Être rrom en Roumanie

Un compte rendu de séjour en Transylvanie comme bénévole dans un centre social de l’association STEA.

1 – Habitats

Quand on s’approche d’une ville moyenne la fréquence des piétons sur les routes surprend. Ils semblent ne sortir de nulle part et sont habillés sommairement, sales et pieds nus. En fait les buissons ou bosquets cachent les bidonvilles dans lesquels ils vivent et d’où ils sortent pour se rendre dans les banlieues résidentielles fouiller les poubelles. Dès leur plus jeune âge cette stratégie de survie s’impose, puisque ce sont leurs parents qui les y envoient. Des parents qui n’osent souvent pas quitter leur logement ou ce qui en tient lieu car rien ne ferme. Il n’y a ni portes ni fenêtres. Les bouts de tissus servant de rideaux remplacent les battants. La solidarité de voisinage étant rare et les vols fréquents, il faut qu’un adulte soit là en permanence. Souvent un chien aussi. Donc ce sont les enfants et les jeunes qui sortent à la recherche de nourriture.

Près des conteneurs à poubelles des résidences que les enfants rroms viennent fouiller régulièrement se trouvent parfois des sachets en plastique déjà remplis de colle prêts à l’emploi, pour le cas où un enfant désespéré de ne rien trouver à manger veuille tromper sa faim en inhalant ce poison. La colle à solvant n’est pas interdite en Roumanie, mais il y a tout de même des dealers qui recrutent des consommateurs et en écoulent de grandes quantités. Beaucoup d’enfants tombent très tôt dans la dépendance. Les solvants détruisent le cerveau irrémédiablement et laissent de nombreux jeunes sous forme de loques humaines. Ce fléau n’est pas vraiment combattu car la colle ne rend pas agressif. Et comme le produit n’est pas illicite, (contrairement à la France) sa consommation n’entraine pas de criminalité. Dans les abords des gares on peut voir des grappes de jeunes vautrés ici et là avec leur sachet de plastique à la main. Même une fille de 16 ou 17 ans enceinte.

Des services sociaux devraient s’occuper de ces familles, leur fournir des logements décents, faire les démarches nécessaires pour scolariser les enfants, mais ils se heurtent à tout un faisceau de difficultés. Les services sociaux sont sectorisés. Donc les populations sans logements officiels ne relevant d’aucun secteur, aucunE travailleuSEr socialE n’est responsable d’eux. Ces professionnelLEs sont sous payéEs et mal reconnuEs au sein des administrations où ils elles travaillent si bien qu’ils elles n’en font pas plus que le minimum. Le racisme anti rrom fait le reste. Aider les familles rroms passe pour une tâche ingrate et de surcroit inutile. Aucun accompagnement social n’est prévu pour les bénéficiaires des logements sociaux qui leur sont parfois attribués. Les gens habitués à vivre dehors ne changent pas de style de vie du jour au lendemain.

La plupart du temps ils n’ont dans le logement social ni eau ni électricité car les prestataires attendent que les précédents occupants paient les dettes qu’ils avaient accumulées avant de quitter le logement. C’est plus facile pour eux de mettre les actuels occupants sous pression que de tenter de poursuivre les anciens. Lorsque l’hiver arrive, les occupants de logements sociaux commencent par brûler tout ce qu’ils peuvent pour se chauffer, et vont même jusqu’à arracher les huisseries pour faire du feu. Ils utilisent les locaux à poubelles et autres infrastructures communautaires comme poulailler ou écuries (!). En peu de temps le logement social se transforme en bidonville. Les familles les quittent alors pour se regrouper avec d’autres. Et elles sont enregistrées comme « population migrante » ou sans domicile fixe. Ce statut est mentionné dans leurs papiers d’identité et curieusement ils n’ont avec cette mention plus le droit de quitter la commune où ils ont été enregistrés. Ainsi l’action de l’État à l’égard des rroms se limite au contrôle et à l’obstruction à la mobilité. Ni l’éducation ni les dispositifs de protection sociale ne leur sont accessibles. L’exclusion et la discrimination se reproduisent de génération en génération. C’est cette fatalité que le centre de jour de Stea essaie de briser en ayant une action sociale positive non spécifique c’est à dire prenant en compte l’ensemble des problèmes que rencontrent ces familles.

2 – Chrétiens en Roumanie.

