Ernesto Novo, deux portraits de Rosa Parks

Pour solennellement marquer l’événement qu’a constitué l’ouverture au public de la gare RER « Rosa Parks » à Paris, la SNCF, les municipalités du 18ème et du 19ème arrondissement, la Mairie de Paris et des associations locales ont sollicité des « artistes urbains » pour peindre un long mur jouxtant la nouvelle gare, rue d’Aubervilliers et un mur de la rue Riquet intégré au pont SNCF. Ainsi, les street artists disposaient de plus de 400 mètres linéaires de murs pour honorer Rosa Parks, appelée par le Congrès américain la « mère du mouvement des droits civiques ». En fait,  les artistes ont illustré bien davantage les valeurs portées par Rosa Parks (le refus du racisme, l’égalité des droits, la liberté, la dignité etc.) que Rosa Parks elle-même. Un pochoir montre la scène fondatrice du 1 décembre 1955. Rosa Parks, à Montgomery, dans l’Etat de l’Alabama, refuse de céder sa place à un passager blanc dans l’autobus conduit par James F. Blake. Arrêtée par la police, elle est condamnée à une amende de 15 dollars. Elle fait appel du jugement. Une campagne de protestation est alors lancée par un jeune pasteur de 26 ans : Martin Luther King. Cette longue campagne et le boycott des bus débouchera sur le jugement de la Cour suprême qui casse les lois ségrégationnistes, les déclarant anticonstitutionnelles. Seul Ernesto Novo a peint un portrait de Rosa Parks.

En fait, il a réalisé côte à côte, deux portraits. L’un représente Rosa Parks dans les années 50 avec Martin Luther King. L’autre, un portrait de Rosa Parks plus âgée et une très célèbre : « One person can change the world ». En d’autres termes, pour faire le portrait de Rosa Parks, il peint un diptyque : Rosa Parks au tout début de la campagne et Rosa Parks, vieille dame, qui, sa vie entière lutta pour les droits civiques et contre toutes les formes de discrimination raciale dans son pays et fut le symbole vivant de ces luttes dans le monde entier. J’ai, dans un premier temps, cherché l’origine de ces images. Elle n’est guère difficile à trouver : il suffit d’aller sur Google Images et on trouve deux photographies qui ont servi de modèles à Ernesto Novo. Ma démarche de recherche d’images a été exactement la même que celle du portraitiste. Les photographies choisies, le street artist les imprime sur un petit format qui tient aisément dans une main. Une photographie dans une main, le pinceau dans l’autre, l’artiste est constamment en relation avec son modèle. 

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Le premier portrait est double : on voit Rosa Parks de face et Martin Luther King de profil. Les rapports de proportion de la photographie ont été conservés. Le rapport des plans également : le premier plan est occupé par Rosa Parks et Martin Luther King est à l’arrière plan. De ce point de vue, il n’y a pas d’écarts notables dans les représentations entre le modèle et l’oeuvre peinte. Trois éléments les distinguent : le décor de la photographie a été gommé et remplacé par une couleur de fond, le noir; les visages sont entourés de 4 lignes de couleurs différentes (des gris et noir du visage, on passe par une frange blanche pour aller vers 3 « auréoles » bleues, de plus en plus foncées). Les visages semblent avoir été détourés et mis « en majesté ». Les contrastes de couleurs sont maximum entre le noir et le blanc et le gris clair  et bleu outremer. Le « recadrage » de la photographie, le zoom effectué sur le visage de Rosa Parks, l’artifice des 4 franges de couleurs témoignent de la volonté de faire ressortir puissamment les deux portraits.

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Le second portrait, celui de Rosa Parks âgée est un « montage » de deux photographes puisées dans le fonds de Google Image. L’une représente Rosa Parks, dame âgée souriante d’une grande beauté avec ses cheveux blancs coiffés en chignon. Sur une autre photographie, on peut lire la citation qu’Ernesto Novo a peint sur le côté droit du visage. Le procédé de mise en valeur est sensiblement le même, en plus vif. Les franges sont plus nombreuses (une de plus) et le contraste est « osé », entre les gris et noirs du visage et les couleurs de feu que sont le jaune, l’orangé et le rouge vermillon. Le portrait de la personne décédée joyeuse, l’épitaphe, le nom et les dates de naissance et de mort, apparentent ce second portrait aux « arts funéraires ». Alors que le premier portrait est une scène prise sur le vif, le second est composé de bribes pour dresser un monument à la mémoire de Rosa Parks.

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Dans les portraits nous retrouvons l’originalité de la peinture d’E. Novo. Des courbes plus ou moins fermées, plus ou moins concentriques sont utilisées non pour décorer les portraits de motifs géométriques mais pour colorer le support. Le fin maillage confère une plus grande profondeur aux œuvres et signe les portraits. Bien que n’utilisant pas systématiquement cette modalité de mise en couleurs, Ernesto Novo est, à ma connaissance, le seul street artist à l’utiliser. 

Richard Tassart

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