L’organisation de notre vie d’égales et d’égaux, dans la richesse de nos différences, est l’enjeu de la politique

Edito : Prendre soin du monde

ax 185 couvEn ce mois de janvier inaugurant une année dont on espère qu’elle ne ressemblera pas à 2015, gardons en tête que ce que nous faisons ensemble, dans les pages d’axelle, c’est de la politique. Oui, de la politique.

Qu’est-ce que la politique ?

Voici la définition qu’en donne la philosophe allemande Hannah Arendt, qui a vécu et étudié de près les grands bouleversements du siècle dernier en Europe : « la politique organise d’emblée des êtres absolument différents en considérant leur égalité relative et en faisant abstraction de leur diversité relative. » En d’autres termes, l’organisation de notre vie d’égales et d’égaux, dans la richesse de nos différences, est l’enjeu de la politique. Son objectif doit être notre liberté, ici se niche sans doute le plus important. Il faut que l’articulation entre notre égalité et notre diversité mène à la plus grande liberté possible pour tous.

Ainsi, « politique » n’est pas un gros mot, bien à l’inverse. Ces neuf lettres puissantes dessinent l’intelligence collective dont nous sommes capables. Pour nous, féministes, qui critiquons le sexisme et le racisme dans notre société, c’est-à-dire la valeur différente accordée à des êtres qui devraient être égaux au nom de leur humanité, la politique est vitale. Elle est au cœur de tout ce que nous entreprenons, de tous nos articles, même les plus loufoques. axelle est un magazine politique, qui fait du journalisme politique et dont les lectrices, oui Mesdames (et Messieurs aussi car je crois qu’il y en a), sont des lectrices politiques. La politique n’empêche en rien la légèreté, l’humour, le décalage, qui sont des stratégies d’affrontement tout aussi valables que les traitements les plus sérieux des reportages ou des sujets socio-économiques. Nous faisons ensemble, vous et nous, tous les mois, de la politique et nous pouvons en être fières. Lorsque les pouvoirs publics ou certains groupes dirigeants dénient leurs responsabilités civiques, fourrent au fond d’un tiroir la nécessité de faire bien fonctionner les institutions publiques qui protègent les droits et les libertés de tous, et abandonnent la politique au profit de leurs propres intérêts – le plus souvent ces intérêts sont économiques et liés au pouvoir –, ils ne font pas de la politique au sens où nous l’entendons. Ils ne prennent pas « soin du monde », selon la belle expression qu’employait Hannah Arendt. Ils creusent, petit à petit, le lit d’un système qui n’aura bientôt plus rien de démocratique.

À notre échelle, nous, féministes dans ce monde de brutes, nous fabriquons donc sans cesse, de mille manières, de la matière politique. Nous contribuons au « soin du monde » – même si ce soin-là peut résonner pesamment avec les rôles traditionnellement dévolus aux femmes. Nous sommes ainsi, situées dans une lignée et préparant déjà les nouvelles générations, de véritables femmes politiques.

Sabine Panet

Dossier : Croyantes et résistances – La bonne parole au féminin

« Des femmes croyantes, partageant le constat du machisme de certaines traditions religieuses, se questionnent et essaient collectivement de faire changer les choses de l’intérieur. On entend désormais leurs voix. Juives, chrétiennes ou musulmanes, elles relisent leurs textes et s’en emparent pour y trouver des exemples de femmes émancipées et des arguments en faveur de l’égalité ».

Des femmes, des féministes relisent et débarrassent les textes de « traductions orientées, d’interprétations machistes » et les re-situent « dans leur contexte historique patriarcal ». Irène Kaufer rappelle que beaucoup de Juifs orthodoxes s’adressent ainsi à Dieu (je laisse la majuscule usitée par les croyant-e-s) : « Béni sois-Tu de ne pas m’avoir fait femme »… A-t-on besoin d’ajouter un commentaire ?

