La folie du Roy Francois II

(Université de Cergy-Pontoise – 33, boulevard du Port – Cergy-Pontoise – Val-d’Oise, 27 Février 2516)

Nous vous avons souvent conviés aux passionnants colloques historiens du Département d’Histoire de l’Université de Cergy-Pontoise. Nous vous y donnons rendez-vous en ce 27 Février 2516 pour assister à celui consacré, exactement à la date anniversaire de ses 500 ans, à l’événement qui avait alors révélé à l’étendue du royaume la folie du monarque François II, le 27 Février 2016.

Les travaux du colloque étaient ouverts par la brève relation du Pr Gérard Denée, professeur d’Histoire du Moyen Âge à l’Université Panthéon Sorbonne et auteur de grandes synthèses médiévales, relation de l’événement de la journée historique du 27 Février 2016.

Historique, car beaucoup d’auteurs et d’analystes la donnent comme, sinon le point de départ, du moins un des symptômes évidents du processus de décomposition de la Monarchie et date jalon de l’avènement de la République quelques années plus tard.

Mais écoutons le Pr Denée.

En 2016, le royaume de France avait déjà effacé depuis plus de 50 ans les ravages de la Peste Noire et Brune des années 1930. Le royaume était un pays riche et fort peuplé. Le grand schisme qui avait divisé l’Occident durant près de 70 ans entre Washington et Moscou, les deux Rome de l’époque, s’était achevé avec la victoire de la liberté sur la barbarie, et la puissance du royaume de France était largement assise maintenant sur l’habileté du Roi à commercer par le monde entier. À commercer de quoi, le Pr Denée ne s’y est pas attardé.

François II était monté sur le trône en 2012, 17 ans après la mort de son oncle François Ier, après une longue période de troubles ou le trône avait été occupé par une famille rivale dont le crédit avait été finalement ruiné par un de ses derniers représentants, Nicolas Ier, pourchassé depuis par plusieurs édits de justice.

L’arrivée au trône de François II avait été saluée en 2012 par la majorité des sujets comme le retour à la Normalité. Le jeune roi avait quelques défauts de jeunesse : prodigue, surtout avec ses féaux, cédant trop souvent, mais il n’était pas marié, aux appels de la chair et surtout à la flatterie des puissants qui s’en étaient ainsi fait une sorte de vache à lait.

Mais enfin, il portait beau, aimait la plaisanterie et surtout passionnément la guerre dont il ne se gênait ni d’en allumer les foyers, en Afrique ou en Arabie, ni d’en distribuer les moyens, contre espèces trébuchantes à quelques-uns de ses soutiens.

Enfin, nous dit Frère Joffrin, auteur quotidien dans son livre de chroniques Prosternation, toujours soucieux d’exalter la majesté royale, la gloire de son nom allait se répandre dans tout l’Univers, après qu’il eut fait éditer avec force enluminures le Saint-Livre de la COP 21, chargé tout à la fois de ramener la pluie et le beau temps. Ces espoirs étaient raisonnablement fondés. Mais alors ?

Que se passa-t-il donc de si dramatique en cette journée du 27 Février 2016 ? Une semaine plus tôt, une gentille baronette, Martine de Flandres et quelques-uns de ses soudards surprirent en rase campagne, alors qu’il rentrait chez lui d’avoir dîné chez le Roi, le grand Connétable Manuel, contre lequel ils avaient rancœur, et le laissèrent, sinon mort, du moins tout pantelant des coups qu’il avait reçu.

Le Roi somma alors Martine de Flandres de venir à la Cour faire amende honorable. Elle refusa et, pire, lui répondit qu’il menait le Royaume à sa perte.

Le Roi prit conseil pour ce qu’il y avait à faire pour sauver l’honneur de sa couronne. Une expédition en Flandres fut décidée et le 26 Février, l’armée royale était déjà au Mans. Le Connétable Manuel resté à Paris pour les affaires courantes, le Roi était accompagné du baronnet Stéphane, dit Le Foll (était-ce prémonitoire ?), dont il ne se séparait jamais, détenteur qu’il était du « brevet d’affaires », ce privilège qui consistait à demeurer dans le même lieu que le Roi lorsque celui-ci était à la chaise percée.

À la réflexion, ceux qui entouraient ce jour-là le Roi pensèrent qu’ils auraient dû redouter quelque chose. Au début du mois, nous dit le chroniqueur Frère Joffrin, le Roi était tombé malade, « en fièvre et chaude maladie », que l’on avait alors mis sur le compte d’une rumeur de primaire. Heureusement, quelques jours après, il pouvait à nouveau chevaucher. Mais ses médecins voyaient bien que son esprit était « troublé et desvoyé », qu’il était presque tous les jours « en chaleur de fièvre ».