Quatre confessions se partagent la visibilité de la population chrétienne roumaine: car c’est bien de visibilité qu’il s’agit. Ces quatre confessions rivalisent entre elles à qui aura la plus belle église, les services les plus fréquentés, le clergé le mieux payé et les infrastructures les plus luxueuses. Dans chaque ville il y a au moins une église en construction, en général orthodoxe. Pour ces nouvelles églises rien n’est trop beau ou trop luxueux. On supporte que l’église reste longtemps en construction pour qu’à la fin la coupole soit dorée à la feuille d’or, et pendant ce temps les services ont lieu dans la crypte et le clergé insiste sur la nécessité de faire des dons pour financer le chantier. L’église orthodoxe a toujours été majoritaire et a réussi à se maintenir sous le régime communiste, étant plutôt moins persécutée que les autres. L’église uniate qui est nommée en Roumanie église grecque-catholique, l’église catholique romaine et l’église protestante étaient interdites et ont repris leurs activités après la chute de Ceauscescu. On voit que beaucoup d’argent a été investi dans la construction et la rénovation des bâtiments. Le contraste avec l’état de délabrement des autres infrastructures et des logements particuliers laisse perplexe. En Roumanie les églises ne paient pas d’impôts. Elles se financent avec des cotisations des membres que tout le monde paye, personne ne voulant s’exposer à être privé de funérailles, car c’est avec ces menaces que l’Eglise orthodoxe maintient son pouvoir. On peut remarquer le parallèle avec l’Eglise grecque : elle non plus ne paye pas d’impôts, ce qui lui a été reproché durant la crise de la dette. Elle se justifiait avec son fort engagement social : l’Eglise grecque fait fonctionner hôpitaux, jardins d’enfants, maisons de retraite, etc. Et qu’en est-il en Roumanie? Rien de tout cela n’est aux mains des Eglises. Il n’ y a aucune contrepartie au fait qu’elles ne paient pas d’impôts.

Le « centre de jour » de Stea se trouve à proximité immédiate de deux églises. Une église orthodoxe dont les services religieux sont retransmis par hauts parleurs dans la rue, et qui est fréquentée par des fidèles de milieux très simples et une église protestante, plus discrète, fréquentée par des gens plutôt aisés. Son mur extérieur est visible depuis le jardin de Stea. Le centre de Stea s’appelle centre de jour car une des rares choses qu’il ne propose pas est l’hébergement pour la nuit. Sinon il est ouvert à toute personne ayant des problèmes et désirant changer quelque chose à sa situation. Beaucoup viennent avec des myriades de problèmes qui rebutent les autres institutions susceptibles de leur venir en aide: ils veulent faire renouveler leurs cartes d’identité mais sont analphabètes, ont un enfant malade mais pas de sécurité sociale, ne savent pas comment inscrire leurs enfants à l’école, ont besoin d’habits, de logement, d’alimentation… Au centre de jour des adultes viennent prendre une douche, participer aux groupes de parole proposés par les psychologues, aux ateliers sur la communication avec les administrations ou sur l’hygiène. Les enfants apprennent à se laver les mains et les dents tous les jours et font des exercices scolaires puis des travaux manuels. Quiconque participe aux activités a droit à un repas sommaire et remplit son compte de « points » qu’il ou elle peut échanger contre des vêtements. L’action de Stea est donc basée sur l’aide à la responsabilisation et la solidarité.

Lorsque un bénéficiaire de Stea a perdu son père l’année dernière il a tenu à le faire enterrer selon la tradition catholique car c’était le souhait du père. Il était mort couvert de dettes et son fils était sans ressources. Une assistante sociale de Stea l’a accompagné pour faire les démarches. Ils ont ainsi obtenu que la concession dans le cimetière lui soit attribuée gratuitement, que les pompes funèbres fournissent gratuitement le cercueil. La seule dépense qui n’a pu être évitée est le paiement du prêtre pour le service religieux. L’assistante sociale lui a bien dit que si la famille parvenait a réunir les fonds ce ne serait que grâce à la mendicité, à la prostitution et au rackett. Mais il n’a pas cédé.

La coopération avec l’église protestante voisine semblerait s’imposer, mais il n’en est rien. L’église a des locaux qui ne servent qu’une fois par semaine, Stea est très à l’étroit. L’église organise aussi des distributions de vêtements, mais seulement pour ses destinataires… L’église organise des collectes ponctuelles pour aider des familles à se reloger, Stea reçoit des dizaines de sans logis par jour, mais le souhait le plus cher de l’église est que Stea déménage dans un autre quartier. Les fidèles souhaitent en effet que la structure sociale du quartier ne se détériore pas, et perçoivent la présence de rroms comme une menace. Du jardin de Stea on voit un vitrail et un clocher. Mais ils appartiennent à un autre monde. Un monde où l’amour du prochain est professé… .à condition que ce prochain ne soit pas rrom?

