La variabilité individuelle du fonctionnement cérébral, quel que soit le sexe, l’emporte sur la variabilité entre les sexes

cossette_siteDans son avant propos, Louise Cosette indique, entre autres, « une large part de l’information diffusée tient davantage du préjugé, du parti pris idéologique et souvent même du sexisme le plus primaire que d’une démarche éclairée ». Face aux discours, aux fantasmes, aux constructions très idéologiques, au « sexe » comme marqueur spécifique, des chercheuses « proposent une synthèse des connaissances actuelles et une réflexion sur la différenciation psychologique des sexes et de l’orientation sexuelle et sur les notions de sexe et de genre ».

Le livre est composé de quatre textes :

  • Catherine Vidal : Cerveau, sexe et préjugés

  • Louise Cosette : La différenciation psychologique des sexes : un phénomène en voie d’extinction ?

  • Line Chamberland : La biologie de l’homosexualité : un révélateur de l’imbrication du sexisme et de l’hétérosexisme

  • Chantal Maillé : féminismes, genre et sexe au XXIe siècle : nouveaux habits, vieux débats ?

Catherine Vidal parle de « plasticité cérébrale », de nouveaux circuits de neurones « en fonction de l’apprentissage et de l’expérience vécue », de fonctions associés à la reproduction, de diversité cérébrale, de variabilité (le titre de cette note est extrait de son texte), de la/du petit-e humain et de son cerveau largement inachevé, de l’avenir des neurones non inscrit « dans le programme génétique », des modifications cérébrales proportionnelles au temps consacrés à l’apprentissage, de capacité de réversibilité quand une fonction n’est plus sollicitée…

Les « structures mentales » ne sont pas immuables. L’auteure critique les élaborations liant poids du cerveau et aptitudes intellectuelles, sexe et fonctions cognitives du cerveau, les différences sexuées sur le corps calleux ou sur la répartition des aires du langage… Elle parle de « neurophilie » comme avatar du déterminisme biologique et de « neurosexisme »…

Catherine Vidal souligne notamment, que les enfants évoluent dans des environnements sexués, que les interactions physiques avec les enfants sont différentes avec les bébés garçons et les bébés filles, que les différences d’aptitudes verbales et spatiales entre homme et femmes « n’ont rien d’irréductible ou d’inné »…

Elle parle aussi des évolutions des résultats dans l’enseignement, de la mixité et de la ségrégation des sexes, de corrélations « à un indice d’émancipation des femmes », ou explique pourquoi « l’être humain échappe à la loi des hormones », et rappelle que « Chez nous, aucun instinct ne s’exprime à l’état brut ».

Louise Cosette revient sur les croyances anciennes et modernes concernant les différenciations psychologiques entre les sexes. Elle présente le résultat de « méta-analyses », l’absence ou les faibles différences notables entre sexes, les effets dans le temps, « tendance à l’accentuation de l’enfance à l’âge adulte », la non-immuabilité des différences, les effets des facteurs socioculturels sur les habilités motrices…

Elle parle aussi des conduites et attirances sexuelles, des changements de comportement (par exemple des pratiques de masturbation), des capacités d’autorégulation, de la perception différente de compétences « qui sont pourtant semblables », des liens entre « affirmation de soi » et changements de statut et de rôle social…

L’auteure souligne que « les femmes demeurent les premières responsables des soins aux enfants et des tâches domestiques » et que « La division sexuelle des rôles sociaux se reproduit eu sein même du monde du travail ». Elle analyse les différences de socialisation, les attentes différenciées des parents envers des enfants de sexe différent, les modèles et sources d’apprentissage…

En conclusion, Louise Cosette indique « les différences psychologiques entre les sexes ne sont ni naturelles ni prédéterminées » et « les femmes et les hommes ne sont pas programmés pour exercer des rôles sociaux distincts ».

Dans les constructions fantasmatiques, le gène de l’homosexualité et autres contes « biologisant » en révèlent plus sur la construction mentale de « scientifiques » que sur des réalités. Line Chamerland parle des conceptions pathologisantes des homosexualités, de négation du caractère polymorphe de la sexualité, de méconnaissance de « la diversité des arrangements familiaux et sexuels », de non questionnement de postulat ou de la bi-catégorisation des êtres humains, de vision naturalisante de la sexualité ou de dissolution de la sexualité dans le biologique, de présomptions sexistes et hétéro-sexistes, d’évacuation de toute critique de l’organisations sociale des sexualités, « L’idée que le désir sexuel soit paramétré (hard-wired) avant la naissance évacue également tout regard critique ou subversif sur les rapports sociaux qui (re)produisent les inégalités entre les sexes et les sexualités », sans oublier la défense de la liberté de ses choix sexuels…

Je suis moins à même de présenter l’article de Chantal Maillé, car je reste très dubitatif sur les notions ou expressions comme « performer le genre », « identité de genre », « catégories identitaires », « libération des identités », « masculinités féminines », « transmasculinité », ainsi que sur la testostérone comme « drogue récréative », le « desconstruire l’ordre symbolique », l’identité « postgenre » ; sans oublier l’accent mis prioritairement sur « performance et performativité » et sur subversion de genre(s) au détriment, me semble-t-il, de la subversion des rapports sociaux de sexe ou du système de genre…

Quoi qu’il en soit, un petit ouvrage bien fait contre les constructions à prétentions scientifiques, les postulats sur les sexes et le refus d’analyser la sexuation du monde…

En complément possible :

Sous la direction de Evelyne Peyre et Joëlle Wiels : Mon corps a-t-il un sexe ? : contre-les-fausses-evidences-et-le-soit-disant-bon-sens-a-propos-du-sexe/

Anne Fausto-Sterling et Priscille Touraille : Autour des critiques du concept de sexe. Entretien avec Anne Fausto-Sterling : anne-fausto-sterling-et-priscille-touraille-autour-des-critiques-du-concept-de-sexe/

Anne Fausto-Sterling :

Corps en tous genres. La dualité des sexes à l’épreuve de la science : Apposer sur quelqu’un-e l’étiquette « homme » ou « femme » est une décision sociale

Les cinq sexes. Pourquoi mâle et femelle ne sont pas suffisants : plus-quune-question-de-definition/

Priscille Touraille : hommes grands, femmes petites : une évolution coûteuse – les régimes de genre comme force sélective de l’adaptation biologique : les-inegalites-de-genre-pourraient-etre-enregistrees-au-niveau-du-genome-jusqua-devenir-ce-que-nous-identifions-ensuite-comme-des-caracteres-sexues/

Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys : Cerveau Sexe & Pouvoir, genetiquement-programme-e-pour-apprendre/

Sous la direction de Catherine Vidal : Féminin Masculin, Mythes et idéologie : Les sociétés forgent des modèles et des normes associées au féminin et au masculin

et sur l’intersexualité, le beau livre d’Anaïs Bohuon : Le test de féminité dans les compétitions sportives. Une histoire classée X ? : Contre la fiction du naturel, l’archipel du genre

Sous la direction de Louise Cossette : Cerveau hormones et sexe

Des différences en question

Editions Remue-ménage,Montréal (Québec) 2012, 116 pages

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

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