Des bordels propres et des registres de prostituées : voilà le rêve émancipateur des verts allemands

Après des discussions de presque trois ans le gouvernement allemand vient de réviser, alléger, défaire, détricoter jusqu’à l’inexistence complète la loi sur la protection des personnes prostituées.

Une levée de boucliers a accompagné la publication du projet de loi de Manuela Schwesig (SPD Social-démocrate) car les dispositions censées protéger les prostituées en les obligeant à se présenter tous les ans à une consultation dans un service social avec option de consultation médicale, l’obligation pour les propriétaires de bordels de déclarer leur activité et d’obtenir une autorisation d’exercer ont été jugées trop bureaucratiques et inapplicables. Le parti de centre-droite partenaire au gouvernement (parti de Angela Merkel) a été furieux que sa proposition de rehausser l’âge légal de l’entrée dans la prostitution de 18 à 21 ans soit abandonnée au cours des négociations. Finalement c’est dans le projet révisé de cet hiver, tout le dispositif de protection qui a été abandonné, la fréquence des consultations obligatoires (tous les quatre ans) ne voulant plus rien dire. Les réinscriptions pourront se faire par email à l’administration.

La réaction des petits partis d’opposition (Verts et extrême gauche) montre à quel niveau se situent leurs revendications :

« Nous demandons au gouvernement de se mettre d’accord sur des règlements faciles à mettre en pratique pour les établissements de prostitution. Nos propositions : une autorisation d’exercer avec des dispositifs de protection, l’obligation de faire un budget prévisionnel, de tenir une comptabilité à jour, et un contrôle des propriétaires de bordels pour limiter l’exploitation. Les propriétaires de bordels doivent être tenus à certains standards d’hygiène et de sécurité. Jusqu’à maintenant le domaine des prestations sexuelles n’a pas de réglementation spécifique, ce qui engendre un manque de transparence et favorise l’émergence de structures criminelles.

De plus les consultations multilingues et faciles d’accès pour les prostituées dans les services sociaux doivent être multipliées. Ainsi l’on pourrait garantir un minimum de protection aux prostituées et limiter le risque d’exploitation… Une présence accrue sur le terrain permettrait de transmettre des informations sur le cadre légal aux personnes concernées et d’apporter une aide médicale et psychologique. Ce travail est d’une importance centrale pour atteindre les prostituées et leur apporter le soutien nécessaire. Nous espérons que la ministre Madame Schwesig transforme son projet hyper-bureaucratique pour le rendre réalisable. Jusqu’à maintenant il n’y a que des désaccords dans la coalition gouvernementale et les prostituées doivent attendre pour bénéficier d’une meilleure protection. » Communiqué de presse du 14.01.16 des élus verts du Bundestag (assemblée).

Si c’est tout ce que les centaines de milliers de femmes, majoritairement rroms, exploitées dans les bordels et sur les trottoirs allemands peuvent attendre d’un parti qui s’est fondé dans les années 1970 sur les idées d’émancipation et de liberté, il y a de fortes chances pour que les prostitueurs allemands et de toutes nationalités pour qui l’Allemagne est une destination de tourisme sexuel, puissent continuer en toute impunité à violer, maltraiter et tuer dans le cadre d’une industrie du sexe livrée à elle-même par l’inaction politicienne.

Même en position de critiquer le gouvernement, (ils sont dans l’opposition) les Verts ne prennent pas position ouvertement contre ce scandaleux abandon des droits humains des femmes. Les conditions dans lesquelles elles sont exploitées doivent être améliorées. Rien n’est dit en revanche des acheteurs de sexe, ceux dont la fréquentation assidue des lieux de prostitution rend l’exploitation intéressante. Un homme sur quatre fréquente un lieu de prostitution une fois par mois. L’ensemble de la société est représentée parmi ces prostitueurs, avec une légère prévalence des classes socio-économiques les plus élevées. Il est probable que la future loi française pénalisant l’achat de sexe démultiplie la clientèle transfrontalière.

Déjà les principales implantations de bordels se sont faites ces dernières années dans les régions du Sud et de l’Ouest de l’Allemagne à portée des frontières française et luxembourgeoise.

Nous, abolitionnistes allemandes réclamons qu’une véritable consultation d’expertes ait lieu, plutôt que la seule écoute des actrices et acteurs de l’industrie du sexe : ceux qui ont eu tout au long des négociations préparatoires à la loi leur entrée au parlement pour faire valoir leurs intérêts auprès des parlementaires sont ceux qui profitent. Elles et ils disent représenter les prostituées mais sont en réalité principalement des proxénètes qui ne se prostituent qu’occasionnellement et profitent de la perte d’autonomie liée à la précarité des populations en marge.

Nous demandons que le modèle dit nordique fasse l’objet d’un véritable examen impartial. Et qu’une véritable protection des personnes prostituées ait lieu, c’est-à-dire une aide à la sortie.

Florence-Lina Humbert

Lire aussi, un précédent article : Pauvreté et autonomie sexuelle : pauvrete-et-autonomie-sexuelle/

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