« Un si long rêve (…) dit Nikitas. Tout ce sang. Et après ne pas savoir où aller »

9782742700547Thanassis Valtinos n’est pas un écrivain « politique », mais la plupart de ses œuvres s’inscrivent dans l’histoire de la Grèce contemporaine et ne peuvent de ce fait faire l’économie d’un regard politique (Valtinos lui-même lutta contre le régime des colonels). Son plus célèbre roman « La Marche des neuf » est le récit d’une fuite de neuf rescapés de l’Armée démocratique dans la région centrale du Péloponnèse (d’où Valtinos est issu) : brutalité et aridité de la nature, hostilité des villageois, un encerclement par les forces nationalistes qui tient du jeu du chat avec la souris. Et, in fine, la mort. Sauf celle du narrateur qui conclut le récit par cette simple phrase « Peu après des paysans armés sont arrivés et ils m’ont pris. » Mais la force du récit réside dans sa dimension universelle : les « héros » n’en sont pas, ils cherchent simplement à donner un sens à une vie dominée par des forces sur lesquelles ils ont peu de prise. Et, étrangement, ce regard ne se lit pas comme une justification de l’inaction.

9791091902250_1_75On retrouve, dans « Le dernier Varlamis » sous une forme différente la même problématique : court récit qui prend l’histoire d’une famille comme archétypale de l’histoire grecque (le fondateur klephte – brigand du type « Robin des bois » -, le combattant de la guerre d’indépendance, son petit-fils tué par les « alliés » franco-anglais lors de leur intervention à Athènes en 1916, le fils de ce dernier, abattu parce que témoin involontaire de l’exécution d’un « chitès » -les milices collabo sous l’occupation nazie –par l’EAM-ELAS). Mais ce qui intéresse Valtinos porte plus sur les rapports entre histoire et littérature, entre réalité et fiction, tout est inventé –même si des personnages « réels » Séféris, ou Kavvadias peuvent apparaitre- mais sans doute cette « invention » est-elle plus réelle que bien des écrits académiques. Valtinos revendique cette supériorité au détour du sommaire d’un ouvrage dont un chapitre, parodiant le célèbre « Ceci n’est pas une pipe » de Magritte, s’intitule : « La photographie d’un paysage n’est jamais le paysage lui-même et sa qualité dépend non de ce dernier mais de la compétence du photographe. »

Autrement dit : « Au-delà de ce qu’ils racontent chaque fois, les mots ont leur propre passé. Ils se souviennent. La littérature est là. »

Dominique Gérardin

VALTINOS (Thanassis).- La Marche des neuf.- Actes Sud, 1993. Récit traduit du grec par Lucile Farnoux

VALTINOS (Thanassis).- Le Dernier Varlamis.- Fario, 2015.-Traduit du grec par Lucile Arnoux-Farnoux

valtinos_contre-courant_couverture_siteOn peut compléter, pour mieux comprendre Valtinos, par une longue (130 pages !) interview :

VALTINOS (Thanassis).- Contre-courant.- Fario, 2015.- Traduit du grec par Gilles Ortlieb

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s