Intégrale Charlie Parker, « This Time the Dream’s on Me », 1952, volume 11

FA1341A l’écoute de ce coffret, le 11e donc que consacre Frémeaux (et surtout Alain Tercinet), « This Time the Dream’s on Me » aux aventures de Charlie Parker, Bird, deux évidences s’imposent. La première est connue et je ne fais que la rappeler tellement elle pourrait s’oublier, le Bird est la figure du génie de ce 20e siècle. Un génie de grande envergure. Une fois encore – je me répète, je le sais bien – Julio Cortazar, dans « L’homme à l’affût », avait saisi la singularité du créateur et de celui-là en particulier. La deuxième évidence en découle. Elle se trouve aussi chez Cortazar. Le temps avec Parker se distend, s’étend, se transforme, s’accélère. Né à Kansas City en 1920, il s’impose en 1945 sans contestation possible. L’éclosion d’un génie déjà sur de ses possibilités et capacités. Son champ s’élargit. Il s’envole. L’enthousiasme, l’allégresse de la découverte baignent les enregistrements.

En 1952, là où nous amène ce volume, c’est déjà la fin de cette jeunesse. L’art de Parker se stabilise. Devient adulte. Les envolées sont plus maîtrisées. Il s’impose. Personne, à cette époque, n’est capable de le suivre dans les stratosphères où il a pris position. Il a des émules, des suiveurs, des copieurs. Il suscite des réflexions mais aussi la nécessité de définir de nouveaux territoires, lunaires et ensoleillés, là où il ne règne pas. Miles Davis, absent pendant cette année essaiera, à partir de 1954, de fréquenter d’autres contrées.

Cette année 1952, il enregistre peu en studio. Seulement des « jam sessions » sous l’égide de Norman Granz. Le producteur aime réunir des musiciens que tout oppose. Ce 17 avril, il confronte des saxophonistes alto et parmi ceux qui comptent : Benny Carter, Johnny Hodges et le Bird. Ce dernier admire ses prédécesseurs qui ne le lui rendent pas. Johnny Hodges surtout qui sait ce qu’il représente. Il faut dire que le Bird les a vieillis prématurément. Il incarne toute la modernité de son époque. Le passé ne meurt pas. Ils reviendront sur le devant de la scène. Transformés. Hodges par Paul Desmond, Carter par Cannonball Adderley et tout le monde par Charlie Parker.

Pour le reste, Alain Tercinet a choisi des enregistrements en public qui permettent, malgré des défauts techniques, de suivre l’Oiseau. En Californie, au Trade Winds Club – les vents en question sont ceux de la modernité -, Parker découvre un jeune trompettiste, Chet Baker, et accentue ainsi la déprime de Miles Davis. Prend place aussi le concert, sous l’égide du Parti Communiste Américain, donné au Rockland Palace avec un orchestre à cordes et, pour le reste, en quintet avec un Max Roach, à la batterie, très lointain mais qui permet d’entendre ce guitariste sous estimé, Mundell Lowe.

Cette année 1952 se termine, pour l’essentiel, par une émission de radio, en direct du Hit Hat Club – le plus célèbre de Boston -, sous l’égide de Symphony Sid Torin qui n’est plus en odeur de sainteté à New York. Découverte de Joe Gordon, un des grands trompettistes de la future West Coast et des hommes de Shelly Manne et de Dick Twardzik, pianiste de Boston qui atteint à peine ses 19 ans. Il viendra avec Chet Baker à Paris en 1955 où il mourra dans une chambre d’hôte. Il avait 21 ans.

La suite, l’année 1953, au prochain numéro.

« Intégrale Charlie Parker, « This Time the Dream’s on Me », 1952, volume 11 », présentation et choix de Alain Tercinet, Frémeaux et associés

Nicolas Béniès

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