Anniversaire

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Cela fait maintenant une année que James dessine avec talent et humour sur mes textes.

C’est son vingt-cinquième dessin.

Et c’est le cinquantième billet du blog.

Alors, je décide que c’est un peu notre anniversaire, aujourd’hui.

En une année, j’ai vu la taxe tampon baisser, le droit à l’avortement se nettoyer de ses scories (fin du délai de réflexion obligatoire de 7 jours, éradication du terme « détresse » dans la loi, etc.).

En une année écoulée il y a eu plus de 100 femmes qui sont mortes sous les coups de leurs conjoints, et un viol recensé toutes les 7 minutes, en France.

La discussion sur le sexisme ordinaire a été entamée dans mon milieu professionnel avec un début de prise de conscience de la part des différents acteurs. Le chemin va être trèèèèèès long. Mais il fallait bien commencer par tirer le fil de la pelote quelque part.

Je n’ai pas souvenir que l’on m’ait touchée sans mon consentement depuis un an, en revanche j’ai subi un nombre incalculable de mecsplications indigentes, avec une régularité dans le propos, assez déconcertante (il doit y avoir des petits manuels qui circulent sur les réseaux ou sous le manteau => « Comment s’adresser aux féministes sans aucune originalité argumentative, en 10 leçons ») :

1- Ta cause n’est pas la bonne, ah les féministes d’autrefois (notion oh combien vague.), elles au moins elles avaient de vrais combats => => Merci, fuck et bonne journée

2- Ce n’est pas grave => Merci, fuck, et bonne journée

3- Oui mais les hommes blancs hétéro de 45 ans à forts revenus et position sociale dominante, eux aussi ils souffrent => Merci, fuck et bonne journée (et des bisous, si tu veux, pour te consoler, mais c’est bien parce que c’est toi et tu viens de perdre ton bonus à vie)

4- Alors dans ton texte de 1500 lignes, il y a un point de détail (oui, on les connait les référentiels…) au troisième paragraphe, deuxième ligne (en partant de la gauche) où tu restes vague et… => Merci, fuck et bonne journée

5- Ne fais pas l’hystérique, s’il te plait => Merci, fuck et bonne journée

6- Ce n’est pas vrai ce que tu dis, MOI je suis pas comme ça et mes copains non plus, donc ça n’existe pas => Merci, fuck et bonne journée

7- J’ai une femme, donc je sais ce que c’est que la condition féminine => Déjà tu n’as rien du tout (elle vit avec toi, mais elle ne t’appartient pas), merci, fuck et bonne journée

8- Tu les sors d’où tes chiffres et ta source elle est vraiment est fiable (les chiffres gouvernementaux, souvent, ndlr…), parce que c’est vraiment exagéré => Merci, fuck et bonne journée

9- Je suis d’accord avec toi, du moment que tu ne te radicalises pas, le féminisme, pas de souci, je ne suis pas contre, mais avec certaines limites => Merci, fuck et bonne journée

10- Et ma préférée : « Tu n’as pas compris, je vais t’expliquer » => FUCK YOUUUU ❤

Ben oui, j’en ai marre d’être polie et de m’écraser.

C’est devenu totalement insupportable, j’implose et je me fais du mal.

Sans même parler de la double injonction qui rendrait n’importe qui totalement schizophrène :

– « Toi c’est pas pareil, tant que tu ne parles pas de ci ou de ça, tu restes une « bonne » féministe » => l’argument typique des hommes qui veulent me mettre « de leur côté » parce qu’il ne faudrait surtout pas que je dérange leur petit confort ;

Associé à :

– « Tu es tiède et c’est inconcevable de travailler avec un homme pour faire un blog féministe » => Je vous demande à quelle température vous prenez votre bain ? Non ? Alors moi je vais continuer ma soupe en binôme mixte sans me justifier d’être – ou pas – une soi-disant sociale-traitre à la cause du féminisme.

On est « trop » ou « pas assez ».

Le curseur ne semble jamais être le bon.

Heureusement, les jours de fatigue je reçois aussi des messages encourageants : « Merci, j’ai compris ci ou ça, je vais essayer de faire mieux, de faire attention, de ne plus parler à la place des femmes, de faire preuve de pédagogie, d’écoute, etc. »

FÉMINISTE, ce n’est pas un gros mot. Je le porte en étendard, par nécessité. Car c’est bien de ce dont il s’agit : de cette chose-là, je n’ai pas le choix. C’est vital. Parce que je veux me préserver. Parce que je ne veux pas que mes enfants vivent dans une société aussi patriarcale, où le plafond de verre ne semble pas vouloir disparaître, malgré les coups de marteau piqueur des un.e.s et des autres. Un monde qui réifie les femmes en permanence. Un monde dans lequel on oublie ­les femmes, constamment – oh mais oups on avait pas fait attention, on vous voit tellement pas… ­­– si on n’oblige pas à VOIR qu’elles constituent la minorité majoritaire, à 52%.

Bazar, 52% d’oubliées !

Je n’aime pas les quotas, et la parité m’est intellectuellement problématique : mais on n’a pas le choix.

Alors bon anniversaire James, et merci « pour l’ajout » ❤

*

Texte : Marie Gloris Bardiaux-Vaïente

Dessin : James

http://mgbvfeminisme.tumblr.com

https://www.facebook.com/notesdintentionsfeministes

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