Nous faire croire que les violences sexuelles sont l’apanage de tels ou tels hommes ne sert qu’à dédouaner les autres et à diviser les femmes

ax 186 couvEdito : Le piège tendu aux femmes

Pas d’effet mystère : le piège, c’est notre division. Nous sommes toutes des femmes face au patriarcat. Bien évidemment ce complexe système de domination s’exprime différemment dans la vie de chacune : parfois brutalement, parfois de manière plus subtile. Nos réalités ne sont pas les mêmes, qu’on soit une Équatorienne de la communauté de Sarayaku en lutte contre les multinationales pour préserver son mode de vie ancestral ; une Syrienne réfugiée au Liban, ayant fui la guerre et tentant de s’émanciper économiquement pour la première fois ; une ouvrière belge en grève pour réclamer l’égalité salariale ; une jeune Française tentée de subir une opération esthétique sur son sexe afin de le faire correspondre à un illusoire idéal ; une reine du hip hop américaine que le racisme a transpercée et qui chante les injustices ; une universitaire européenne prenant la plume pour raconter l’histoire d’une petite fille muselée…

Ces femmes composent notre numéro. Les unes avec les autres et non pas les unes contre les autres.

Qu’apprenons-nous enfant ? Que les femmes ne peuvent pas compter les unes sur les autres. Les princesses des contes de fées, Cendrillon, Blanche-Neige, la Belle au bois dormant, sont des héroïnes solitaires. Leurs seules amies sont imaginaires. Elles doivent se débrouiller par elles-mêmes, livrées en pâture à la violence familiale ou au fracas du monde. Leur job : apprendre aux petites filles les bases du patriarcat. Tu es femme : tu dois te glisser dans d’étroites contraintes que tu finiras par accepter, tu vas souffrir pour t’en sortir, les femmes seront jalouses de toi et tu ne pourras te reposer sur personne à part sur l’homme qui te délivrera de ta condition (et qui te tiendra à sa merci, toi et tes enfants). L’image repoussante de la sorcière nous incite à nous méfier des femmes de savoir. La haine de la méchante belle-mère nous apprend à craindre les veuves et les divorcées. La femme âgée décrépite et folle nous fait comprendre qu’en dehors de la reproduction, point de salut.

Au fil des ans, cela continue. L’appel au catch entre femmes. À qui profite le crime ? Aux spectateurs du match. Aux entraîneurs.

Et aujourd’hui ? Nous faire croire que les violences sexuelles sont l’apanage de tels ou tels hommes ne sert qu’à dédouaner les autres et à diviser les femmes. Montrez-nous un pays où les femmes n’ont jamais peur de se promener seules la nuit. Une région où les violences conjugales sont bannies. Une capitale sans viol. Sans inceste. Sans agressions sexuelles. Sans sexisme. 
Cela n’existe pas.

Les femmes ne sont pas un argument politique, elles ne sont pas une variable d’ajustement diplomatique ou économique. Elles sont la moitié de l’humanité. Et elles en ont vraiment par-dessus la tête de voir leurs droits instrumentalisés partout et respectés nulle part.

Les féministes ne sont pas là pour alimenter à la demande les indignations de circonstance. Elles n’attendent pas les histoires qui émeuvent les médias et les politiques pour se mobiliser et pour proposer des solutions. Des solutions qu’elles inventent les unes avec les autres. Unies et solidaires.

Sabine Panet

Dossier : L’intimité au bistouri

La nymphoplastie (réduction des petites lèvres) « esthétique » du sexe féminin en question. Le « dessin du « non-sexe » de la Barbie », l’influence de la pornographie, les modes de (dé)valorisation du corps et de soi, les modèles incitant à se conformer, un business lucratif… Nymphoplastie et excision, la « mode » et la « coutume » et toujours la réduction des femmes à leur corps et leur corps aux images…

Violence imposée, violence rendue « désirable » par sa négation même.

« Il est extrêmement important de contrecarrer cette dépossession qu’on a par rapport à notre sexe et de nous approprier le savoir sur son fonctionnement »

Parmi les autres textes publiés, je signale notamment :

  • La lente émancipation des femmes syriennes réfugiées au Liban. Plus de quatre millions de syrien-ne-s ont fui leurs pays depuis 2011 (plus de 1,8 million sont réfugié-e-s au Liban). Des femmes et des métiers, sortir de chez soi, un cheminement vers l’indépendance financière et la confiance en soi. Sans oublier la difficulté à parler des violences, « Au début, peu de femmes osaient parler de violences conjugales, de viols, mais elles arrivent aujourd’hui à s’ouvrir. Encore très peu franchissent le pas de la séparation, mais quelques unes ont toutefois demandé à bénéficier d’une ordonnance de protection »

  • La grève des femmes ouvrières de la Fabrique Nationale de Herstal en février 1966, la dénonciation du cantonnement dans les qualifications les plus basses, la valorisation des « connaissances » et la dévalorisation des « aptitudes ». La grève pour les salaires et les débats sur des enjeux fondamentaux « comme l’accueil des enfants, l’insuffisance de crèches ou encore la double journée de travail des femmes ».

  • Les femmes de Sarayaku, gardiennes de la forêt contre les projets pétroliers.

  • L’intestin et « nos » entrailles.

  • La récupération de leur entreprise par les ouvrières de la Brukman en 2001.

  • et toujours de riches rubriques : informations internationales et culture.

Un journal de nos amies belges à faire connaître

axelle 186, février 2016, http://www.axellemag.be/fr/

Didier Epsztajn

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