« masculin », « féminin » asymétrie des situations et injonction sacralisée de rôles « complémentaires » ; la complémentarité contre l’autonomie, la liberté et l’égalité, encore et toujours.

La réflexion pourrait, par ailleurs, se poursuivre sur cette obsession de diviser et séparer (sans oublier leur hiérarchisation), les êtres humains en hommes et femmes, ce qui n’est pas propre aux religions, mais reste à la base des justifications et des constructions inégalitaires.

Et tout en étant respectueux des croyances et des travaux de relecture/réappropriation, il convient, me semble-t-il, de rappeler que les religions sont des constructions sociales, historiquement situées, qui peuvent donner lieu à des interrogations (qui a écrit les textes ? à quelle époque ? avec quelles intentions ? quelle en a été la réception ?, etc.)… Des débats qui ne sauraient être des préalables à des actions communes pour l’égalité…

Quoi qu’il en soit, pour ces femmes, ces féministes il s’agit bien de défendre « le droit d’être libres », de mettre à jour les interprétations qui ont participé à la marginalisation et à la discrimination des femmes, de se réapproprier « ce qu’on leur a confisqué pendant des siècles »

Les féministes musulmanes, par exemple, luttent contre les préjugés construit sur « la femme musulmane », analysent des idéologies comme le salafisme et wahhabisme, participent activement, comme d’autres croyantes juives, chrétiennes… à des pratiques inclusives y compris dans les lieux de culte.

En complément possible ::

Cahiers du genre Hors série : Religion et politiques. Les femmes prises au piège, lutter-pour-legalite-des-sexes-et-la-justice-sociale/

Jacqueline Heinen : L’influence de la religion sur le statut des femmes : linfluence-de-la-religion-sur-le-statut-des-femmes/

Stéphane Lavignotte : Les religions sont-elles réactionnaires ?, limaginaire-religieux-ne-se-laisse-ni-enfermer-ni-reduire-dans-les-religions/

Maxime Rodinson : Islam & capitalisme, Le rôle d’une religion en tant qu’idéologie (mobilisatrice ou non) ne peut-être pensé indépendamment des rapports sociaux et de leurs perceptions)

Nouvelles Questions Féminismes : Féminismes au Maghreb, faire-emerger-lindividu-femme-en-tant-que-citoyenne-a-part-entiere/

Zahra Ali : Féminismes islamiques, le-feminisme-comme-notion-radicale-faisant-dabord-des-femmes-des-etres-humains/

Et le n° de janvier 2016 d’Alternatives Sud : Etat des résistances dans le Sud : Mouvements de femmes,  les-femmes-sont-representees-en-fonction-des-besoins-masculins/

Parmi les autres textes publiés, je signale notamment :

  • Une bilan des quinze ans de la Marche Mondiale des Femmes. « Dans nos pratiques, la non-mixité est un moyen de corriger les inégalités actuelles. Cela nous renforce en dehors des processus de domination et prépare le changement vers une société égalitaire à laquelle nous aspirons »… « La non-mixité est donc un outil fondamental pour l’émancipation des femmes, une forme de résistance et une affirmation politique forte »

  • Un article de Emmanuel Daniel (Reporterre) sur une clinique solidaire en Grèce. Un exemple d’auto-organisation solidaire en temps de crise. A souligner l’envoi, par cette clinique de médicaments et de bénévoles à Gaza, à Kobané (Syrie) et aux camps de réfugié-e-s syriens (en-grece-la-clinique-solidaire-soigne-les-blesses-de-la-guerre-economique/).

  • La rencontre avec Leïla Shahid.

  • Des femmes, des seins, du cancer et des reconstructions ou non. « A travers l’histoire, les seins des femmes, vu comme le plus précieux attribut féminin, sont sous contrôle des hommes et des institutions qui continuent à dicter les normes »

  • et toujours de riches rubriques : informations internationales et culture.

Un journal de nos amies belges à faire connaître

axelle 185, janvier 2016, http://www.axellemag.be/fr/

Didier Epsztajn

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