Nouveautés mars 2016-B

Un Big Band étrange et venu d’ici.

krj005couv_low« The Mallet-Horn Jazz Band » est le titre pour le moins énigmatique de cet album. Sous titré « Guest Arkady Shilklopper », il n’éclaire en rien le contenu sauf pour les mordus d’un instrument peu usité dans le jazz, le Cor, French Horn de l’autre côté de l’Atlantique. Le texte du livret – en trois langues s’il vous plaît, français, anglais et espagnol – nous apprend que Arkady, né à Moscou en 1956, est un virtuose de cet instrument et qu’il joue à la fois dans des groupes « classiques » – plutôt de musique contemporaine – et de jazz. Nous voilà bien avancés.

La pochette arrière détaille les noms des solistes et du directeur musical Arnaud Délépine qui a dû avoir l’idée de cette réunion hors du commun, nous donnant un nouvel indice. Mais réunion de quoi, de qui ? Pour le savoir, il faut ouvrir le Cd. La découverte est de taille. Neuf cornistes forment les cuivres (horn) et deux « mailletistes » – soit des vibraphonistes, joueurs de marimba, frappeurs de maillets sur des languettes de bois ou de métal – leur donnent la réplique pour des questions/réponses habituelles dans les Big Bands de jazz depuis Fletcher Henderson qui sonnent totalement originales. Originalité supplémentaire, ces derniers participent de la définition de la section rythmique, complétée par et comme il se doit par batterie et contrebasse. Le tout, étrangement, sonne comme un « vrai » Big Band.

Les compositions sont, dans l’ensemble, connues. Elles vont de Miles Davis à Wayne Shorter, en passant par Coltrane et Pat Metheny. Arkady Shilklopper est venue avec une des siennes sur laquelle il brille, Stéphane Fillet en a amené une et a arrangé tout le reste. Il faut insister sur la place essentielle de l’arrangeur pour permettre à tout l’orchestre de pouvoir exister comme un tout. Il faut aussi découvrir la section rythmique, Ivan Gélugne à la contrebasse et Morgan Cornebert à la batterie, soubassement fondamental pour permettre aux solistes de prendre une sorte d’envol à ras de terre. Le Cor est un instrument un peu particulier. Il peut respirer le cheval, une élégance racée et le sang, référence à une chasse barbare, tout en faisant la démonstration de sa capacité d’émotion.

Le jazz a expérimenté plusieurs formes de grands orchestres. Surtout à la fin des années 1950,. on a vu se produire des orchestres uniquement composés de trombones ou de saxophones mais jamais de Cor. Entrez dans cet univers pour vivre une « inquiétante familiarité ». Les thèmes sont connus et pourtant…

« The Mallet-Horn Jazz Band, Guest Arkady Shilklopper », Klarthe Records (www.klarthe.com) distribué par Harmonia Mundi.

Tromboniste et Carioca, Raul de Souza, entre samba et jazz.

rectoRaul de Souza est né en 1934 à Rio de Janeiro. Il a donc 81 ans. Il part, une fois encore, sur les routes pour une tournée internationale sur la base des compositions de cet album, « Samba jazz » toutes de sa plume. Ce trombone à coulisses est un curieux instrument. Il sonne fortement les temps dans ses premières années à la Nouvelle-Orléans – il faut entendre Kid Ory figure importante du style « tailgate » – pour s’émanciper via Jack Teagarden ou Dickie Wells et devenir un soliste sans attache par la grâce de Jay Jay Johnson.

Raul de Souza connaît visiblement cette histoire. Son trombone sait se faire mémoire du jazz en y mêlant celle de la samba, de la bossa nova, de l’air respiré à Rio. La poésie, la grâce de Jobim, les mots de Vinicius de Moraes se retrouvent en train de jongler avec la dureté, la hargne, la colère de Sonny Rollins et du jazz en général.

Dans cet album, « Brazilian Samba Jazz », il permet aussi de découvrir des musiciens de la génération d’aujourd’hui qui lui donnent la réplique dans ce dialogue intergénérationnel nécessaire pour permettre au patrimoine de vivre avec de nouvelles couleurs.

Pourtant, à vouloir un peu trop jouer sur la nostalgie et les ballades les compositions n’arrivent pas à de détacher les unes des autres. Un peu plus de violence, de révolte ouverte – le trombone est l’instrument pour ce faire – n’aurait pas desservi le propos. Cocktail qui aurait permis de se rendre compte que coller jazz et samba n’est pas une sinécure surtout lorsqu’il s’agit de tempo.

Ces réserves ne doivent pas empêcher d’entendre ce musicien et ses compagnons qui expriment un aspect de la réalité culturelle. Il faut ajouter qu’un label qui a décidé de s’appeler « Encore Merci » ne peut pas être fondamentalement mauvais…

Raul de Souza : Brazilian Samba Jazz, Encore Merci distribué par Rue Stendhal

Nicolas Béniès

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