Manuel Valls a passé les bornes (3 textes)

Nous sommes profondément choqués par les propos du premier ministre Manuel Valls qui a affirmé, le 7 mars, lors du dîner du CRIF, que l’antisionisme est « tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël ». Il a repris les accusations de Benyamin Netanyahu prétendant que ceux qui critiquent sa politique de colonisation des territoires palestiniens occupés en 1967 sont des antisémites. Manuel Valls a aussi stigmatisé « l’antisémitisme dans les quartiers populaires d’une jeunesse radicalisée », faisant écho aux propos l’an dernier le président du CRIF qui attribuait « toutes les violences antisémites » en France aux « jeunes musulmans ». Cette accusation à l’emporte-pièce, comme l’assimilation de tout antisionisme à de l’antisémitisme, par lesquelles Manuel Valls cherche à imposer à la France des conceptions très personnelles, sont inadmissibles.

L’existence d’un mouvement juif antisioniste a marqué l’histoire du judaïsme européen au XXe siècle. En l’ignorant, Manuel Valls se fait manipuler par les gouvernants israéliens qui cherchent à cacher l’existence de cet antisionisme. L’antisionisme est une position politique qui n’a rien à voir historiquement et conceptuellement avec le racisme anti-juif, même si certains courants masquent leur antisémitisme par le recours à un langage antisioniste. Ses déclarations sont un poignard dans le dos des mouvements anticolonialistes israéliens affrontant aujourd’hui dans des conditions de plus en plus difficiles l’expansionnisme colonial du gouvernement Netanyahu qui les accuse de faire le jeu des antisémites. Confondre antisionisme et antisémitisme conduit à criminaliser des positions politiques, comme celles de la campagne BDS, Boycott, Désinvestissement, Sanctions. Cela revient à interdire tout débat sur la question israélo-palestinienne et son histoire.

Autant la vigilance est indispensable vis-à-vis de toute forme de racisme anti-juif qui se mêlerait au soutien des droits des Palestiniens, faisant alors du tort à leur cause, autant on ne peut jeter le discrédit sur les réactions de solidarité qu’expriment de nombreux de nos concitoyens héritiers de l’histoire coloniale. L’histoire de l’antisémitisme européen, le terme de sionisme et ses multiples usages jusqu’à aujourd’hui sont l’objet de deux contributions sur le site de « Trop, c’est trop ! »

Une troisième porte sur la nécessaire demande de suspension de l’Accord d’association de l’Union européenne avec Israël. C’est cette exigence de sanctions — qui correspond au S de BDS — dont nous souhaitons souligner l’importance aujourd’hui. Il est scandaleux que les campagnes de boycott des produits israéliens soient accusées d’être en elles-mêmes antisémites et poursuivies en France au mépris de la liberté d’expression. Nous protestons en particulier contre les atteintes à celle-ci intervenues récemment lors de trois manifestations parisiennes, suite à une prise de position scandaleuse du Conseil de Paris, de la part de la police contre des personnes portant un tee-shirt avec l’inscription « Boycott Israël ». Ces actes de répression, comme les arrêts de la Chambre criminelle de la Cour de cassation d’octobre 2015 sur lesquels ils se fondent, sont contraires aux droits de l’Homme. Le droit de manifester librement, de manière pacifique, hors de toute expression raciste ou antisémite, contre la politique de cet Etat, doit être fermement défendu.

Mais, pour notre part, nous préférons appeler à la suspension de l’Accord UE-Israël plutôt qu’au boycott des produits israéliens. La question du boycott est aussi choisie par les défenseurs de la politique de cet Etat comme un moyen d’instrumentaliser la peur de l’antisémitisme chez les Juifs de France pour tenter de leur faire défendre sa politique. La demande de suspension de cet accord, déjà votée en 2002 par le Parlement européen mais non suivi d’effet, et de l’arrêt de toute coopération militaire et sécuritaire, est non seulement la plus redoutée par cet Etat mais la plus efficace pour développer en France et en Europe la solidarité avec la Palestine, elle n’offre pas de prise à cette instrumentalisation par nos ennemis de réactions de crainte héritées de l’histoire européenne chez une partie des Juifs et de l’opinion. La suspension de l’Accord UE-Israël doit faire l’objet d’une vaste campagne fondée sur le droit international et l’appel à la raison pour que l’Union européenne ait le courage de prendre une telle décision.

