Une aubaine pour certains, mais pas pour les populations

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Dans son introduction, Laurent Delcourt analyse le sport-business comme industrie, « le sport est aussi devenu une industrie particulièrement lucrative à mesure qu’il s’est transformé en spectacle global, en culture et en objet de consommation de masse à l’échelle de la planète ».

Il souligne, entre autres, les droits encaissés par les propriétaires d’éventements sportifs, les formidables vitrines publicitaires, la religion du sport et le culte de la performance et parle de complexe sportif-industriel-publicitaire-médiatique.

Le sport business est à la fois un produit et un effet de la mondialisation néolibérale. L’auteur revient sur la « libéralisation » des droits télévisuels et la privatisation, la mise aux normes de l’économie du marché du système sportif international, la mise sous tutelle par les sponsors, la force des sociétés transnationales ou l’évasion fiscale…

L’exemple du football est particulièrement significatif, les clubs les plus riches « constituent désormais de véritables cartels qui sont en mesure de délimiter l’espace de la compétition et d’en limiter l’entrée aux seuls privilégiés », l’auteur souligne à la fois la division internationale du travail et la répartition inégale des revenus générés.

Laurent Delcourt poursuit sur l’affairisme, la corruption, les dérives mafieuses, la criminalité en col blanc, le dopage, les « corps exténués, vidés, blessés, cassés… ». Il montre les réalités derrière l’idée fausse que les événements sportifs seraient une aubaine pour le Sud, « Destructions de quartiers, expulsion de leurs habitants, entorses fréquentes au droit du travail sur les chantiers de construction, infractions aux règles de sécurité, ingérences de la FIFA, irrégularités dans l’attribution des marchés publics, corruptions et surfacturations des travaux, explosion des budgets, endettement des collectivités… », la « sécurisation » militarisée des lieux touristiques, l’absence de bénéfice pour les populations, « les retombées pour la population , la plus pauvre en particulier, se sont avérées plutôt négatives », le remodelage du tissu urbain, la socialisation des pertes et la privatisation des profits…

Je reste très dubitatif sur ce que l’auteur nomme « des valeurs de l’olympisme » (voir, sur ce sujet, le livre de Jean-Marie Brohm : Le mythe olympique, Christian Bourgois Editeur 1981), traiter Pierre de Coubertin, d’« universaliste et pacifique » est, au moins, une farce macabre. La valorisation de la « nation », du « drapeau », des « loyautés nationales », d’un « affrontement équitable entre nations » face à la marchandise et à l’individualisme compétiteur, ne me paraissent pas non plus adéquates.

Manque aussi, les impacts spécifiques sur les femmes, le développement des industries du sexe dont la construction de bordels pour ces messieurs proxénètes-clients-prostitueurs.

Wagner Barbosa Matias et Fernando Mascarenhas « Jeux olympiques de Rio 2016 : gagnants et perdants » soulignent, entre autre, « un processus d’accumulation par spoliation », les garanties de protection de la propriété intellectuelle des marques et symboles et des partenaires commerciaux, des exceptions à la législation nationale, les dimensions sécuritaires, « ces investissements sécuritaires font partie d’un projet plus vaste de reterritorialisation urbaine et de contrôle social », les milliers de personnes déplacées, la répression des travailleurs et des travailleuses, la criminalisation de la pauvreté, la priorité donnée « aux intérêts du marché »…

« Les compétitions sportives en elles-mêmes sont secondaires face aux intérêts économiques et politiques qui sont en jeu, dès la préparation, et dont les effets se feront sentir plusieurs années après 2016 »

Ivan de la Vega aborde la question des produits et de la « technoscience », ces produits ayant « une forme d’acquisition obsolète et immédiate », l’industrie du divertissement, le contrôle transnational, l’achat des équipes sportives, des infrastructures et des entreprises de service. Il analyse particulièrement la firme Nike…

Dale T. McKinley détaille « Le modèle d’accumulation capitaliste de la FIFA », la « professionnalisation des joueurs, des entraineurs, des instances administratives et dirigeantes », la privatisation des sélections nationales du football, les pots-de-vin… Il parle aussi de « la doxa de la concurrence et du libre marché », du « sacrosaint statut privé », des garanties contractuelles, des « droits exclusifs », du statut fiscal, des « zones de restriction commerciales », du monopole sur la distribution et les ventes de billets, de « l’exercice extrêmement couteux et éphémère de l’édification d’un mythe »…

Je ne reviens pas sur l’article de Patrick Bond : Les Sud-Africains paient l’addition et la FIFA fait des profits, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, article précédemment paru dans CETIM : La coupe est pleine ! Les désastres économiques et sociaux des grands événements sportifs, que j’avais chroniqué : protester-contre-les-depenses-inutiles-et-gagner-une-autre-coupe-du-monde-celle-du-progres-social/.

La Confédération syndicale internationale aborde l’esclavage, « Qatar 2022 : la Coupe du monde… de l’esclavage moderne », la dénégation des libertés et des droits fondamentaux des ouvriers construisant les extravagantes infrastructures, le refus du « gouvernement » de ce pays de signer le protocole de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur le travail forcé, la servitude pour dette, une forme de parrainage qui s’apparente à l’esclavage, la mortalité des travailleurs…

La Qatar ne respecte pas le droit, national et international, sur le paiement des salaires, les heures de travail, la santé et la sécurité, la liberté syndicale… dans ce pays, les travailleurs et les travailleuses n’ont pas la liberté de changer de d’employeur… « Le Qatar est toujours un Etat esclavagiste ».

Hyun Bang Shin, « Spectacles urbains, méga-événements sportifs et inégalités en Chine », analyse la promotion et les conséquences de grands spectacles urbains et de méga-événements sportifs, en regard des discours sur la « société harmonieuse » ; les liens entre commercialisation, marques et villes ; entre événements, investissements d’infrastructure et réaménagement urbain ; le déplacement des populations, le renforcement des mesures de sécurité, la « forte dose de patriotisme » associée aux grands événements…

Enfin, Laurent Gayet souligne « Derrière le rideau de bambou : le coût social des jeux du Commonwealth de Delhi » les milliers de mendiants d’adultes et d’enfants chassé des villes, les restructurations urbaines au détriment des pauvres…

Non l’autre face du sport, mais le sport dans la mondialisation…

En complément possible :

CETIM : La coupe est pleine ! Les désastres économiques et sociaux des grands événements sportifs : protester-contre-les-depenses-inutiles-et-gagner-une-autre-coupe-du-monde-celle-du-progres-social/.

Alternatives Sud : Sport et mondialisation :

CentreTricontinental et Editions Syllepse

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_24_iprod_664-sport-et-mondialisation.html#

Louvain-la-Neuve (Belgique) et Paris 2016, 180 pages, 13 euros

Didier Epsztajn

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Pour rappel, les quatre précédentes livraisons :

Alternatives Sud : Etat des résistances dans le Sud : Mouvements de femmes

les-femmes-sont-representees-en-fonction-des-besoins-masculins/

Alternatives Sud : L’aggravation des inégalités

linegalite-est-incompatible-avec-une-democratie-inclusive/

Alternatives Sud : L’économie sociale et solidaire. Levier de changement ?

loption-pour-la-vie-dautrui-est-constitutive-de-loption-pour-sa-propre-vie/

Alternatives sud : Migrations internationales.Un enjeu Nord-Sud ?

les-pays-de-locde-ne-recoivent-pas-toute-la-misere-du-monde/

 

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