La menthe s’assèche, le thym noircit. Le cactus, lui, est intact

003859754Majda et Rose. Un sursaut d’angoisse. Une femme et sa vie.

Un appel téléphonique, la mère Fouzia, un appel d’un hôpital psychiatrique… Le présent troublé. Une histoire banale et spécifique comme celle de milliers de vie de femmes.

Retour sur l’enfance. Retour sur l’immigration, « On les a vus débarquer dans les ports, sous le soleil frileux du matin, si fébriles qu’ils n’arrivaient pas à boutonner leurs vestes froissées ». Majda et les enfances, les naissances, les garçons, « Quand on est, comme elle, affamée de caresses, avoir l’illusion d’être aimée vaut toujours mieux que la certitude de ne pas l’être », les tâches domestiques et « maternelles », la « neutralité minérale » et le bouillonnement rageur qui rend le sommeil impossible…

Hôpital, « Il y a des hurleurs, des chuchoteurs, des discrets, des touche-à-tout, des mutiques, des baveux, des apeurés, des fraichement débarqués et ceux qui sont là depuis la nuit des temps », celles et ceux qui ont basculé dans cet autre monde, « chacun oeuvre au maintien du fragile équilibre et occupe son temps d’une étrange façon », les médicaments pour « briser le délire », Fouzia et Ahmed, regarder cette fille devenue autre, « Ils ne reconnaissent pas la personne qui leur fait face, cet être rétréci qui dit des choses bizarres »…

Ahmed le père qui « faisait acte de résistance en refusant de se désigner comme garant de la loi », sa propre enfance et l’épicière, « une cavité si mouvante qu’il n’en trouverait jamais le fond »…

Majda, la puberté, la loi des frères, la loi du frère Aziz, les railleries, les coups, « son statut était réduit à son plus simple effet », elle était une fille, la défense de l’identité communautaire fantasmée « pour la tranquillité, et le sommeil de tous ».

Samira Sedira construit son récit comme aller-retours entre l’hôpital et le passé, entre cette femme qui a perdu la tête et la vie volée, la douleur lue par les parents et « la calvaire des nuits cousues de blanc », le brossage des cheveux et l’ivresse d’être enfin caressée, les livres, les garçons, la jupe soulevée, le pire, « Majda ferme les yeux. Le mieux est encore de s’absenter », la dissociation de son propre corps, « On peut très bien respirer, et être morte »

S’échapper. Les études, la vie indépendante et « un jour quelque chose a rompu dans sa tête », le secret bien gardé, le silence…

Retour au passé, la douleur, le médecin, « Fouzia avait immédiatement compris qu’on avait fait du mal à son enfant », le rien faire, le rien dire, l’étouffement des bruits « jusqu’au dernier murmure »…

Un silence clôturant une existence, « comme un insecte pris dans la pierre d’ambre », une enfance dépeuplée, tenir à distance…

La vie, « je ne reviendrai plus », le silence assourdissant, les ténèbres, le rêve qui ne tenait pas ses promesses, s’éloigner de soi, l’angoisse, l’hôpital, les neuroleptiques, la perte de soi, le regard glissant sur les choses, « les bouches assassinent le silence à coups de langue », le chat flegmatique et l’oiseau…

Un juste récit, la vie après, la vie brisée, « Finir quand tout devrait commencer ». Une vie de femme. Majda.

Le précédent livre de l’auteure : L‘odeur des planches, jai-mal-a-platonov/

Samira Sedira : Majda en août

La brune au Rouergue 2016, 140 pages, 16 euros

Didier Epsztajn

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