Sophie Bessis, Alice Cherki, Suzanne Citron, Mohammed Harbi, Gilles Manceron, Véronique Nahum-Grappe et Bernard Ravenelle. trop-cest-trop.fr

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Appel juif pour le BDS

PÉTITION ADRESSÉE À : Manuel Valls, Premier ministre

La guerre menée par l’État d’Israël contre le peuple palestinien n’est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire : c’est une guerre coloniale.

Depuis des décennies, le peuple palestinien subit l’occupation, la colonisation, le blocus, la fragmentation, la négation de tout droit, l’emprisonnement massif, les destructions de maisons, les exécutions extrajudiciaires, le vol de la terre et de l’eau, les pires discriminations…

Le fait d’être juif/ve n’implique aucune obligation d’allégeance à Israël ni à sa politique criminelle.

Je suis juif/ve et avant tout attaché-e aux droits, aux libertés et à la justice pour tous.

A ce titre, j’appelle :

  • à boycotter Israël parce le crime prétend se faire en mon nom. Je refuse que le peuple palestinien paie pour des crimes (l’antisémitisme, le génocide nazi) commis par les sociétés européennes.

  • à boycotter Israël parce que les dirigeants occidentaux sont complices de la politique israélienne et que, sans sanctions, le rouleau compresseur colonial se poursuivra.

  • à boycotter Israël parce que je suis fidèle à une longue tradition de Juifs/ves considérant que la lutte pour leur émancipation et contre l’oppression qu’ils/elles ont subie est indissociable de la lutte pour l’émancipation de l’humanité.

  • à boycotter Israël parce que la politique de ce pays n’est pas seulement criminelle contre les Palestiniens, elle met sciemment les Juifs/ves en danger.

  • à boycotter Israël pour les mêmes raisons qu’on a boycotté I’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid.

  • à boycotter Israël parce que la situation faite au peuple palestinien viole les droits humains les plus fondamentaux et qu’elle doit cesser. C’est le peuple palestinien qui a lancé cet appel au BDS et les anticolonialistes israéliens nous adjurent de boycotter leur pays.

Je refuse la justice d’exception qui veut criminaliser le BDS et museler la solidarité envers les droits des Palestinien-ne-s.

Pour signer la pétition sur Change.org

Premiers signataires  :

Eitan Altman

Eliane Bennarosh

Rony Brauman

Sonia Dayan-Herzbrun

Sonia Fayman

Georges Federmann

Gisèle Felhender

Jean-Guy Greilsamer

Georges Gumpel

Éric Hazan

Samy Johsua

Marcel-Francis Kahn

Hubert Krivine

Laurent Lévy

Daniel Lévyne

Gus Massiah

Jean-Claude Meyer

Maurice Rajsfus

André Rosevègue

Catherine Samary

Michèle Sibony

Pierre Stambul

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Pour la reconnaissance du droit au boycott
et à la liberté d’expression

Quatre conseillers de Paris Danielle Simonnet (Parti de Gauche), Raphaëlle Primet (PCF), Léa Filoche (PS) et Jérôme Gleizes (EELV) dénoncent les déclarations sur le BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) de Manuel Valls lors du dîner du CRIF, le 7 mars dernier. Pour ces élus de gauche : « Manuel Valls commet non seulement un amalgame inacceptable entre l’engagement citoyen en faveur du boycott et l’antisémitisme, contribuant à une banalisation de l’antisémitisme irresponsable, mais assume une rupture avec les positions traditionnelles de la France dans le conflit israélo-palestinien ».

Le premier ministre Manuel Valls a récidivé lors du dîner du CRIF dans ses amalgames visant à suspecter toute personne et mouvement critiques vis-à-vis de la politique du gouvernement israélien d’antisémitisme. Le 19 janvier il avait déjà considéré que BDS, le mouvement non violent Boycott Désinvestissement Sanctions, participait d’un « climat nauséabond » d’antisémitisme déguisé en antisionisme et annoncé un « changement d’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de ce genre de manifestations ». En récidivant ce lundi 7 mars, Manuel Valls commet non seulement un amalgame inacceptable entre l’engagement citoyen en faveur du boycott et l’antisémitisme, contribuant à une banalisation de l’antisémitisme irresponsable, mais assume une rupture avec les positions traditionnelles de la France dans le conflit israélo-palestinien.

