Dramatique accident de braconnage

(Château de Montretout – La Celle-Saint-Cloud – Hauts-de-Seine, 6 Février 2016)

Nous vous avions relaté dans une de nos récentes chroniques, fin Décembre, ce fait divers qui, à l’époque, avait déjà suscité force commentaires, l’interpellation par des gardes-chasses de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, sur les hauteurs de Saint-Cloud, d’un braconnier en train de poser des lacets dans les halliers du vaste domaine boisé de Montretout.

Aux gendarmes l’interrogeant, d’alibi il n’en avait pas, les petits fils de laiton retrouvés dans sa gibecière le confondaient immanquablement, le prénommé François H… avait répondu ne plus disposer sur son propre domaine des réserves giboyeuses nécessaires à son commerce habituel. Depuis plusieurs années, épizooties électorales récurrentes et myxomatose avaient décimé son petit gibier. La ressource cynégétique se faisant rare, notre malandrin se risquait maintenant à des prélèvements sur des domaines plus giboyeux, ceux des hauteurs de la Celle-Saint-Cloud.

La châtelaine de Montretout, propriétaire des lieux, ne veut pas porter plainte, a indiqué la gendarmerie. Bonne princesse et fière de voir reconnue la qualité de son domaine, la dame avait demandé à la maréchaussée de classer l’affaire. «  Qui chasse et goûte mon petit gibier, fait honneur à mon domaine ! », s’en était-elle tirée dans une pirouette.

Beaucoup de nos lecteurs avaient alors fait le rapprochement, était-il justifié, avec ce braconnage en plus grand, électoral celui-là, que constituait la volonté présidentielle d’introduire un quasi état permanent d’exception dans la Constitution et surtout une clause de déchéance de nationalité applicable à ce qui serait représenté comme la part étrangère de notre peuple, les binationaux, pour le dire avec un autre mot, ceux qui ne sont pas « de souche ».

L’affaire aurait pu en rester là. Pas de plainte de la châtelaine ! Pas de plainte, affaire classée, n’en parlons plus !

Eh bien non ! Rebondissement dramatique avec la découverte lors d’une patrouille par nos deux toujours fonctionnaires, au petit matin, d’un corps inanimé, épuisé il avait lutté toute la nuit, inanimé et gisant dans les fourrés de Montretout, la jambe gauche immobilisée et broyée dans un énorme piège à loup.

Inanimé, mais heureusement toujours en vie ! Retourné avec précaution par les deux gardes-chasses, précautions afin de ne pas aggraver les gravissimes lésions musculo-squelettiques du membre incarcéré, l’identification du blessé par ses papiers encore intacts dans la poche intérieure de sa carnassière présidentielle coloris camouflage, au côté de menus objets qui en disaient long, petits fils de laiton et lacets de cuivre, l’identification du blessé suscitait la grande colère des deux fonctionnaires.

L’homme à terre et à demi inconscient était le même que celui interpellé un mois plus tôt, François H…. ! Récidive, allez-vous dire ! Non, le terme de récidive désigne la reproduction d’un délit après un certain délai, on dit une rémission. Là n’était pas le cas, le prévenu n’ayant pas cessé un seul instant de battre les halliers et les fourrés électoraux de Montretout durant tout le mois passé. Récidive, n’était pas le mot. En trouverons-nous un plus juste ?

Transporté en urgence au Centre Hospitalier des Quatre Villes, rue Charles Lauer à Saint-Cloud, par l’équipe du SAMU appelée sur les lieux, la jambe gauche toujours immobilisée dans la tragique ratière, quel sort plus cruel pour un braconnier, le grand blessé était placé en coma artificiel avant toute sanction chirurgicale.

L’ancienne profession de traumatologue de votre chroniqueur vous permettra maintenant de comprendre le pourquoi et le comment des décisions chirurgicales qui se sont imposées.

Le Dr Jean Larrey, chirurgien chef du Service de Traumatologie du Centre Hospitalier des Quatre Villes, a bien voulu, avant son entrée en salle d’opération, le temps du déchoquage du blessé par l’équipe d’anesthésie-réanimation, nous expliquer le pourquoi de la nécessité de… Nous craignons le pire.

