Deux portraits de Pascal Boyart, alias PBoy, Billie Holiday et Van Gogh, Paris 2015.

On ne découvre plus les œuvres intéressantes de street art au hasard des rues. Ce temps est révolu, ou presque. Certes quelques artistes débutants, dans les spots des grandes villes, peignent encore quelques fresques, le temps de trouver une galerie. Certes, quelques artistes reconnus travaillent encore dans la rue, c’est-à-dire gratuitement, au hasard d’une cause à défendre, d’une association à soutenir, d’amis à qui faire plaisir, d’« ascenseurs » à renvoyer. Le plus souvent les œuvres les plus abouties des street artists reconnus sont des commandes, rémunérées cela va de soi.

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C’est à l’occasion d’une commande d’une société d’HLM que j’ai découvert le travail de Pascal Boyart. La société avait financé une manifestation, « La galerie à ciel ouvert », invitant quelques artistes « locaux » à peindre des œuvres sur le mur d’une de ses immenses résidences de l’avenue de Flandre, dans le 19ème arrondissement de Paris. Le portrait de Billie Holiday par PBoy a retenu mon attention pour plusieurs raisons. Il est composé de deux parties distinctes formant un diptyque. Le côté droit de la fresque représente de manière  hyperréaliste la célèbre chanteuse américaine en train de chanter. Sur le côté gauche, un micro des années cinquante et le titre d’une chanson « God bless the child ». La source de la représentation est assurément une photographie de scène datant de la période pendant laquelle Billie Holiday a enregistré de nombreuses versions de cette chanson (entre 1941 et 1950). D’une manière originale, le portrait est en noir et blanc et le fond formant décor est peint de couleurs vives et violentes (jaune de chrome, rouge carmin, violet). Seul le premier plan a été gardé par PBoy ; les autres plans ont été gommés au profit d’un décor dont la facture s’oppose à celle du portrait. Des projections, des coulures sur de larges à-plats contrastent avec l’hyperréalisme du micro, du visage et de la coiffure.

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Ma deuxième rencontre avec PBoy a été contemporaine de ma visite de « Rosa Parks fait le mur ». Dans un précédent billet, j’avais tenté de mieux cerner la spécificité d’Ernesto Novo en vous proposant une analyse de deux portraits de Rosa Parks. Pratiquement en face des portraits d’E.Novo, sur un mur de clôture des Jardins d’Eole, PBoy a peint un portrait de Van Gogh. La fresque est de très grandes dimensions (environ 15 mètres sur 4). Elle représente le peintre tenant dans sa main droite le rasoir avec lequel il allait se couper l’oreille. Le portrait n’a rien à voir avec la thématique implicite de la manifestation. Elle y fait face ; littéralement elle s’oppose. Pascal Boyart justifie son intervention : pour décorer les 480 mètres de murs les organisateurs n’ont sollicité aucun artiste du quartier. PBoy, qui est né dans le 19ème arrondissement, a donc décidé « d’investir les lieux sans autorisation et de peindre « un mur pirate » face à la fresque « médiatisée ». Pascal Boyart endosse le rôle du « peintre maudit » et, « amère vengeance », veut rivaliser avec les happy few, invités à marquer solennellement par leurs œuvres l’inauguration de la nouvelle gare RER.

C’est la manière qu’a choisi PBoy pour rivaliser avec les artistes « officiels » qui m’intéresse (davantage que le fond de l’affaire qui repose sur le postulat que pour décorer un mur situé dans le 19ème arrondissement, les mairies de Paris et de l’arrondissement auraient dû privilégier des artistes « locaux »). En effet, le portrait et son décor, dont j’ai donné les dimensions sont faits de petites tâches de peinture. L’artiste revendique les influences du pointillisme de Seurat et du dripping de Pollok. Sauf que Seurat créait la perception lumineuse en juxtaposant des points qui ne se touchaient pas et que Pollock est un peintre de l’expressionnisme abstrait. Ce pseudo pointillisme est davantage un « tachisme », ce qui n’enlève rien par ailleurs à son intérêt. En utilisant ce procédé PBoy s’oppose « formellement » aux autres artistes institutionnels. Réalisé en une nuit, le portrait de Van Gogh, est une authentique performance. Par ses dimensions, par son originalité formelle, sa fresque attire les regards et les objectifs. De ce point de vue, le « local » de l’étape a gagné son pari.

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Reste que j’avais des difficultés à relier le portrait de Billie Holiday et celui de Van Gogh. Je travaillais sur l’hypothèse (qui s’est avérée fausse) que le « tachisme » avait été choisi pour la circonstance parce que savant et virtuose (la comparaison avec les portraits d’Ernesto Novo semblait confirmer cette hypothèse de départ). Pour y voir plus clair, j’ai contacté Pascal Boyart pour lui demander de m’expliquer le passage d’un style à un autre. Il m’a répondu fort gentiment qu’il était en recherche permanente et que c’était cette recherche qui expliquait les différences de style. J’ai alors regardé avec attention ses tableaux récents. Ils témoignent de l’évolution de sa pratique vers l’abstraction et des formes qui s’éloignent des formes dominantes du street art.

Richard Tassart

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