Le Petit Prince

(Steigenberger Grandhotel – Promenade 89 – 72220 Davos – Suisse, 26 Janvier 2016)

Nous aimerions commencer cette histoire à la façon d’un conte de fées.

Toujours en quête d’amis, le Petit Prince est arrivé sur terre, non pas dans quelque horrible, sale et triste banlieue ou quelque cour d’usine menacée de fermeture où brûlent toute la journée des carcasses de pneus, mais au cœur des Alpes suisses, canton des Grisons, district de Prättigau, dans la haute vallée de la rivière Landwasser, dans l’enclave féerique et enneigée de Davos. Davos, où se donne rendez-vous tous les 21 Janvier, pour ses agapes prédatrices et spéculatrices, la grande ménagerie de la finance mondiale.

A l’auditoire émerveillé devant sa jolie frimousse, le Petit Prince a demandé : « S’il vous plaît, dessine-moi un patron ! »

Surpris par cette apparition miraculeuse, l’auditoire entier s’est empressé, mais aucun des dessins ne convenait au Petit Prince. « C’est un patron sans les 35 heures, que je veux ! » lança-t-il à ce cercle des poètes non encore disparus. Et pour être mieux compris de l’assemblée mondiale : « Draw a boss for me, without thirty-five hour week ! »

Wunderkind ! a lancé Wolfgang Schaüble, le ministre fédéral des Finances allemand.  Happy boy ! s’est manifesté Eric Schmidt, le président californien de Google. Ragazzo grazioso ! s’est écrié Mario Draghi, le président de la BCE.

Jusqu’aux baisers quasi maternels sur ses joues roses de Christine Lagarde, la directrice du FMI, sanglée de sa jolie doudoune, et aux tapes affectueuses de l’enturbanné bédouin Khalid Al-Saleh, le ministre des Finances du Koweït, lui aussi de passage aux sports d’hiver.

Chers lecteurs, vous avez reconnu là le conte de fées du vol du bourdon médiatique des derniers jours. De L’opération séduction d’Emmanuel Macron à Davos du Monde, à La folle journée d’Emmanuel Macron du Figaro, en passant par RFI avec Emmanuel Macron à Davos, fini le french bashing, et Les Echos avec Macron cultive sa voix dissonante sur les 35 heures.

Conte de fées bien sûr, puisque les plus hautes autorités de l’Etat, le Premier Ministre et le Président de la République, heureusement toujours crispés sur la défense du monde salarié, ils en dormaient mal quelquefois la nuit, nous ont rappelé à la dure et contraignante réalité : les 35 heures resteront la durée légale du travail hebdomadaire. Rappel à l’ordre encore confirmé par un sage dénaphtalinisé, antique et sanctifié démolisseur de guillotines, remettant au Premier Ministre son rapport préambule pour la future refonte du Code du Travail.

Conte de fées bien sûr ! Miroir aux alouettes ! Ou peut-être hirondelle du printemps patronal. Qui sait ?

Pour nous, chers lecteurs, et vous jugerez certainement gravement notre dissonante trivialité, nous préférerons la parabole hippologique qui suit. Savez-vous ce qu’est un boute-en-train ? Et nous aimerions ainsi nommer notre Petit Prince.

Un boute-en-train, on dit aussi « agaceur » ou « souffleur » est un cheval entier (c’est-à-dire non castré) que l’on place à proximité des juments dans les haras afin de vérifier si elles sont en chaleur et prêtes à l’accouplement. Lequel, si à la chose elles sont prêtes, se fera alors avec un étalon sélectionné.

Si à l’approche du boute-en-train, la jument tape, rue et s’énerve, c’est qu’elle n’est pas prête. Mais si elle se met à uriner, ou adopter la position campée, je vous la laisse imaginer, c’est le bon moment nous disent les hippologues. Le boute-en-train ne provoque pas les chaleurs mais il est capable de les déceler et de s’occuper des préliminaires.

(On appelle préliminaires, la phase de préparation intime faite de tendresse et de caresses propres à…)

Nous quitterons le domaine de la parabole, au travers duquel vous avez bien sûr reconnu le boute-en-train Petit Prince, pour rajouter que l’étalon sélectionné ne le sera qu’à l’issue du grand concours hippique de l’Arc de Triomphe du printemps 2017. Quant aux manifestations de non- compliance de la jument, à ce terme anglo-saxon nous préférerons celui d’indocilité, plus même d’insoumission, ces manifestations nous les appelons de nos vœux, sous toutes les formes qu’elles voudront se donner, pétitionnaires, acclamatoires, manifestatoires, électorales ou insurrectionnelles et bien d’autres encore, nous ne nous voulons pas limitatifs.

C’est maintenant fréquemment l’usage, en ces temps de religion, nous ne terminerons pas sans vous parler du Saint du jour, le 25 Janvier, de Saint-Paul et de sa célèbre conversion sur le chemin de Frankfurt.

L’irruption du Christ dans sa vie aura en moins de cinq ans transformé l’évangélisation dans notre pays. Après son discours au Bourget et sa promesse d’emprisonner les chrétiens, cheminant sur le chemin de Frankfurt, Paul ou François, nous ne savons plus, entend dans les cieux : « Je suis la Finance que tu persécutes ! » Tombé de sa monture, un éléphant rose, et rendu aveugle à la suite de cette illumination, il rencontre Angela, reçoit alors instruction et baptême et retrouve la vue. Dès lors, son action est incessante. Il est un apôtre au service de la Finance. Nous citerons sa courte prière restée à la postérité : « Bénie soit la Finance qui nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein
bienveillant ».

Jean Casanova

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