3 – Ce qui reste du communisme

Durant la période Ceaucescu nul n’était au chômage. C’était une des composantes de la carte de visite des pays communistes et en particulier de la Roumanie, ou une forte proportion de la population active était dans l’industrie. Les rroms ont du comme les autres se soumettre aux contraintes du travail salarié sous payé et ont été plus souvent que les autres incarcérés comme parasites sociaux s’ils s’y refusaient. Leurs migrations à l’intérieur du pays sont devenues presque impossibles tant le gouvernement mettait d’énergie à les contrôler pour éviter qu’ils y échappent. De cette époque date la mention obligatoire dans leurs papiers d’identité de l’endroit où ils sont enregistrés comme sans domicile et l’interdiction de quitter cette commune. La validité de cette inscription est d’un an. Cette loi est restée en vigueur après la chute du communisme. Certains pères attendent donc pendant un an de pouvoir rendre visite à leurs enfants vivant dans une commune avoisinante, juste parce qu’ils sont sans domicile de la ville x alors que la mère des enfants est sans domicile de la ville y. Ces restrictions sont valables pour les sans domiciles en général mais visent essentiellement les rroms. Elles entravent non seulement leur vie familiale mais font aussi obstacle à leur insertion professionnelle. Trouver un emploi est déjà difficile. Sans aucune mobilité c’est quasiment impossible. Quant au plein emploi factice de l’économie communiste il a fait long feu. Les grandes entreprises d’État ont fermé, elles étaient peu compétitives, leurs anciens employés se sont retrouvés au chômage. Aucune alternative n’ayant émergé entre temps, la Roumanie importe aujourd’hui des produits agro alimentaires alors qu’elle avait une agriculture florissante et connaissait l’autonomie alimentaire. L’entrée dans l’Union européenne a été une nouvelle épreuve pour l’économie roumaine. Elle a précipité des pans entiers de la population qui avaient supporté la chute du communisme dans la pauvreté. Les services et les infrastructures ont été privatisées pour que le budget de l’État soit équilibré. Les services publics gratuits et accessibles à tous ont été en grande partie remplacés par des sociétés privées. Le ramassage des ordures a été privatisé et est devenu hors de prix, et a baissé en qualité. Les ordures sont ramassées plus rarement ce qui favorise leur réutilisation par les rroms qui en tirent leurs rares ressources. Les dispensaires publics ont été remplacés par des cliniques privées, le système de santé à deux vitesses du communisme où la nomenklatura pouvait avoir accès aux meilleurs soins et le reste de la population à un service obsolète reste d’actualité. Il n’y a officiellement plus de nomenklatura mais l’administration et la politique roumaines sont très marquées par la corruption et l’irresponsabilité des fonctionnaires. Quand aux rroms ils restent les perdants du système quel qu’il soit. Surveillés et sans accès aux services et aux aides de l’État, ils n’ont plus les usines d’État, les seuls employeurs qui les acceptaient. Leur survie passe par la mendicité la prostitution et la délinquance. En fait rien n’a changé depuis le 15ème siècle alors qu’ils ont été libérés de l’esclavage où les tenaient la population majoritaire.

