Moyen-Orient : Daech – un monstre contre-révolutionnaire et totalitaire

Document de travail réalisé pour la formation syndicale (Union syndicale Solidaires) autour du conflit en Syrie (3 février 2016)

L’Etat islamique (Daech) est parfois présenté comme le résultat d’une cause unique (ou tout au moins d’une cause fondamentale relativisant toutes les autres) :

1) la conséquence ultime de la religion musulmane,

2) la continuation d’un conflit millénaire entre sunnites et chiites,

3) une forme de réponse aux agressions de puissances internationales ou régionales,

4) des raisons géopolitiques.

L’approche proposée ci-dessous ne part :

* Ni des discours idéologiques des uns et des autres : les Khmers rouges qui ont assassiné 20 % de la population cambodgienne en 1975-1979, se réclamaient d’une idéologie qui n’avait rien à voir avec l’Islam !

* Ni des enjeux géopolitiques réels ou supposés : ceux-ci peuvent en effet changer radicalement d’un jour à l’autre, comme en témoigne le fait que Kadhafi, Bachar el-Assad, Sadam Hussein, Ben Laden, le régime iranien, etc. ont été tour à tour choyés ou combattus par tout ou partie de diverses puissances mondiales ou régionales.

D’où le plan retenu dans ce texte :

1) Le type de société que met en place Daech.

2) Le processus par lequel ce monstre a pu voir le jour.

3) La stratégie mondiale de Daech.

4) Les dimensions géopolitiques.

5) Quels positionnements pour l’Union syndicale Solidaires ?

Et pour terminer, quelques lectures à partir desquelles a été constitué ce dossier.

*

Plan détaillé

Première partie : Daech au quotidien

1.1 Un anti-humanisme radical

1.2 Daech et les femmes

1.3 Daech et les enfants

1.4 Daech face aux autres courants religieux et aux minorités ethniques

1.5 Construire une « utopie » contre-révolutionnaire totalitaire

Deuxième partie : la fabrication du monstre

2.1 Al-Quaïda

2.2 Le contexte de la création de Daech

2.2.1 Le reflux partiel de la vague révolutionnaire de 2011

2.2.2 Plusieurs milliers de combattants prêts à l’emploi

2.3 Une brève histoire de Daech

2.4 Les ancêtres religieux de Daech

2.5 Daech est aussi issu de la tradition baathiste et de la décomposition de l’Irak

2.5.1 Retour sur la tradition baathiste

2.5.2 La politique occidentale de décomposition de l’Irak

2.5.3 La sauvagerie des USA en Irak

2.5.4 La politique américaine d’exacerbation du confessionnalisme

2.5.5 L’utilisation par Daech du sectarisme religieux

2.5.6 Le ralliement du parti baath irakien à Daech

2.5.7 La politique du dictateur syrien Bachar al-Assad

2.6 Le financement de Daech

2.7 Daech et les autres forces présentes en Syrie

Troisième partie : Daech à l’extérieur de l’Irak et de la Syrie

3.1 Le processus de mondialisation jihadiste

3.2 Libye

3.3 Tunisie

3.4 Afrique subsaharienne

3.5 Indonésie

3.6 Pays occidentaux

Quatrième partie : le jeu des Etats étrangers

Cinquième partie : quel positionnement pour Solidaires ?

5.1 Daech n’est pas le fruit d’une cause unique

5.2 Les dangers du « campisme »

5.3 Une seule boussole : la solidarité avec les peuples en lutte

*****

Textes complets :  Daech et Finances de Daech

*****

Cinquième partie : quel positionnement pour Solidaires ?

5.1. Daech n’est pas le fruit d’une cause unique

Comme cela a été indiqué plus haut, Daech résulte au contraire de la conjugaison d’une série de facteurs :

  •  le reflux partiel de la vague révolutionnaire de 2011,

  •  la contre-offensive de la réaction locale et internationale,

  •  trente ans d’expérience militaire djihadiste,

  •  un projet politique religieux, contre-révolutionnaire et totalitaire,

  •  la décomposition de l’Irak,

  •  la sauvagerie américaine en Irak,

  •  la politique des successeurs de Sadam Hussein,

  •  la politique de Bachar el-Assad.

5.2 Les dangers du « campisme »

Présenter Daech comme la conséquence d’une cause unique (ou tout au moins une cause fondamentale relativisant toutes les autres), est lourd de danger. Plus que de chercher à comprendre le réel, une telle approche sert le plus souvent à vouloir faire prévaloir un point de vue préétabli (et/ou les intérêts) de celles et ceux qui y ont recours.

1) Présenter Daech comme étant la conséquence ultime de la religion musulmane, sert souvent de prétexte à justifier un rejet de cette religion en tant que telle.

2) Expliquer la situation actuelle comme la continuation d’un conflit millénaire entre sunnites et chiites, permet de rejeter la barbarie actuelle sur une caractéristique « culturelle » qui serait inhérente aux peuples de la région ;

3) Présenter l’existence de Daech comme une forme de réponse aux agressions de puissances internationales ou régionales part souvent de la volonté de se démarquer avant tout de celles-ci, en relativisant la nécessité de combattre simultanément cette organisation ;

4) Partir avant tout d’une approche géopolitique répond avant tout aux préoccupations premières de celles et ceux dont le métier est de diriger des Etats et/ou de faire la guerre et/ou de vendre des armes (en évoquant au passage le fait qu’en France, l’armement représente 100 000 emplois).

Cette démarche débouche ensuite souvent sur la désignation d’un « ennemi principal » contre lequel doit être constitué le « camp » de tous ceux ceux qui le combattent.

Trois variantes sont alors possibles :

  •  se rallier aux positions de membres de ce « camp »,

  •  relativiser les divergences avec tout ou partie d’entre eux,

  •  considérer qu’ils restent des adversaires, mais que par « réalisme » il est nécessaire de renvoyer à un futur indéterminé l’affrontement avec eux, voire de les « préserver temporairement ».

5.3 Une seule boussole : la solidarité avec les peuples en lutte

Indépendant de tout Etat (ou embryon d’Etat) et de tout parti politique, l’Union syndicale Solidaires n’a qu’une seule boussole : la solidarité avec les peuples, et les organisations syndicales et associatives partageant nos grandes valeurs.

Le type de société mis en place par Daech, et son comportement concret étant à l’antipode des nôtres, nous ne pouvons qu’être en opposition radicale avec ce courant.

Pour autant, nous refusons de nous mettre à la remorque de quiconque, et notamment d’Etats s’étant proclamés « en guerre » contre cette organisation, après avoir contribué à un moment ou à un autre, directement ou indirectement à la naissance de ce monstre.

Les ennemis de nos ennemis …. sont également très souvent nos ennemis.

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En complément possible :

Kamel Daoud : L’Arabie saoudite, un Daesh qui a réussi, larabie-saoudite-un-daesh-qui-a-reussi/

Pierre Rousset, François Sabado : Les attentats du 13 novembre à Paris : la terreur de l’Etat islamique, l’état d’urgence en France, nos responsabilités, les-attentats-du-13-novembre-a-paris-la-terreur-de-letat-islamique-letat-durgence-en-france-nos-responsabilites/

Claude Kowal, Patrick Le Tréhondat, Patrick Silberstein : Éléments pour une politique concrète dans la situation concrète, elements-pour-une-politique-concrete-dans-la-situation-concrete/

Adam Hanieh : État islamique en Irak et au Levant, etat-islamique-en-irak-et-au-levant/

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