Ne songeant ni au repos du royaume, ni à la grande détresse de grand nombre de ses sujets, le Roi brandissait sans cesse la menace d’avoir à chasser du royaume beaucoup de pacifiques gens au prétexte de leur lointaine origine sarrasine ; il voulait instituer le droit pour chaque employeur de river à leur travail, si nécessité pour l’employeur, plus de 10 heures par jour chaque brassier ou manouvrier. Et, sournoisement pour cela, avait choisi pour mener l’affaire la jeune et gentille soubrette Myriam qu’il avait nommée au travail de la rédaction d’un nouveau Code de la Corvée.

Toutes choses, songeaient bon nombre de conseillers, peu propices à l’amour du Roi de la part de ses sujets, et fort inquiétantes moins d’un an avant la convocation des assemblées paysannes chargées de bénir le Roi tous les cinq ans. Oui, le Roi n’agissait plus avec sa raison. Et même si peu osaient l’affirmer, beaucoup le pensaient.

La journée du 27 Février en fut le révélateur.

Alors que l’escorte royale sortait de la forêt du Mans, quelques émissaires ayant aggravé l’inquiétude de l’entourage en apportant la nouvelle d’une grande émotion paysanne dans la région de Nantes, où le Roi envisageait de faire aménager une grande station de montgolfières, subitement toute la compagnie royale, hommes d’armes et de sécurité compris, se trouva entourée de toutes parts de hordes paysannes ameutées proférant force plaintes et lamentations d’abord, insultes et conspuations ensuite, au point que le Roi et le baronnet Stéphane durent mettre pied à terre pour aller à leur rencontre au moins simuler grande douleur et compassion. Il fut fait grands reproches au Roi de complicité avec les maraudeurs Casino, Mammouth et Leclerc qui les rançonnaient et leur grillaient les pieds lors d’embuscades dans leurs centrales d’achat. 

Alors que s’élevaient des cris irrespectueux à son encontre, tels que « Pourri » et « Dégage », lui, habilement, feignit d’entendre « Pour y…» et « Des gages », sous-entendu de sympathie, et voulut promettre allégement de la gabelle et grand amour de la paysannerie et de la gueuserie.

Point n’y suffit et, mal protégés de ses estaffiers, François II subit encore insultes et menaces de molestation avant de pouvoir remonter en selle et s’éloigner, toutes sirènes hurlantes et gyrophares allumés.

(Estaffier. Devenu aujourd’hui une injure, le mot désignait à l’origine un valet escorteur porteur d’une épée et qui jouait le rôle d’un garde du corps. Souvent insolent et agressif au point que le mot a fini par désigner une personne querelleuse.)

À quelques lieues de là, le calme apparemment revenu, le Roi entra alors dans un terrible accès de fureurRex furore subito commotus est, nous rapporte Frère Joffrin. François II tire son épée et mouline de droite et de gauche avec frénésie. Il veut trancher le baronnet Stéphane, le dit Le Foll, pour ne l’avoir point mis en garde contre les gueux. Celui-ci ne doit le salut qu’à la fuite et force coups d’éperons à sa monture. De toutes parts, l’escorte entoure François II. L’épée du Roi se brise. On le maîtrise et le lie sur un chariot pour le ramener au Mans encore tout proche. Le corps du royaume avait été frappé à la tête, nous dit encore Frère Joffrin.

Si l’événement du 27 Février 2016 n’est en lui-même qu’un symptôme, même spectaculaire, conclut le Pr Denée, l’étude historique nous montre que la dernière année du règne de François II, avant sa déposition lors de l’assemblée quinquennale de 2017 dont on avait longtemps cru qu’elle serait celle d’une simple reconduction, la dernière année du règne porta la marque permanente de la folie du Roi.

Alors que de toutes parts, des quatre coins du royaume, montait la protestation des petites et moyennes gens de ce retour à Germinal que constituait l’alourdissement du Code de la Corvée, protestation qu’elles allaient porter en masse chez loitravail.lol ; et que d’autres gens, tout aussi instruites et réfléchies, disaient leur dégoût du projet de la déchéance de nationalité, François II poursuivait à s’entêter.

Les médicastres du moment, avec les faibles moyens qui étaient ceux de l’époque, se posaient la question de quel poison ou de quel sortilège la folie du Roi pouvait être la conséquence.

Plusieurs sorcières prénommées Marine furent brûlées en place médiatique. Rien n’y fit. Un ensorceleur nommé Gattaz fut longtemps soupçonné, mais l’affaire n’alla pas loin.

Quant au Conseil Royal, jugeant l’affaire irrémédiable et le Roi perdu dans un champ de mines, il institua un Conseil de Régence confié au Connétable Manuel.

Nous savons maintenant, 500 ans plus tard, ce qu’il en advint. La folie du Roi avait jeté un irréversible discrédit sur la Monarchie. La République était en marche, sinon dans les faits, du moins dans les têtes, conclut le Pr Denée. Mais cela sera l’objet d’autres communications.

Jean Casanova

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