De tous les noms d’oiseaux

(Siège de la Revue Alauda – 4 avenue du Petit Château – Brunoy – Essonne, 11 Mars 2016)

Nous sommes aujourd’hui, à l’invitation du Pr Rossignol, au siège de la rédaction de la Revue Alauda, organe de la Société Française d’Ornithologie.

(Alauda signifiait en vieux latin gallo-romain, alouette.)

Dans la petite salle de conférence du journal, un petit public d’initiés s’est rassemblé. On échange plaisanteries et coucous amicaux. Que faire de mieux entre amis des oiseaux ? Le Pr Rossignol, président de la Société, est annoncé pour nous présenter sa dernière communication concernant un petit cuculidé de nos campagnes, le Coucou à ventre rose, encore appelé coucou hollandais ou Cuculina Batavia. D’où provient cette appellation ? Cuculina, hôte des polders ou des tourbières bataves ? Prédilection pour les miettes de fromage Bonbel ? Le Pr Rossignol nous indique que non et nous livrera plus loin les clés de cette accessoire question de terminologie.

(Le terme de coucou est une onomatopée issue du chant du coucou gris, car, sachez le, tous les coucous n’ont pas le ventre rose. Le nom antique et romain de ce petit hôte de nos bois est cuculus, d’où découle aujourd’hui la dénomination scientifique de l’espèce : Cuculina. A noter, c’est important, le cri et le comportement de cet oiseau sont à l’origine du mot cocu. Nous en verrons les aboutissement aujourd’hui.)

Le Pr Rossignol vient aujourd’hui corriger ce que nous avons toujours cru des coucous, le fait qu’ils parasitent le nid d’autres oiseaux en y déposant leurs œufs au milieu de ceux des hôtes habituels, le futur petit coucou éclos se comportant rapidement comme un petit prédateur-squatteur, réclamant sans cesse la becquée de ses parents adoptifs et, profitant de leur absence, pour chasser du nid les autres oisillons véritables locataires.

Stratégie de défense contre ce piratage, beaucoup d’espèces d’oiseaux, tel ce petit passereau Prinia Modeste, pondent des œufs aux motifs très variés, parmi lesquels la dépose de l’œuf de coucou est immédiatement repérée, et ce dernier promptement jeté hors du nid.

Chers amis, vous savez déjà tout cela, appris dans les cours de récréation de votre enfance, et je vous sens inquiets quant à ses longs et peut-être inutiles développements ornithologiques.

Ce que vous ne savez pas, par contre, et c’est là tout l’intérêt de la communication du Pr Rossignol, c’est que Cuculina Batavia, le coucou à ventre rose, a un comportement tout à fait différent.

Cuculina Batavia ne dépose pas ses œufs dans les nids d’autres espèces. Bien au contraire. En a-t-il des œufs, d’ailleurs ? Profitant de l’absence momentanée, elle est toujours brève, des parents couveurs en chasse de vermisseaux et moucherons, il prend carrément possession du nid et de la couvée, ceci jusqu’à son éclosion, s’appropriant ainsi le produit de la reproduction de l’espèce parasitée.

A une question profane mais tout à fait sensée de la salle : « Mais alors, comment fait-il pour se reproduire lui-même, ce Cuculina Batavia ? » le Pr Rossignol a indiqué que justement le mystère était encore entier et que l’on avait grande crainte quant à la capacité, pour ce coucou, à se reproduire. Mais nous reviendrons plus loin sur ce point, a-t-il indiqué.

Point qui n’est pas de détail, a souligné le Pr Rossignol, la prédilection de Cuculina Batavia, le coucou hollandais, pour le piratage (le Pr Rossignol a préféré ce terme à celui de squattage, car ce n’est pas le nid simplement qui est ici en cause, mais également la progéniture), le piratage des nids d’espèces en principe peu voisines, ainsi du Sarkorbeau Bruni, petit corvidé parent du freux et du choucas, ainsi nommé pour ces migrations estivales dans les pinèdes du Cap-Nègre, dans le Var, près du Lavandou, où il passe la saison chaude à se nourrir de cigalons ; comme aussi de Pica Blondasse, autre petit corvidé à mèches blondes et agressif de nos campagnes électorales.

Cuculina Batavia s’approprie ainsi à son avantage les gentilles nichées de Sarkorbeau Bruni et de Pica Blondasse. Sur des diapositives prises au téléobjectif et d’excellente facture, le Pr Rossignol nous a montré ces éclosions au nid et ce qu’elles avaient engendré. Nous avons pu ainsi distinguer quelques mignons oisillons dont l’avenir nous dira si, engendrés et couvés de cette hybride manière, ils seront viables : un petit déchéance de nationalité au bec acéré rouge sang, un autre état d’urgence permanent à l’œil torve, un déjà vigoureux et rapace à la becquée allégement du coût du travail, jusqu’à un petit encore chétif surnommé loi-travail. Le petit malingre survivra-t-il ?

C’était la question de l’auditoire. Le Pr Rossignol y a répondu par une pirouette : « Il me semble effectivement mal barré ! ».

Sur ce, le scientifique a repris le dessus, le Pr Rossignol nous indiquant qu’en ornithologie, comme en zoologie en général, de tels phénomènes n’ont jamais été observés et qu’à l’heure actuelle on s’interroge sur la capacité à survivre de Cuculina Batavia.

Nous en avons la certitude, a ajouté le Pr Rossignol, une espèce au comportement aussi contraire aux lois de la reproduction est obligatoirement condamnée à la disparition, la facilité avec laquelle elle dispose des nichées étrangères la vouant par là à éteindre sa propre reproduction. Dixit Charles Darwin, a-t-il conclu, citant le célèbre théoricien de l’évolution.

C’est peut-être d’ailleurs, a-t-il rajouté pour clore la partie scientifique de son exposé, montrant une photo de Cuculina Batavia, le coucou hollandais ou à ventre rose, un des derniers exemplaires que nous sommes en mesure d’observer. D’autres variétés, au comportement identique, tels que Cuculina Pasoka, ancien hôte des territoires de la mer Égée, ou Cuculina Zapatera de la péninsule Ibérique, ont aujourd’hui disparu.

 

Voulant rester sur une note un peu plus joyeuse, le Pr Rossignol a bouclé sa communication sur un épilogue à tonalité culturelle, nous indiquant que le chant du coucou est annonciateur du Printemps. Nous l’avions vérifié il y a quelques années, à la Forêt du Bourget, a-t-il plaisanté.

Attention, les coucous sont aussi les symboles de l’infidélité et des enfants d’un autre lit que l’on élève à son insu. Au Moyen Age, chaque année on fêtait le coucou au début du mois de Mai, à la Saint-Gangulphe, un malheureux chevalier rentré de Croisade et découvrant, à ses rondeurs, que sa femme ne l’avait pas attendu. Par extension, le coucou est devenu le symbole de la trahison.

A la renaissance, en 1537, le compositeur Clément Janequin publiait Le Chant des Oiseaux, dans lequel le coucou est décrit en ces termes :

                 Arrière, maistre coucou,

                 Sortez de nos chapitres,

                 Chacun vous donne au hibou,

                 Car vous n’estes qu’un traiste.

                 Coucou, Coucou, Coucou…

Jean Casanova

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