Pour un front unique contre le fascisme (extrait)

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

fascis_12_avb22 novembre 1933

[…]

Pour un accord de combat des organisations prolétariennes contre le fascisme

Les organisations soussignées font appel à tous les partis ouvriers, aux organisations syndicales, sportives, éducatives et autres de la classe ouvrière, avec la proposition suivante.

L’expérience de l’Allemagne a montré quel destin réserverait à la classe ouvrière européenne et mondiale un développement ultérieur du fascisme. Mais en même temps, aucune espèce de changement ne s’est produit dans la politique des organisations ouvrières depuis l’écrasante défaite du prolétariat allemand. Des causes identiques conduisent à des effets identiques. Si les organisations ouvrières ne tirent pas les nécessaires conclusions pratiques de l’expérience de la catastrophe allemande, les années prochaines seront celles de l’écrasante défaite finale du prolétariat mondial.

Loin de nous l’idée de proposer la fusion des partis prolétariens, la renonciation à la lutte à l’intérieur de la classe ouvrière, etc. De telles propositions sont de toute évidence utopiques. En présence de profondes différences principielles, scissions et luttes internes dans les rangs du prolétariat sont absolument inévitables. Il pourrait s’agir seulement en pratique d’un accord entre les différentes organisations contre l’ennemi commun. Sans renoncer ni à leur indépendance, ni au droit de critique mutuelle, les organisations ouvrières devraient conclure entre elles un accord de combat contre le fascisme. Avant tout, il s’agit de défendre l’instrument fondamental du prolétariat : ses organisations. Cette tâche est également évidente et immédiate aux yeux de tout ouvrier organisé, quelle que soit la direction politique globale de son organisation.

Ne pas permettre aux fascistes de pénétrer dans les usines ; ne pas les laisser s’emparer de la rue pour leurs manœuvres préparatoires ; étouffer dans l’œuf toute tentative de leur part pour briser les réunions ouvrières, etc – tel est le programme le plus simple et en même temps le plus important d’un accord entre les organisations de la classe ouvrière.

Un accord de combat suppose, cela va sans dire, l’observation d’une discipline militaire de la part de tous les participants ; mais il ne s’agira que de discipline vis-à-vis des actions pratiques définies dans des limites auxquelles chacune des organisations consentira d’avance volontairement.

Les formes organisées, comme les méthodes pratiques de l’accord de combat, seront inévitablement très diverses en fonction des conditions nationales et locales. La formation d’un bureau commun d’information, comme un premier pas, pourrait déjà donner des résultats positifs importants. Dans la lutte contre le fascisme, comme dans toute lutte en général, il est extrêmement important de connaître à temps les forces, les moyens et les plans de l’ennemi. Ce n’est qu’à cette condition que les travailleurs ne seront pas surpris. C’est seulement ainsi que l’état-major militaire peut être éduqué et devenir capable de mobiliser les masses pour se défendre, et, de là, pour attaquer. Il ne saurait y avoir de doute qu’une large formation de combat, soutenue par les partis et syndicats d’orientations diverses, attirerait la confiance et la sympathie des ouvriers inorganisés et des travailleurs en général, et déjà, par ce seul fait, gênerait la pénétration du poison fasciste au sein des classes opprimées.

Nous appelons toutes les organisations ouvrières, locales, nationales et internationales, qui sont d’accord en principe avec les idées fondamentales de cette lettre, à la signer, en accompagnant, si elles le désirent, leur signature de critiques, corrections et suggestions d’amendements.

Ainsi se réaliserait entre organisations ouvrières une consultation qui aurait en elle-même une grande importance pour leur compréhension mutuelle. Sur la base des résultats de cette consultation, il serait possible de prendre de nouvelles initiatives.

Léon Trotsky : Contre le fascisme. 1922-1940

Editions Syllepse,

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_66_iprod_633-contre-le-fascisme.html, Paris 2015, 944 pages, 25 euros

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

3 réflexions sur « Pour un front unique contre le fascisme (extrait) »

  1. OK mais une démarche politique ne peut s’expliquer et se comprendre hors contexte. Le contexte d’aujourd’hui n’est pas celui du moment ou Trostky écrivait son texte. Ce que sont les syndicats aujourd’hui, le poids des médias, le sens des mots socialisme, communisme et plus encore ce que sont devenues les classes ouvrières dans les pays d’Europe font qu’il n’est pas possible de reprendre les textes de Trostsky tels quels. A bientôt pour la suite.

  2. Faudrait contextualiser un peu l’article de Trotsky, ça fait tout drôle et assez décalé de lire ce texte. Il y a nombre de différences entre le texte de Léon et la situation actuelle. Le prolétariat il est légèrement en difficulté.

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