Il faut sauver le soldat Gauche

(Studios de Cinéma – 2, avenue de l’Europe – Bry-sur-Marne – Val-de-Marne,  28 Mars 2016)

Nous sommes de retour aux Studios de Cinéma de Bry-sur-Marne, à quelques semaines maintenant de l’ouverture du Festival de Cannes. L’animation est aujourd’hui à son comble dans les studios de la Solferinian Brosse Pictures, où l’on donne les derniers claps et tours de manivelle du blockbuster annoncé pour bientôt sur la Croisette, et probablement, dans les prochains mois, au sommet du box-office : Il faut sauver le soldat Gauche. Titre certes empreint de quelque balourdise, mais, vous allez le découvrir, dont le contenu renvoie à l’héroïque.

Ne perdons pas trop de temps en de trop longues présentations concernant la Solferinian et les réalisateurs de cette grande saga.

Vous savez déjà tout de la Solferinian Pictures et de sa succursale papier Libération, cette firme cinématographique fondée en France au début des années 70 sous le nom de Famous Players. Elle a contribué à la découverte d’artistes maintenant célèbres et reconnus, Ségolène Davis, Lionel Cagney, Manu Bogart et, l’inoubliable Frankie Rotterdam, héros de Guerre à la Finance au Bourget et ses 15 millions d’entrées en salle en 2012. La firme met aujourd’hui les bouchées doubles pour la compétition des Césars 2017. 

Quelques mots rapides maintenant des deux réalisateurs. Michel Wievorka, connu jusqu’à récemment comme sociologue, attention il se lance maintenant dans la réalisation, sociologue attaché à des travaux et à des commentaires qui n’ont jamais mangé beaucoup de pain, sur les pourtant sujets très graves que sont la violence, le racisme, ou encore le terrorisme. Michel Wievorka met les pouces et raccroche les gants de la Sociologie pour se lancer dans la Mise en scène.

(Lorsque quelque chose ne demande pas gros efforts, n’a pas grande conséquence ou n’implique pas grand risque, on dit parfois « ça ne mange pas de pain ! ». Cette expression nous arrive du Moyen Âge, époque où le pain était la base de l’alimentation et représentait une part majeure de l’argent du ménage. Prendre alors une décision coûteuse, l’achat d’un meuble ou d’un âne pour la ferme, pouvait fortement compromettre l’achat du pain de tous les jours, surtout dans les foyers les plus modestes. On disait de ces gros achats que « cela mangeait du pain ». À l’inverse, l’acquisition de broutilles…)

Michel Wievorka n’est pas tout seul. Il s’est adjoint un brillant et tonitruant second, en la personne de Daniel Bendit, que beaucoup d’entre vous connaissent déjà. Repéré sur les barricades il y a une cinquantaine d’années, le jeune gavroche rouquin, surnommé alors Dany le Rouge, aujourd’hui les tempes grisonnantes, tempus fugit, atterrit avec grand fracas sur les plateaux, et vous allez voir de quelle façon. Un anarchiste allemand transformé en quelques années en gardien des tables de la loi de la Ve République française. Par quelle pierre philosophale cette transmutation du vil plomb en vif argent ?

Revenons à notre blockbuster. Parallèle audacieux avec le Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg, Michel Wievorka et Daniel Bendit ont dégotté Il faut sauver le soldat Gauche.

(Nous vous rappelons en quelques mots la thématique générale de Il faut sauver le soldat Ryan. Dès les premières heures du débarquement de Normandie de Juin 1944, deux jeunes soldats américains, appartenant à la même fratrie de trois garçons, meurent au combat. Ce n’est pas la loi, mais la règle morale, aux États-Unis, le dernier représentant survivant d’une fratrie tombée au combat doit être épargné à tout prix pour être rendu à sa famille. C’est le sens de la mission confiée à une petite unité parachutiste : s’infiltrer derrière les lignes ennemies pour y retrouver à tout prix le soldat Ryan et le ramener sain et sauf sur les arrières de la ligne de front. Elle s’en acquittera au terme d’une longue et cruelle équipée.)

