Le Pape chassant les Poissons roses du Vatican

Beaucoup d’entre vous perceront aisément cette parabole dédiée à la Loi El Khomri.

(Cité du Vatican – Colline du même nom – Italie, 5 Mars 2016)

Situons d’abord la chose et le lieu.

La chose ? Les Poissons Roses. Que viennent-ils faire là, ces jolis hôtes d’aquarium, et d’abord qui sont-ils ?

(Ne prenez pas l’ironie de notre propos pour affabulation. Les Poissons Roses existent réellement. Il s’agit d’un mouvement officiel, honorable et parfaitement déclaré dont vous pouvez consulter la profession de foi sur le site poissonsroses.org. La presse s’est d’ailleurs fait l’écho ces derniers jours de leur rendez-vous au Vatican. Les Poissons Roses regroupe un ensemble d’hommes et de femmes de bonne volonté se recommandant du christianisme et soucieux de l’attention aux plus vulnérables et du désir de bâtir une société de la confiance. Ils se veulent comme des Poissons dans l’eau, dans la joie de l’engagement politique et citoyen. Et, vous l’avez compris, Roses pour ne pas être pris pour rouges, la couleur de leurs lointains cousins d’aquarium. Poissons et Roses, ils se proposent d’agir fraternellement à la construction du bien commun, au sein d’une grande pièce d’eau bien connue, la mare aux canards de l’avenue Solférino.)

Le lieu maintenant, le Vatican. Le Vatican, appellation simplifiée de l’Etat de la Cité du Vatican (en italien, Stato della Città del Vaticano), est le siège de la Papauté du monde catholique, siège qualifié de saint, on dit encore le Saint-Siège.

(Selon certains étymologistes anciens, le nom de Vatican tirerait son origine du latin vatis, devin ou voyant, car, dans la Rome Antique, beaucoup de devins exerçaient leur art de ce côté du Tibre. L’art de la divination était interdit dans la Rome républicaine et même passible de l’exil et de la confiscation des biens. Il n’empêche, certains en vivaient. Lieu aujourd’hui de la représentation temporelle du Saint-Siège, c’est une monarchie absolue de droit divin, dirigée par l’évêque de Rome, le Pape lui-même, qui y exerce souverainement le triple pouvoir de dire la loi, d’en veiller à l’exécution et de juger qui l’enfreint.)

Eh bien, voyez-vous, si nous sommes là aujourd’hui, c’est pour accompagner, à notre titre de reporter, une délégation de la confrérie des Poissons Roses, ce mouvement de chrétiens « de gauche » que nous venons de vous présenter. Le Pape François II s’est engagé à nous accorder une heure d’audience privée pour écouter ce que les Poissons Roses ont à lui dire de la délicate question du Mariage dans notre beau pays, la France.

Vous avez encore en mémoire la loi toute récente l’instituant pour tous et les louables efforts en matière de politique familiale de notre gouvernement pour l’encourager : diminution des allocations familiales, alourdissement fiscal du quotient familial, nous ne détaillons pas.

Voyez-vous, malgré tout ceci, le Mariage est loin de faire recette et les inscriptions à Pôle-Célibat ne cessent de progresser, la promesse d’en inverser la courbe sans cesse montante n’étant plus du tout prise au sérieux.

C’est une évolution qui n’est pas nouvelle, mais elle prend aujourd’hui des proportions que certains jugent inquiétantes pour tout le corps social. Vous le savez, le Mariage ou union conjugale, cette noble institution qui unit deux époux à durée illimitée et indéterminée, reconnue et encadrée juridiquement et religieusement, dans le but de structurer une famille et, c’est fortement encouragé, de faire des enfants, cette noble institution est aujourd’hui concurrencée par des formes d’union de plus en plus précaires, à durée déterminée, quelquefois totalement clandestines, baptisées, le mot de baptême est-il le bon, de black ou de mise à la colle, expression argotique pour désigner la vie maritale hors mariage.

(Nous vous en donnons là un exemple tiré de notre si belle littérature : La gérante était une jeune naine hystérique, à faciès de grenouille, qui vivait à la colle avec un bouquiniste des quais, espèce d’homme sans âge, affligé d’un rhume des foins chronique et d’une méchante maladie du cuir chevelu. (Honoré de Balzac.)

Revenons-en au Mariage. L’Agence Nationale Pôle-Union, que certains détracteurs voudraient maintenant nommer Pôle-Célibat, enregistre de mois en mois une progression constante du nombre de célibataires, filles et garçons, malheureux en quête d’un mariage, les détestables et précaires mises à la colle qui leur sont habituellement proposées ne leur permettant pas de se structurer affectivement, de fonder durablement un couple et une famille, en un mot de s’épanouir.

