Le crime a un nom et une adresse

7rb7_einaudi72Voici un livre bienvenu sur l’écriture de l’histoire et les silences, les mensonges ou les falsifications des historien-ne-s, des « politiques » ou des pouvoirs publics. Sur ce sujet, dans sa préface de Gilles Manceron, preface-de-gilles-manceron-a-louvrage-de-fabrice-riceputi-la-bataille-deinaudi/ publiée avec son aimable autorisation ainsi que de celle de l’éditeur, rappelle que « des archivistes et des universitaires enfermés dans un certain « entre soi », dans une sorte de fétichisme des diplômes et des institutions, ont également constitué des obstacles au travail historique ».

17 octobre 1961. Le travail de Jean-Luc Einaudi. Un parcours dans le temps. En prologue, la cour d’assises de Bordeaux en octobre 1997, Maurice Papon, Vichy, l’Algérie, la préfecture de Paris… Le mensonge d’Etat de 1961, le massacre au « faciès », l’impunité du notable de la Ve République, « ce retour fracassant doit sans conteste beaucoup à un homme Jean-Lu Einaudi. C’est ce combat pour la connaissance historique et la reconnaissance politique d’un crime raciste colonial d’Etat que ce livre entend retracer. Un combat qui s’étendit sur trois décennies ». Crime d’Etat et responsabilités politiques…

Fabrice Riceputi nous présente le citoyen-chercheur Jean-Luc Einaudi, les histoires du 17 octobre 1961, le sinistre Maurice Papon, les mensonges et les tentatives d’« abolir le crime », les procédures judiciaires, les combattant-e-s pour la vérité, les politiques de gestion des archives, les témoignages des vaincu-e-s, les effets de l’amnistie…

Son récit fait ressortir, entre autres, « la dissimulation consubstantielle au crime d’Etat », le massacre au faciès, le refoulé de la guerre d’Algérie, les vérités de l’Etat et ses falsifications, le refus d’ouvrir les archives, des archivistes sanctionné-es pour avoir témoigné, les silences et les mensonges des un-e-s et des autres, l’évitement des responsabilités politiques…

« Je persiste et signe. En octobre 1961,il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de l’ordre agissant sous les ordres de Maurice Papon »

Hier et aujourd’hui, le 17 octobre 1961, demain les massacres de Setif en mai 1945, la répression à Madagascar, le massacre de Thiaroye près de Dakar, la « disparition » de Maurice Audin, les exactions au Cameroun… L’Etat français, son armée, ses élus, sa police, ses historien-e-s… des crimes contre les peuples. « Dire tristement la vérité triste » sur les politiques coloniales de l’Etat français.

Le titre de cette est inspiré d’une phrase de Bertold Brecht.

En complément possible :

Association Sortir du colonialisme : Le 17 octobre 1961 par les textes de l’époque : lhorreur-de-cette-nuit-pluvieuse/

Suzanne Citron : Le mythe national, L’histoire de France revisitée  sujets-tabous-et-memoire-clotures/

Fabrice Riceputi : La bataille d’Einaudi

Comment la mémoire du 17 octobre 1961 revint à la République

Prix du livre anticolonial 2016, un-prix-pour-la-bataille-deinaudi/

Le passager clandestin, Paris 2016, 226 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

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