Jeune, blanche, femme et blonde…

et fasciste. En PACA, autrement dit, en Région Provence-Alpes-Côtes-d’Azur, la beauté des paysages, sa spécificité, rivalisent constamment et depuis la fin de la colonisation avec le sexisme et le racisme ordinaires de la majorité de ses habitants. À la veille des élections régionales (décembre 2015), cette équation – beauté/sexisme-racisme – se révèle sur le terrain sournois du discours politique, local et national, au point que les sondeurs nous promettent tout azimuts et pour les années à venir une présidente du Conseil, jeune, blonde et d’extrême droite.

Le mercredi 21 octobre, le premier débat radiotélévisé entre les quatre principaux candidats du coin, Marion Maréchal Le Pen (FN), Christian Estrosi (Les Républicains), Christophe Castaner (PS) et Sophie Camard (EELV – Front de Gauche) a bien planté le décor. Le Niçois a voulu fustiger sa rivale, en lui lançant que son programme était « celui de sa tata ». Par discussions sur la sécurité dans les trains régionaux, les mosquées, les repas de substitution dans les lycées et bien d’autres sujets de stigmatisation de la population régionale dite « non française », on a assisté à la fois à une joute paternaliste et sexiste interne à une famille politique raciste et à la maladroite mise en scène d’une parodie de la saga familiale la plus populaire de France.

Les poncifs vont bon train ici et ailleurs. Dans les médias, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, ça jase. La « jeune blonde » passe par tous les qualificatifs. Côté Républicains et proches de Sarkozy, on a pu entendre : « Elle est jeune, elle apparaît encore plus policée. Il est difficile de lui taper dessus ». Les vieux mâles blancs de droite ne peuvent plus pratiquer comme à l’accoutumée. C’est ballot. Leur force virile est schintée au point que la petite-fille, fille, nièce Le Pen se voit créditer de 37% devant Estrosi, 36%, laissant Castaner avec ses ridicules 27%, alors que la région est tenue par le PS depuis dix-sept ans.

On pourrait croire que l’affaire est simple. Cousue de fil blanc. Mais non. Car côté droite de la droite, c’est la guerre. Il aura fallu attendre vendredi dernier, le 16 octobre, pour que le patriarche du clan donne sa bénédiction à la gamine, et avec elle, un signe de ralliement des plus durs de la région, notamment ceux de l’« Algérie française », de l’intégrisme catholique le plus pointu, réunis sur les listes « Union des droites » du député-maire d’Orange Jacques Bompard, président de la très fasciste Ligue du Sud et promoteur d’une ligne moins « gauchisante » que celle portée par la blondasse. Le discours du grand-père est clair : « aime-moi ! ». En manifestant son soutien public à la jeunette, le vieux entend regagner les faveurs de sa propre fille, la « rebelle », la tante/« père spirituel » de l’intéressée. Vous suivez ? À peine quelques semaines plus tôt, il affirmait que sa bien aimée petite-fille n’avait pas la « carrure » du poste à pourvoir. Vous suivez toujours ? Peut-être se méfie-t-il. Elle n’est qu’une fille après tout. Jeune de surcroit. Sans compter qu’elle est aussi la petite-fille Auque. Eh oui ! Un père biologique, bien caché jusqu’à l’année dernière, barbouze de droite, proche de Sarkozy, et des grands-parents paternels, du Nord, gaulliste de gauche côté grand-père, et communiste côté grand-mère… L’héritage de la femme de 26 ans est pour le moins radical pour ne pas dire schizophrène.

Les déclarations bien racistes et fidèles de Marion depuis son investiture en 2012 ne suffisent donc pas : « Nous ne voulons pas de la Paca black-blanc-beur, mais de la Paca bleu-blanc-rouge », « Il est hors de question que notre région passe de la Riviera à la favela », « La Provence est une terre d’identité et de résistance. Résistance des princes provençaux face à l’invasion sarrasine ! ». Pour gagner, il faudra qu’elle continue à se battre contre son propre clan, contre le sexisme structurel du clan de son ennemi électoral, contre la mémoire locale – ses conseillers déforment l’histoire provençale : la résistance y est rouge, les plus âgés ne s’y trompent pas – et surtout contre elle-même et son héritage.

Joelle Palmieri, 24 octobre 2015

https://joellepalmieri.wordpress.com/2015/10/24/jeune-blanche-femme-et-blonde/

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