Contre les oppositions réactionnaires, religieuses, natalistes ou marchandes, le droit des femmes à disposer de leur corps

cadacOutre un mot d’accueil d’Hélène Bidard et une introduction « Nous sommes à un tournant » de Maya Surduts, les textes du colloque organisé le 27 septembre 2014 sont regroupés en deux parties :

  1. Luttes et réflexions féministes pour faire avancer la société

    • Comment les luttes pour les maternités et centres d’interruption volontaire de grossesse, répondant aux besoins des femmes participent à une réflexion sur l’importance de la santé dans notre société

    • Pratiques, réappropriation de notre corps et transmission : sexualité, contraception, avortement : toujours à conquérir – Maternité, maternités : ce que nous voulons

    • Mouvements homosexuels et mouvements féministes : histoires communes et contradictions

    • Marginalisation des mouvements féministes dans les luttes sociales et politiques alors que la remise en question du patriarcat garde toute sa capacité de subversion

  1. La Cadac raconte l’avortement, les luttes, toute une histoire

    • Présentation

    • Avortement : trente-cinq ans après la loi dite Veil, l’avortement est-il encore un combat (mars 2011)

    • Maternité des lilas : une lutte emblématique (2011-2015)

    • Les structures que nous voulons pour l’interruption volontaire de grossesse

Les différentes auteures parlent de l’importance de la reconnaissance du droit des femmes à disposer de leur corps, du droit à l’IVG et des fermetures des centres ou services d’IVG, de l’IVG comme un événement courant de la vie des femmes (« une femme sur trois aura recours à une IVG dans sa vie »), de l’hôpital-entreprise, du terme « production de soins », de surmédicalisation, de l’importance de la non-marchandisation de la santé…

J’ai particulièrement apprécié le texte de Sabine Lambert, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse : texte-de-sabine-lambert-dans-louvrage-de-la-cadac-le-droit-des-femmes-a-disposer-de-leur-corps/. L’auteure parle, entre autres, du site « J’ai avorté et je vais bien merci ! », de « présupposé de souffrance », du droit de disposer de son ventre… et de sa tête, du stigmate de l’avortement, de refus d’un « destin biologique », de décision et de rapidité de décision, de grossesse non désirée comme réel traumatisme, des soignant-e-s et de silence ou de colère, du caractère d’exception « légale » de l’IVG…

Je souligne aussi les textes sur les maternités, les maternités usines, la naissance réduite à un objet de soins, « les professionnels de la naissance s’occupent de ventre dans cette logique de parcellisation et de multiplication des gestes », la logique financière et une certaine idéologie de la naissance, le Planning familial 93 (analyse et déconstruction des rapports sociaux de sexe, conditions d’accès à l’égalité réelle, construction collective des conditions de l’émancipation, accueil collectif, démédicalisation de l’avortement, etc.).

Sans partager toutes les formulations de Marie-Jo Bonnet, je signale le souffle subversif d’émancipation qui sous-tend son texte, sa critique de la Gestation Pour Autrui, son analyse du mouvement LGBTI, sa critique de la marchandisation ou de l’instrumentalisation de la pauvreté et le rappel « On peut s’épanouir dans sa vie sans faire d’enfant et la stérilité n’est pas une malédiction ».

J’ai particulièrement apprécié dans cette partie « Mouvements homosexuels et mouvements féministes », l’article de Jocelyne Fildard, sa critique de l’évolution du mouvement LGBT, de la non prise en compte des impacts sur la collectivité des « propres intérêts », de la prostitution comme « majoritairement un phénomène d’appropriation du corps des femmes par les hommes » (et du rappel que « 99% des prostitueurs ou clients sont des hommes »), du refus de « cautionner un droit à l’enfant s’appuyant sur l’utilisation des corps des femmes » ou de l’« homopatriarcat »…

« Nous appartenons à l’histoire mais il faut encore débusquer la temporalité et trouver les instruments pour démonter cette historicité à chaque tournant de nos luttes ». L’invitation de Geneviève Fraisse à inscrire les droits des femmes dans l’historicité est d’une grande importance. Il vaut mieux parler de « réversibilité » des droits plutôt que de « régression » ou « recul ».

Je souligne aussi, le texte de Valérie Haudiquet et Martine Noël « Avortement : trente-cinq ans après la Loi dite Veil, l’avortement est-il encore un combat ? »

Je n’ai évoqué que certains textes, chacun et chacune trouvera ici de nombreux points de réflexion. Un regret, l’absence de réflexion sur les mutilations sexuelles imposées ou volontaires (pour se conformer, par exemple, aux images distillées par la pornographie), les stérilisations imposées ou le droit pour chaque femme qui le désire de se faire accompagner/soigner par une médecin femme…

« Le droit à disposer de son corps est un point central pour les droits des femmes. Sans avortement, la maîtrise de la fécondité n’est pas totale, et sans cela il n’y a pas de droit à la sexualité pour les femmes, ni d’investissement possible dans le travail : le droit à l’avortement conditionne l’autonomie des femmes »

Valerie Haudiquet, Maya Surduts, Nora Tenenbaum – CADAC : Le droit des femmes à disposer de leur corps

Editions Syllepse,

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_643-le-droit-des-femmes-a-disposer-de-leur-corps.html

Paris 2015, 144 pages, 7 euros

Didier Epsztajn

mmalc

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