(Vous ne confondrez pas, chers lecteurs, notre Dr Larrey d’aujourd’hui avec son célèbre ancêtre Dominique-Jean Larrey, baron d’Empire, père de la médecine d’urgence et de secours aux blessés sur les champs de bataille, inventeur des ambulances chirurgicales mobiles qu’il n’hésitait pas à conduire lui-même pour relever les blessés sous le feu des batteries ennemies.

Théoricien remarquable, auteur de la très connue Dissertation sur les amputations de membres, dédicacée à l’Empereur Napoléon I, décoré d’une des premières croix de la Légion d’Honneur, il était aussi un praticien d’une virtuosité légendaire. A cette époque, celle des guerres napoléoniennes, en l’absence d’anesthésie, d’asepsie et de traitements antibiotiques, il était capable, sur le champ de bataille, de faire « tomber » une jambe, couteau et scie en main, en moins d’une minute.)

Chers amis, nous vous devinons fort troublés par ce petit rappel historique. Il était pour nous le seul moyen de vous amener à entendre de la façon la plus sereine la décision du Dr Larrey d’aujourd’hui : la jambe gauche est perdue ; l’amputation s’impose.

« Mais, protestions-nous respectueusement, Docteur, les techniques modernes d’ostéosynthèse, la microchirurgie de réparation vasculaire et nerveuse, les prouesses des lambeaux musculo-cutanés en chirurgie plastique, les antibiotiques, tout ceci ne permettrait-il pas de sauver ce membre gauche, certes à l’avenir fortement handicapé sur le plan fonctionnel, mais au moins vivant ? »

« Vous oubliez, cher confrère, c’est ce titre que le Dr Larrey voulut bien m’accorder, vous oubliez la gangrène gazeuse .

Notre braconnier a passé une nuit entière, plus de 12 heures, étendu au sol, sa grave fracture ouverte souillée de débris telluriques, ceux des sols moussus de la forêt de Montretout, exposée et déjà contaminée par cette terrible bactérie, le Clostridium perfringens, l’agent de la gangrène gazeuse. Elle a déjà débuté, notre blessé en présente tous les signes, jambe gonflée, œdèmatiée et décolorée, taches cutanées violacées, grosses cloques bulleuses et crépitation si caractéristique à la pression des tissus.

Il nous faut faire vite. Amputation au 1/3 supérieur de jambe ; on peut encore sauver le genou. Direction immédiate, dans les suites opératoires, au Centre d’Oxygénothérapie Hyperbare ».

(L’oxygénothérapie hyperbare consiste à placer un accidenté dans une enceinte sous hyperbarie d’oxygène, permettant ainsi de lutter contre l’ischémie tissulaire, défaut d’oxygénation aboutissant à la nécrose, ischémie occasionnée par certaines graves infections à germes anaérobies, tel le Clostridium perfringens, l’agent de la gangrène gazeuse.)

Toute notre confiance au Dr Larrey et à son équipe. Tous nos vœux de rétablissement à notre mutilé. Car braconner ne méritait de perdre ni la nationalité, ni la vie.

De leçon, cela pourra-t-il lui servir ? Nous n’en savons rien et craignons même que non, soupçonnant, plus que son obstination, sa propension à braver tous les interdits pour la chasse au bouquetin et au bulletin. Terrible punition du ciel, c’est lui-même qui avait posé la ratière tragique.

Même appareillé d’une prothèse, un nouveau modèle dans un matériau ultraléger, le Macron, serait actuellement en cours d’expérimentation, il ne pourra plus désormais compter que sur sa jambe droite. La chasse aux voix nécessite, vous le savez, grande agilité. Craignons désormais que cette claudication ne devienne un épouvantail pour le petit gibier.

La morale de notre affaire sera qu’endosser la tenue camouflage peut conduire à essuyer un grave camouflet.

Jean Casanova

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s