Il faut sauver le soldat Gauche, peut-être également longue et cruelle équipée, nous vous en révélerons les grandes lignes du synopsis, dernière commande de la Solferinian Pictures, et, au vu des quelques rushes qui nous ont été soumis,  probablement bientôt saluée par la critique de grande œuvre épique et héroïque.

La question de la distribution d’acteurs a longtemps fait débat pour incarner le personnage du soldat à ramener de derrière les lignes ennemies. Les scènes d’action du film ne nous le feront découvrir qu’aux derniers instants de ce très long métrage de plus de trois heures. C’est vous dire le suspense. Et d’ailleurs, nous-mêmes, journalistes cinéphiliques, l’ignorons encore à cette heure.

Il fut un temps question pour ce rôle de Lionel Cagney. Las ! À près de 80 ans, ce dernier, épuisé depuis le tournage de Youth aux côtés de Harvey Keitel, Youth où tous deux incarnent deux délurés pensionnaires de maison de retraite, Lionel aurait jeté l’éponge.

Un tel rôle guerrier ne pouvant être confié à la gent féminine, Ségolène Davis et Martine Monry un temps pressenties, ont elles aussi renoncé.

Nous vous dirons dans quelques lignes quels artistes restent en piste et pourraient encore décrocher la timbale. Il nous fut dit que cette question de casting pourrait être tranchée par une Primaire. Curieux procédé, mais enfin !

Auparavant, quelques mots très généraux concernant la thématique de Il faut sauver le soldat Gauche.

Vous savez déjà tout du fond du problème. Le célèbre critique de cinéma Frédéric Lordon l’a résumé tout récemment pour les lecteurs du mensuel Le Cinéma Diplomatique, avec cette formule désabusée : « L’esprit de Lampedusa plane sur notre époque ».

(Dans son roman paru en 1958, Le GuépardGiussepe Tomasi, duc de Palma, prince de Lampedusa et baron de Montechiaro, aristocrate sicilien, fait dire à l’un de ses pairs princiers confronté sur ses terres à la dangereuse agitation d’un mouvement révolutionnaire et réfléchissant aux moyens de le dévoyer : « Il faut que tout change, pour que rien ne change ».)

Désastreuse ambiance de notre époque ! Et elle nous pèse lourdement : présidentialisation forcenée, partis spectraux, lunaires campagnes électorales peopolisées, vote utile obligatoire et déchéance de morale citoyenne si refus d’obtempérer, le tout sur fond de décor de dramaturgie terroriste. Comment dans ces conditions, mission de notre petite patrouille, sauver la Gauche de Gouvernement ? Tout simplement, en dénichant un rossignol en peau de lapin et d’une parfaite innocuité, et ceci par l’artifice de prestidigitation d’une Primaire à Gauche.

Au final, réaffirmer ainsi l’engagement que tout le monde attend : isolation générale du logement insalubre, et accès à la TNT de tous les lieux-dits du Calvados ; le tout, bien sûr, assorti d’une forte déclaration sur « la réorientation de l’Europe ». Le tour est joué !

Après la mise hors de combat de ses deux plus valeureux enfants, Manuel et François, tombés au feu mortellement blessés, lors de la bataille d’El Khomri, ordre est venu du Grand Quartier Général : retrouver derrière les lignes ennemies le dernier enfant de la fratrie Gauche de Gouvernement, et le ramener sain et sauf pour les prochaines échéances. Primaire est le nom de code de cette mission secrète d’infiltration – exfiltration.

Quelques indiscrétions de plateau, nous ne voulons pas les nommer ragots ou bruits de couloir, nous font savoir que deux jeunes premiers seraient sur les rangs pour le rôle de celui à ramener sain et sauf. Et leur profil un peu dissonant, une des grandes trouvailles des deux réalisateurs.

Avec toutes les réserves que le secret et le suspense imposent encore, nous pouvons vous révéler qu’appel pourrait être finalement fait à Arnaud Montecristo, évadé de la geôle gouvernementale ou il avait croupi deux longues années durant, son Château d’If en quelque sorte, et à Emmanuel Maqueron, jeune surdoué langoureux. À moins que ce dernier n’ait déjà signé pour Hollywood.

Rendez-vous, chers amis, sur la Croisette dans les prochaines semaines et surtout à Paris lors de la cérémonie des Oscars d’Avril 2017.

Jean Casanova

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