4 – Parents

Le père ne sait pas vraiment comment on devient père.Il sait en revanche très bien comment mépriser et humilier les filles autour de lui. C’est ce qu’il a toujours vu et entendu faire. Depuis l’âge de 10 ans elles ne sont plus des partenaires de jeu valables pour lui. Il ne perd pas une occasion d’utiliser sans les comprendre les insultes sexistes qu’il a toujours entendues, prenant ainsi note du changement d’apparence de ses anciennes compagnes de jeu: elles mettent des jupes moulantes, des talons hauts, du vernis à ongles et des colifichets. Elles deviennent des femmes-poupées, hyper féminisées avant même d’être pubères. Lui a été initié par ses copains de squat. Même s’il n’a pas 16 ans, le contrôle parental n’est pour lui que très théorique. Il n’a jamais vraiment appris à respecter des parents qui ne s’occupaient que rarement et insuffisamment de lui. La rébellion de la puberté ne s’exerce pas contre les parents qui n’ont jamais représenté une autorité mais contre la police. Et s’il veut que les hommes de son entourage le respectent comme un homme, un passage au poste de police est indispensable. Ces mêmes hommes l’ont initié aussi aux rapports de pouvoir avec les femmes. Ils ont réussi. Les femmes aiment être forcées à avoir des rapports sexuels… Les femmes n’ont qu’à se préoccuper des ressources de la famille. Les femmes aiment être enceintes et avoir un bébé dans les bras augmente leurs chances dans la mendicité. Toutes ces informations sont très bien enregistrées. Et maintenant le bébé est là. Effectivement le succès de la mendicité de la mère, 16 ans elle aussi, s’est démultiplié depuis qu’elle est sortie de l’hôpital ou elle n’est restée qu’une nuit et un jour après son accouchement. Il prend l’habitude de vivre à ses dépens et un jour lui suggérera de vivre « mieux » en satisfaisant sexuellement des hommes qu’il connait de son squat. Effectivement cela rapporte plus que la mendicité… Puis il l’enverra faire le trottoir. Et s’il n’est pas sûr d’être le père lors de la prochaine grossesse qui ne tardera pas à survenir, il la méprisera d’autant plus. Comme tant d’autres, elle sera mère célibataire avec des compagnons changeants et absentéistes, parfois brutaux. Lorsque les bébés grandissent, elle fait en sorte qu’ils soient placés. Elle ne renonce toutefois pas à l’autorité parentale définitivement, si bien que les enfants ne peuvent être adoptés. Placés et jamais repris, ils ne sont pas adoptables, car leur mère ne renonce pas à eux totalement. Ils atterrissent bien souvent dans des familles d’accueil qui les négligent et ils grandissent sans certitude vis à vis des adultes qui les entourent. Ils deviendront bien souvent des adultes incapables de construire du lien avec leurs propres enfants. Ainsi se perpétue de génération en génération une carence affective chronique et quasiment institutionnalisée. D’autres mères gardent leurs enfants, les envoient envoient mendier et faire les poubelles, comme Enieta. Elle a une trentaine d’années et une ancienne blessure au bras la fait encore souffrir. Elle ne se fait pas de soucis pour ses enfants, car c’est Nafia qui s’en occupe. Nafia a dix ans, c’est sa fille ainée. Quand la travailleuse sociale a fortement incité Enieta à se faire poser un stérilet après son quatrième enfant elle l’a fait mais quand les allocations familiales ne lui ont plus été versées après les deux ans du quatrième, elle a été de nouveau enceinte. Maintenant le cinquième est là. Quand Enieta sort avec sa famille elle assied les deux enfants de trois et quatre ans à moitié l’un sur l’autre dans une vieille poussette, celui de sept ans et Nafia, chaussée de mules à semelles compensées avec le bébé de quelques mois dans les bras suivent derrière. Enieta a mal au bras donc elle ne peut pas faire la cuisine ni s’occuper du bébé mais ce n’est pas grave, c’est Nafia qui le fait. Elle ne peut pas faire la lessive mais ce n’est pas grave, c’est Nafia qui la fait. Nafia n’a été que sporadiquement a l’école et depuis la naissance du cinquième plus du tout. Elle sait écrire quelques lettres sans rapport les unes avec les autres. Cela lui plait beaucoup, quand elle est assise avec les autres enfants pendant les séances d’acclimatation scolaire, de se faire déranger par les pleurs de l’un ou l’autre de ses petits frères et soeurs… S’en occuper, les consoler et les calmer est une grande satisfaction pour elle. Elle tire toute son estime de soi de son rôle de substitut maternel et ne cherche pas à exceller dans autre chose. Comment imaginer son avenir ? Dans quelques années elle sera mère et n’accordera pas à la scolarisation de ses filles plus d’importance que sa mère à la sienne.

Florence-Lina Humbert

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5 réponses à “Être rrom en Roumanie

  1. Quant au « fortement incité à se faire poser un stérilet », bonjour l’eugénisme. On n’est pas très loin des stérilisations forcées qu’ont subi les femmes Roms dans bien des pays, jusqu’à il n’y a pas si longtemps…

  2. et Staline a fait assassiné des milliers de Gitans.

  3. L’esclavage n’a été officiellement aboli en Roumanie qu’en 1864. Mais est resté de fait en usage durant les décennies suivantes. Il n’a décliné qu’après la première guerre mondiale même si on s’accorde pour dire que c’est le régime communiste qui l’a réellement supprimé après la seconde guerre mondiale.

    Il faudrait aussi parler longuement de la désindustrialisation d’après Ceaucescu. Il y a eu une volonté de « revanche » des « Roumains de souche » contre les Rroms qui a conduit à des licenciements massifs quitte à en passer par des fermetures d’entreprises. Le régime communiste avait eu au moins le mérite d’imposer l’égalité…

    http://partageux.blogspot.fr/2012/01/teresa.html

    • La dictature de N. Ceaucescu : un « régime communiste » ?
      Nous n’en avons donc pas fini avec les versions staliniennes de l’histoire…

      • « Communiste » est le mot le plus couramment employé pour désigner la Russie d’après 1917 et les pays dans l’orbite russe d’après 1945. Point.

        « République » est le mot utilisé pour définir le régime français actuel. J’emploie aussi ce mot et pourtant la France est aussi éloignée de ce que l’on peut entendre par le mot « république » que le monde soviétique pouvait être éloigné du communisme.

        Pas de quoi rappeler un Géorgien à moustaches à notre souvenir… ;o)

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