Lancé en 2005 par plus de 170 organisations de la société civile palestinienne en s’inspirant de la campagne menée en son temps en Afrique du Sud qui avait contribué à mettre fin au régime d’apartheid, BDS est pourtant un mouvement pacifiste légitime qui vise à faire pression sur le gouvernement israélien tant qu’il ne respectera pas le droit international. Les actions de boycott pour pousser à des changements politiques ou sociaux ont toujours été considérées dans les pays démocratiques comme des formes légitimes d’action politique.

La France « pays des Lumières et des Droits de l’Homme » sur la base d’une simple circulaire Alliot Marie datant de 2010 est le premier pays au monde à traduire devant les tribunaux et à condamner celles et ceux qui défendent le droit international en incitant au boycott ! Que l’on soit d’accord ou pas avec les actions conduites par BDS ne justifie aucunement de remettre en cause les libertés fondamentales citoyennes et la liberté d’expression.

Les groupes PS et LR ont fait adopter deux vœux au Conseil de Paris de février condamnant l’expression citoyenne de ce boycott des produits israéliens, malgré l’opposition des élu-e-s PG, PCF et EELV, des rangs socialistes clairsemés et l’envoi par les maires de trois villes palestiniennes partenaires de Paris de lettres à Anne Hidalgo lui demandant de renoncer à cette initiative.

Cette délégitimation devient inquiétante avec la tentative de criminalisation de la campagne BDS lors d’un rassemblement appelé par le Collectif National Pour une Paix Juste Et Durable entre Palestiniens et Israéliens et d’autres organisations place du Châtelet le 16 février, jour de la séance du conseil de Paris. Sur le document de dépôt de manifestation, la Préfecture a indiqué « il est interdit… d’appeler au boycott des produits israéliens. Toute personne enfreignant cette interdiction sera interpellée ». Autrement dit un rassemblement pour la défense du boycott est autorisé à la condition expresse qu’on ne soutienne pas le boycott !

Le vote du Conseil de Paris a été interprété par les palestinien-ne-s comme il devait l’être, une acceptation de l’accélération de la colonisation actuelle par le gouvernement israélien des territoires palestiniens. Ainsi dans une lettre à Anne Hidalgo, Sael Erakat numéro deux de l’Organisation de Libération de la Palestine, membre de l’Internationale socialiste, écrit « condamner un mouvement légitime et non violent (…) revient à soutenir activement l’entreprise colonisatrice toujours en cours ».

Les vœux du PS et de LR, en ne comprenant aucun mot sur la condamnation de la poursuite de la colonisation par l’État d’Israël et son mépris du droit international constituent une rupture avec l’héritage de Bertrand Delanoë et plus grave y compris avec la politique française qui désire initier une conférence internationale afin de relancer le processus de paix israélo-palestinien.

Lorsque le premier ministre Manuel Valls ose déplorer lors du dîner du CRIF qu’ « Israël est souvent soumis à une grille de lecture déformante et injuste », il assume bel et bien lui aussi d’occulter totalement que la politique du gouvernement de Benyamin Netanyahu bafoue le droit international, qu’Israël occupe illégalement les territoires palestiniens et a été condamné à plusieurs reprises par des instances internationales tels que le Conseil des droits de l’homme des nations-unies ou la Cour internationale de justice. 

Cette tentative de restriction de la liberté d’expression n’arrive pas à n’importe quel moment mais dans le cadre général instauré par l’état d’urgence et la volonté du gouvernement Hollande Valls de « constitutionaliser » celui-ci. Cette volonté politique de dédouaner la politique du gouvernement israélien n’arrive pas non plus à n’importe quel moment, alors que celui-ci ne cesse d’étendre sa colonisation et rendre chaque jour plus incertain le processus de paix étroitement lié à la possible reconnaissance de l’Etat Palestinien.

Trop c’est trop. Nous ne laisserons pas passer une telle atteinte aux droits démocratiques fondamentaux ni à Paris, ni dans aucune autre ville française. Nous n’accepterons pas que la France, qui devrait enfin reconnaître l’Etat Palestinien change ainsi radicalement sa politique et renonce à contribuer à la paix.

https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/110316/pour-la-reconnaissance-du-droit-au-boycott-et-la-liberte-d-expression

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