Allemagne, le nouvel an de Cologne

Terrible information que la révélation de ces agressions. Malaises et souffrances… tout d’abord souffrances des femmes. Les femmes de Cologne qui ont été agressées. Les femmes de partout qui vivent en leur chair l’outrage faite à toute femme. J’ai une pensée particulière pour Eva et Pauline. Les humains du monde sont sidérés par tant d’inhumanité. Malaises des institutions, des progressistes. Silence embarrassé. Comment réagir et dénoncer ce drame sans ouvrir la porte à un autre drame : celui du rejet de l’étranger, du migrant, du réfugié ?

Il y a eu la réponse d’Axel Kahn. Ses propos étaient rassurants par leurs convictions humanistes. En somme, il ne faut pas renoncer à notre devoir de solidarité envers les réfugiés et trier le mauvais grain de l’ivraie, chasser les criminels, accueillir la grande masse des victimes. Dans un premier temps cette position m’a satisfait. Qui a peur de l’étranger a peur de l’humanité et renonce à sa propre humanité.

Malgré tout le respect que j’ai pour Axel Kahn, mon admiration, mon partage de ses convictions éthiques. Malgré l’affirmation de cette boussole humaniste essentielle dans cette période de grands périls, je ne peux me satisfaire d’en demeurer à ce niveau de réflexion. Si nous n’allons pas au fond de ce que révèle cet épisode douloureux nous allons perdre ce combat pour le respect de l’humain.

Sur ce qu’il s’est passé à Cologne, je ne dispose que de ce qu’en dit la télé. Comme toujours cette source d’information, au fond plus propagandiste qu’information, se limite à une façade. Le bien, le mal, compatir avec les victimes choisies. De quoi construire la passivité des citoyens, l’unité nationale… Et laisser le danger avancer.

Pour regarder ce drame, je dispose d’une autre expérience : celle du métier que j’ai exercé un paquet d’année dans les « quartiers ». De mauvais grains, j’en ai vu. Je garde en mémoire cet adolescent cambodgien à la violence explosive qui avait agressé une femme. J’ai appris, par la suite, qu’il avait assisté enfant à l’agonisante noyade de sa sœur alors que son « boat people » ne pouvait arrêter son chemin. J’ai rencontré ces adolescents arrivés d’un Congo ex-Zaïre explosé de guerres. Ce qu’ils avaient vu (subit ?) n’était évoqué qu’en faux rires. Des rires de souffrances comme la machette qui découpe… Oui, c’est cela la guerre. C’est toujours cela. Nous commençons, enfin, à nous inquiéter des traumatismes psychiques de nos soldats. Ce que vivent les peuples est sans doute bien plus terrible encore, et les femmes, surtout les femmes ! Je n’ai pas le temps d’aller rechercher les mots du grand Hugo, la force de sa phrase qui m’avait marqué adolescent. Il disait qu’aux malheurs des hommes s’ajoutait celui des femmes… Nous n’en prenons pas la mesure.

La guerre ne fait pas que tuer. Elle bouleverse des enfances. Elle mine des avenirs. Axel Kahn nous dit qu’il faudrait trier. Toute la réalité de l’inhumanité ne peut être couverte par ce tri.

Mais ce qui est décrit du drame de la Saint Silvestre à Cologne ne ressemble pas à ces manifestations d’adolescents ensauvagés par leurs tristes vies. En plus de la limite humaine de cette proposition de tri par Axel Kahn, cela ne fonctionnera pas dans ce genre d’agression.

Ce qui nous est dit, et je ne dispose d’aucun moyen de vérifier, cette agression est une opération organisée par au moins une centaine d’individus. Une centaine organisée… Nous voici loin de nos enfants perdus, de nos anciens combattants aveuglés et pétris de violences. S’il s’agit d’une action élaborée, à quoi fait-elle écho ? Se poser cette question n’implique en rien (et surtout pas !) de modérer notre réprobation, notre condamnation. Laisser sans réponse cette question c’est abandonner à une causalité ethnicisée : l’autre, l’étranger, surtout l’arabe ou le musulman, renferme en lui cette pulsion de sauvagerie, cet irrespect des femmes.

J’aimerais disposer de cet élément dans le silence : quel est l’enchainement de ce dramatique événement (Sans disposer d’aucun élément factuel, je ne serais pas surpris qu’une telle opération ait été conçue en représailles de quelque chose ayant concerné des femmes réfugiées). Cela permettrait à chacun de retrouver du sens et ainsi échapper au placage d’une idéologie raciale. J’aimerais que ce sens soit connu parce qu’ainsi seulement de tels événements si graves pourraient être combattus.

Nous ne pouvons accepter ni la souffrance des femmes agressées à Cologne, ni la souffrance des réfugiés de la guerre. Pour cela, nous avons le devoir de comprendre qu’un peuple éventuellement en transhumance n’est pas un troupeau et qu’il ne suffit pas de lui accorder la charité du gite et du couvert (au mieux !) Beaucoup de notre rapport à l’humain, à la solidarité en est à interroger si nous voulons éviter de prendre les désastres dans la figure sans comprendre.

Serge Grossvak, Deuil la Barre, le 13/01/16

Une réponse à “Allemagne, le nouvel an de Cologne

  1. Je crois qu’il y a effectivement un problème avec le fait de laisser les femmes et les enfants réfugiés et je crois qu’il est urgent de les traiter à part d’un groupe d’hommes jeunes (qui hors tout contextes culturels font déjà parti du groupe le plus susceptible de commettre des viols ou des crimes) Votre tentative d’explication, qui bien que vous prétendiez qu’elle ne se veut en aucune façon une justification est de plus hérissante. La foutue logique qui voudrait qu’on se venge sur les femmes et les enfants des groupes différents du sien, de ce qui est arrivé au nôtre. Entretuez-vous entre vous, grand bien vous fasse, mais laissez-nous en dehors de vos vendettas.

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