Nous vous en avons assez dit sur le fond du problème. Que viennent donc faire là les Poissons Roses et en quoi en appellent-t-ils à François II aujourd’hui ? En bons chrétiens « de gauche » et citoyens engagés aux côtés d’un autre François II, de France celui-là, ils sont venus exposer au Saint-Père, peut-être quêter une approbation, les grandes lignes de leur projet quant à la relance du Mariage et à l’inversion de la courbe du Célibat. Car point n’est suffisant de décréter le Mariage pour Tous, encore faut-il en créer les conditions.

Le Saint-Père a bien nous voulu nous accorder quelque attention, sachant que sur la question du Mariage son avis est toujours, sinon suivi, du moins très attendu. Les questions fusent à l’adresse du Saint-Père, alors que sont servis sur de petits guéridons des calices remplis de jus de pomelo. Eh oui, du jus de pomelo, Citrus paradisi, plus connu sous le nom de pamplemousse rose.

Très Saint-Père, vous savez comme nous que la plus grande difficulté à faire accepter le mariage à deux personnes qui s’aiment, est la peur de ne pouvoir divorcer aisément, à la raison des innombrables difficultés administratives que l’Inspection du Mariage ne manque pas à chaque fois de susciter.

Très Saint-Père, c’est un lieu commun, le Divorce est une procédure souvent longue, pénible et compliquée. Il faut saisir le Tribunal de Grande Instance, en référer au Juge des Affaires familiales. Très souvent les syndicats viennent exercer là, on ne comprend pas pourquoi, une espèce de droit de regard. Ne serait-il pas opportun, sans aller jusqu’au droit de répudiation immédiate, de permettre aux deux époux, et nous pensons surtout à l’un, de se dispenser de toutes ces procédures tatillonnes et complexes. Nous sommes convaincus que cela encouragerait grandement le Mariage.

Très Saint-Père, vous connaissez encore cet autre frein à contracter le Mariage, celui de la question de la pension alimentaire consécutive au divorce. Vous savez qu’elle peut être souvent de proportion exorbitante, surtout si prononcée par l’institution prud’hommale. Ne serait-il pas efficace de la plafonner quel que soit le préjudice causé et le caractère fondé ou non de la répudiation ?

Très Saint-Père, le décès d’un proche parent est souvent prétexte pour nombre d’épouses à se dérober le jour de l’enterrement aux obligations du mariage, et ce droit est aujourd’hui inscrit dans la loi.

(Arrêt de travail pour décès d’un proche. Un article de la Loi El Khomri veut permettre de retirer au salarié le droit à deux jours de pause lorsqu’un proche est décédé. Il faudra travailler le jour de l’enterrement.)

Ne serait-il pas bon d’abroger cela ? Cela renforcerait considérablement pour certains le goût au Mariage, sachant qu’ils pourront bénéficier à tout instant de toutes ses obligations.

Nous percevions bien, un peu en retrait, que le Pape, au début attentif à ce feu roulant de questions et de suggestions, perdait peu à peu patience et que sa légendaire affabilité à l’égard de tout ce qui se présentait sous le signe du Poisson (n’oubliez pas l’étymologie du mot Jésus) commençait à se fissurer. L’évocation de cette obligation à la fornication dans le moment du deuil fut pour lui la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

(Ichtys, ou en grec Ichtus, Poisson était le monogramme qui désignait le Christ ; car composé des initiales des mots grecs Iesous Christos Theou Yios Sôter («Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur »). Les premiers chrétiens décoraient parfois les catacombes de la figure du poisson.)

Il se leva brutalement, courroucé, les yeux pleins de fureur, brandissant et élevant bien haut son ostensoir, comme pour repousser les démons. « Je vous chasse ! Sortez de cette enceinte sacrée, misérables marchands ! »

Et s’écria, tel Jésus au Temple de Jérusalem, renversant les comptoirs des changeurs d’argent et des vendeurs de bétail : « On appelle ma maison, une maison de prière ! Sortez d’ici, ce n’est pas un repaire de brigands. »

Jean Casanova

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3 réponses à “Le Pape chassant les Poissons roses du Vatican

  1. OK, ok, merci beaucoup,
    Bonne journée.

    Cordialement
    Michel

  2. Bonjour,

    Quel est le post d’origine entre le votre du 7/03/2016 et celui de Tatia (https://blogs.mediapart.fr/tatia/blog/050316/le-pape-chassant-les-poissons-roses-du-vatican) du 5/03/2016 ???
    Par avance merci.
    Cordialement
    Michel

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