Thom, Thom, « Oxymores », avril 2015, Paris

Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, a offert  pour la première fois, du 2 au 26 avril 2015, les vitres de son ministère aux interventions de quinze artistes de street art. Le projet, baptisé « Oxymores », a permis au grand public de découvrir les œuvres d’Atlas, Combo, Eltono, Jean Faucheur, Honet, Koralie, Lek et Sowat, Marko 93, O’Clock, OX, Surfil, Thom Thom, Jacques Villeglé et Gérard Zlotykamien.

Les œuvres de deux artistes ont particulièrement retenu mon attention : les fresques de Marko 93 et les compositions de Thom Thom.

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Dans ce billet, je souhaite vous faire partager mon intérêt pour le travail de Thom Thom.

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Deux mots sur l’artiste. De son vrai nom Thomas Louis Jacques Schmitt, Thom Thom, surnommé « le boucher-dentellier de la pub » intervient principalement dans le 11ème arrondissement de Paris. Diplômé de l’ENSLL, section cinéma, il s’inspire du cinéma expérimental pour « faire jaillir de ses œuvres des fresques fantasmagoriques étonnantes pleines de minutie », disent ses biographes. En 2001, il rencontre Jean Faucheur qui travaille également sur les affiches publicitaires. Si le « matériau » est le même, les approches sont très différentes : l’un découpe et recompose des fresques, l’autre colle des œuvres directement sur les affiches. Ils fondent l’association M.U.R. (modulable urbain réactif) pour faire connaître d’autres street artists, rue Oberkampf. L’artiste résume ainsi son projet : faire passer un message aux citoyens de la laideur de la publicité et dénoncer le corollaire de la publicité, la surconsommation.

L’œuvre qu’il présente dans le cadre de l’exposition Oxymores ressemble au premier abord à une palissade de chantier complètement recouverte d’affiches. En observant de plus près l’œuvre, notre regard est tout d’abord guidé vers des visages. Dans le désordre de la superposition des morceaux d’affiches publicitaires et d’affiches de cinéma, nous reconnaissons des visages connus, icônes de notre culture de l’image. Les visages et les personnages semblent être les « attracteurs » de la composition. Les superpositions de formes et de couleurs s’organisent autour de ces points forts. L’importance de la surface oblige le spectateur à partager la surface en surfaces secondaires pour comprendre l’ensemble. Ces surfaces découpées par notre intelligence (nous voyons avec notre cerveau) ont un principe qui les organise : la reconnaissance d’icônes, c’est à dire d’images référentielles connues de tous (ou presque !) dans une société donnée. J’ai compté les visages ; il y en a, me semble-t-il, 26. Des petits, des grands. Des reproductions de visages de tableaux célèbres, des visages de mannequins. Des visages de femmes, d’hommes… et même de Mickey Mouse ! La composition est distribuée par un axe de symétrie vertical : une immense photographie de mode.

Les visages sont le plus souvent reproduits tels que l’affiche les présente, parfois ils sont l’objet d’un travail de superposition de fragments d’affiches qui dessinent des « maquillages », des « tatouages », des formes décoratives, laissant apparaître les yeux, la bouche, le nez. Sans ces éléments, nous ne serions pas en mesure de les reconnaître. Or, la reconnaissance est recherchée par l’artiste. La proximité des visages, leur rapprochement, produit des effets ludiques. Mettre côte à côte Jean-Paul Belmondo et Arnold Schwarzenegger n’est évidemment pas le fait du hasard. Pas davantage, la tête du comte de Bouderbala entre les jambes d’une jolie femme de 6 mètres de haut!

Les visages et plus globalement les personnages sont mis en valeur et reliés par un réseau arachnéen de carton fixé par des agrafes. Les motifs décoratifs fins qui transforment, transfigurent les visages sont le plus souvent reliés à un ou plusieurs réseaux de carton fort. Ces découpages sont d’une grande précision : ils sont complétés par des ajouts de motifs géométriques purement décoratifs.

« La palissade »de Thom Thom ne doit rien à l’aléatoire et aux hasards du découpage d’affiches comme nous avons essayé de le montrer. Il s’agit d’une œuvre construite et savamment organisée. Le hasard est certainement intervenu à un stade antérieur dans le processus de création (le hasard des affiches dont on dispose à un moment donné) mais la fabrication « artisanale » de l’œuvre qui, par définition, est unique, est longue et méticuleuse. Il suffit d’imaginer les couches de papier agrafées les unes sur les autres formant des épaisseurs de 3,4, 5 couches,  pour avoir un aperçu du « travail » de l’artiste.

Thom Thom comme plusieurs street artists français prend pour matériau les affiches. Il n’est ni le seul ni le premier. Il convient de citer le nom de Jacques Villeglé. Âgé aujourd’hui de 82 ans, cet artiste dès 1949 s’est presque  exclusivement servi  d’affiches lacérées trouvées au hasard de ses promenades urbaines. Sa démarche était différente : son objectif était de découvrir dans la superposition de papiers lacérés, la beauté d’une forme ou d’une couleur. Loin de dénoncer les affres de la société de consommation, il a voulu montrer que sous l’aspect sauvage, barbare et désorganisé, de la ville se cache de la beauté. L’artiste révèle ce qui est caché.

Si Thom Thom a des points communs avec son illustre prédécesseur, il s’en distingue par la recherche de l’étonnement, de l’humour, de l’absurde. A l’aléatoire de la lacération, il préfère la recherche de très savantes compositions, travaillant à la fois en deux dimensions (celle du plan) et en trois dimensions ( le jeu savant des évidements et des couches superposées ).

Richard Tassart

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