la planète !

Les auteur-e-s analysent les causes des changements climatiques, les responsabilités, la place particulière des énergies fossiles, nos connaissances sur l’évolution du climat, les impacts présents et futurs sur les populations, la « violence climatique » et les migrations climatiques, la construction de nouvelles formes d’apartheid, la fiction des entreprises considérées comme des personnes, le droit pénal international, les catastrophes climatiques à venir, la dette écologique, les agrocarburants et l’accaparement massif des terres…

Elles et ils parlent de crime climatique, d’écocide, de colonisation de l’espace atmosphérique, des droits des investisseurs, des accords de libre échange et des tribunaux d’arbitrages privés, de la frénésie extractiviste, de « capitalocène »…

Les auteur-e-s détaillent les fausses solutions, les fantasmes de la technologie, la financiarisation de la planète, le commerce du carbone, « un prix n’est pas un monde désirable », le mythe de la croissante verte, les financements de banques climaticides…

Elles et ils soulignent des résistances, les campagnes pour les désinvestissents, les refus des gaz de schiste « ni ici ni ailleurs ! »…

En conclusion, « Résister et créer les alternatives pour la transition », Geneviève Azam écrit « Il s’agit donc de sortir de l’étau et de faire en sorte que la catastrophe climatique ne signe pas tant une fin que la possibilité d’un tournant ». Elle parle, entre autres, de l’« ordre industriel et chimique qui détruit toute autonomie alimentaire et réchauffe la planète », de globalisation économique et financière, de dette climatique, de transition énergétique, de société en légitime défense, de résistance « contre toutes les formes de destruction ou de réduction de la vie »…

Il est de multiples manières d’aborder les débats autour des crimes climatique. Au delà des divergences, sur la place par exemple, de la production versus celle de la consommation, sur le rôle des rapports sociaux capitalistes versus la « simple » industrialisation, sur le survalorisation du tournant énergétique en Allemagne, un front commun est nécessaire et urgent pour en finir avec le « productivisme », l’« extractivisme » et cette organisation sociale basée sur la propriété privée lucrative, les inégalités, l’accumulation du capital, la privatisation des communs et ses multiples conséquences sur notre environnement… Ce livre est clairement un appel commun à agir sur toutes « les scènes du crime climatique ». Laissons les fossiles dans le sol. Pour en finir avec les crimes climatiques : laissons-les-fossiles-dans-le-sol-pour-en-finir-avec-les-crimes-climatiques/

Parmi de multiples ouvrages, quelques compléments possibles :

Noémie Klein : Tout peut changer : Capitalisme et changement climatique, sur-le-livre-de-noemie-klein-tout-peut-changer-capitalisme-et-changement-climatique/

Sandrine Feydel, Christophe Bonneuil : Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance, lensemble-de-la-planete-devient-une-marchandise-et-un-marche-financier/

Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz : L’événement anthropocène.  La Terre, l’histoire et nous, Politiser l’histoire longue de l’Anthropocène, penser ensemble cet âge dans lequel l’humanité est devenue une force géologique majeure

ATTAC : La nature n’a pas de prix. Les méprises de l’économie verte, note de lecture, Reconnaître la dette sociale et la dette écologique, irréductibles à la dette économique et financière

Alberto Acosta : Le buen vivir – Pour imaginer d’autres mondes : construire-collectivement-une-autre-facon-de-vivre/

De nombreux articles de la revue Alternatives Sud : category/revue/alternative-sud-revue/ et la rubrique Ecologie : coup-de-coeurs/ecologie/

Attac – 350.org : Crime climatique STOP !

L’appel de la société civile

Anthropocène Seuil, Paris 2015, 316 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

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