Découverte d’une dent de mammifère. 35 heures

(Collège de France – Laboratoire de Paléo-Anthropologie et de Préhistoire – 11, place Marcelin Berthelot – Paris 5°,19 Février 4016)

Titre bien énigmatique ! Une dent et 35 heures ! Le temps nécessaire à son dégagement et à son extraction ? Non. Mais vous comprendrez plus loin.

Nous sommes, chers amis, exactement dans 2000 ans, au Printemps 4016, au Laboratoire de Paléo-Anthropologie de Paris, où une équipe de paléo-odontologie dirigée par une jeune doctorante, Clara Casanova, chercheuse en Sciences odontologiques, vient de présenter une passionnante communication.

Son équipe a retrouvé ces derniers mois, lors de fouilles dans les marnes d’une ancienne agglomération, au nom toponymique de Neuilly, dans l’ancien Bassin Parisien, englouti comme toute l’Europe du Nord-Ouest au moment de la grande montée des eaux du XXIIIe siècle, une dent, d’abord prise vu sa taille pour une défense, une dent de Gattazairodus, ce cousin éloigné du Machairodus.

(Machairodus est un genre de félin appartenant à la sous-famille des Machairodontinae, tigres à dents de sabre, ayant vécu en Europe et en Amérique du Nord il y a environ 12 millions d’années, pour disparaître il y a 200 000 ans.)

Toutes ces précisions sont peut-être inutiles pour certains d’entre vous, enfants gâtés des années 50 – 70 du XXe siècle que leurs parents avaient pris soin d’abonner à Pif-le-Chien et à la lecture des aventures de Rahan, l’homme des âges farouches, souvent affronté dans la savane à Machairodus et à ses terrifiantes dents de sabre.

Mais revenons à la dent de Gattazairodus. Sa datation ultra-précise la situerait comme contemporaine du tout début des années 2000, plus précisément au tournant d’une courte période allant de Décembre 2015 à Février – Mars 2016.

L’intérêt est énorme, à la fois pour les chercheurs, mais aussi pour le grand public et vous en faites parties, chers lecteurs, car l’étude de cette dent-défense de Gattazairodus, longue de plus de 50 cm, devrait nous permettre, nous a déclaré Clara Casanova, d’en savoir beaucoup plus sur les mœurs de l’animal, son mode alimentaire et le contexte écologique de la période.

Toutes données jusqu’à aujourd’hui extrêmement difficiles à rassembler, depuis la grande montée des eaux des années 2300, la lente décrue amorcée aux alentours de 2900 ayant laissé derrière elle des reliefs et des paysages totalement recomposés et beaucoup d’interrogations sur les modes de vie des différentes espèces vivant entre 2000 et 2100.

A ce point de la lecture, beaucoup d’entre vous se demandent comment l’étude d’une dent (il s’agissait bien d’une dent et non d’une défense, car recouverte d’émail et non d’ivoire, l’émail cette substance dure et blanche recouvrant la couronne dentaire), comment l’étude d’une dent pourrait fournir explications quant à l’écosystème de Gattazairodus, ses mœurs et son mode alimentaire. Paisible herbivore ou carnassier prédateur ?

Eh bien, ceci est précisément le cœur de la paléo-odontologie. L’étude en microscopie à balayage électronique des traces d’usure sur l’émail dentaire apporte de grandes informations sur le régime alimentaire et donc l’écosystème environnant. Ainsi, nous a expliqué Clara Casanova, la consommation de feuilles végétales laisse-t-elle des traces de polissage, alors que celle de racines ou tubéreuses extraites du sous-sol et contenant des éléments abrasifs, grains de poussière ou de roche, provoque la formation de petits cratères à la surface de l’émail dentaire.

En résumé, à étudier les dents, on sait ce que mangeait l’espèce considérée. Ce qu’elle mangeait, donc supputations nouvelles, comment elle se les procurait.

Tout d’abord, une intéressante précision : herbivore, que nenni ! Cette défense, ou plus justement cette dent de sabre, portait des stries parallèles, régime carnivore c’est maintenant certain, stries à direction horizontale sur ses deux faces, la droite comme la gauche, plus marquées peut-être du côté gauche, ce point indiquant que le grand félin captait aussi bien les proies provenant de droite que de gauche, ou, s’il était domestiqué, la chose est encore à l’état d’hypothèse, que le préposé qui le nourrissait de carcasses pouvait se tenir au moment de l’offrande aussi bien à la droite qu’à la gauche du grand fauve.

C’est un point que l’équipe de Clara Casanova a trouvé fort intéressant et utile à faire connaître.

Quant au régime alimentaire lui-même, il est, c’est tout à fait certain maintenant, carnivore. Constitué essentiellement de carcasses, produit direct de la chasse du prédateur, ou issues de charognes abandonnées ou offertes par deux espèces d’Homo de la période.

C’est là, chers amis, les frontières des champs du savoir ne sont pas hermétiques, on peut passer de l’un à l’autre, que nous quittons la Paléo-odontologie pour l’Ethnologie.

Deux tribus rivales habitant à cette époque les rivages du fleuve Seine, les Solférinurons et les Vaugirarquois (n’allez surtout pas confondre avec les Hurons et les Iroquois de l’Ouest canadien), leur nom provenant de la toponymie de leur lieu de campement (la rue Solférino et l’avenue Vaugirard, l’allusion est-elle suffisamment claire ?), concouraient entre elles avec grande émulation à l’apprivoisement de Gattazairodus. Pour quels motifs, les chercheurs travaillent encore à les déterminer. L’étude des débris sédimentaires retrouvés au contact de la dent de Gattazairodus permettra vraisemblablement de mieux cerner la question.

Effectivement, dans les strates environnantes lors des fouilles entreprises au voisinage de la découverte de cette dent de sabre, une quasi-défense vu sa taille, ou plutôt une attaque vu sa fonction, ont pu être identifiés les ossements fossilisés des proies  de Gattazairodus : les 35 heures hebdomadaires, la négociation collective, le pachydermique bien connu Code du Travail, ainsi que les mues d’un reptile très redouté par Gattazairodus, le venimeux crotale de l’espèce Prud’homme.

Solférinurons et Vaugirarquois rivalisaient-ils dans ces tentatives d’apprivoisement de Gattazairodus, pour obtenir de lui on ne sait quoi, certains ont avancé la création d’emplois ? Ou lui vouaient-ils un culte, le félin étant devenu un véritable totem ? En tous les cas, les nombreuses carcasses abandonnées par les membres des deux tribus tendraient à prouver la volonté de conquérir la reconnaissance, voire la protection de Gattazairodus.

(L’animal-totem est un animal vénéré comme une divinité. Son culte très présent dans les civilisations amérindiennes aurait pu être importé, à quelle époque, dans le Bassin Parisien.)

Rivalités présomptueuses, a conclu Clara Casanova à la fin de son exposé, car Gattazairodus, animal farouche mais retors et madré, avait toujours su jouer de cette émulation entre Solferinhurons et Vaugirarquois pour obtenir des uns les carcasses que les autres tardaient à lui offrir.

Les paléo-ethnologues émettent maintenant l’hypothèse d’une véritable communauté de destin entre Gattazairodus et ses subsidiers. Elle serait attestée par la raréfaction progressive puis la disparition de Gattazairodus après les sévères et récurrentes épidémies de fièvres éruptives (rougeoles et autres rubéoles) qui avaient décimé électoralement Solférinurons et Vaugirarquois au tournant des années 2020.

Jean Casanova

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