Le temps a joué avec elles et avec eux au trictrac

9782812609893Un titre : « et que celui qui a soif, vienne » comme une fenêtre grande ouverture vers l’aventure, l’horizon émancipateur…

Des pirates. Un univers marqué, pour moi, par des images et des films venus d’Hollywood, Errol Flynn… Plus proche, le beau livre de Paco Ignacio Taibo II : Le retour des Tigres de Malaisie. Plus anti-impérialisme que jamais, il-nexiste-pas-de-finale-seulement-des-preludes-a-dautres-fins/

« Un livre est un rêve où se mêlent les vivants et les morts, il est peuplé des miens et de mes chimères, personnages qui se bousculent et se répondent. Il y a des reliefs, des herbes et des animaux. Il n’y a pas vraiment de temps strict et délimité dont on a trop souvent l’habitude, ici il se déchire d’éclats de souvenirs, de tristesse, de révolte »

Fletcher, Gamin, César, Jumeau et Jumelle, la vieille femme et d’autres, la traite négrière, la violence à tous les étages de ces bateaux en bois et voiles, « leur faire éprouver les menus privilèges de la soumission e les douloureux tracas de la révolte », la sourde révolte avant qu’elle ne puisse engendrer la violence libératrice, « Un grand papillon, couleurs dorées et verte, le papillon des voleurs, le papillon de la liberté », les marins, les viols, les routes maritimes et les aléas des rencontres, des marchandises et des corps, « Parfois le temps se précipite. Les libérations sont moments de ce type et la violence longtemps contenue balai les vies », les tyrans d’hier et d’aujourd’hui acculés et abattus, la découverte de sa propre puissance, de son être debout…

Jean-Louis, Ferracciolo, Jean, Barral, Manon, John Calico, Eggers et d’autres, le soleil en sortant de la cage, « la frontière est ténue entre ce qui excite et ce qui soulage », les moments et les bifurcations, punitions et fouet, un duel, un pavillon noir, la religiosité revisitée de certains sermons, « crane, tibias et liberté »…

Arjen, Karl (qui m’a le plus touché avec César déjà nommé), Baruch (manteau et philosophie présente aussi par la lecture récente d’un livre d’Ivan Ségré, rendons-nous-maitres-dun-souvenir-tel-quil-brille-a-linstant-du-peril/), Ours et d’autres, « ici encore des fantômes circulent ». Etre femme et ne pas vouloir être réduite par un ou des hommes, être une individue dans ce silence construit de l’histoire écrite au masculin, « Elle se répéta à voix basse la promesse coûte que coûte des révoltés parmi les femmes, les prolétaires, les colonisés, les esclaves, les vaincus, les amoureux.La promesse de ceux qui ne baissent pas la tête. Les Prométhées. Les voleurs de feu », les marchands et la Compagnie, une « animosité vibrait à la façon d’une corde, arc ou violon », le temps de l’enfance dissous mais non effacé, « Les enfants en eux étaient morts, leur souvenir fut submergé par la marée haute de leur adulte colère », mensonges vrais et vérités mortes, eau d’un fleuve passé, la violence pour mater une femme, briser son corps et son esprit, « Quand ils sortirent elle était chiffon froissé sur le sol »…

« Garder » les souvenirs beaux, le sillage lent face à la houle, courage malgré, richesse en soi, vie cheminement heurté vers destination belle…

Je n’en écris pas plus. Ouvrez le livre et savourez le grondement des espoirs, des colères, des amours…

Un roman plein d’aventures, de rêves, de surprises, d’intelligence de l’histoire, de révoltes et du souffle inépuisable de l’espérance, de la liberté et de l’égalité. Au temps des odeurs fétides de la décomposition, un ouvrage aux couleurs déployées, aux temps furtifs et aux plongées dans ce passé futur où flottent les fantômes. Un livre pour des adultes éveillé-e-s qui n’ont jamais accepté de n’être que des humain-e-s vieillissant-e-s…

Du même auteur :

Beauté parade, alors-ce-jour-la-on-peut-le-dire-oui-la-beaute-est-dans-la-rue/

Le bonheur pauvre rengaine, le-bel-instant-etait-passe/

Des impatientes, un-moment-ou-tout-reste-possible-et-ou-tout-est-improbable/

*

Sylvain Pattieu : et que celui qui a soif, vienne

un roman de pirates

Editions du Rouergue / la brune au rouergue 2016, 480 pages, 21,80 euros

Didier Epsztajn

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s