Violant, alias João Mauricio, Apocalypse 16.3, Portugal

Le mur que j’ai titré Apocalypse 16.3 présente avec « La Chute d’Adam » des similitudes. D’abord, la dimension (c’est toute une face d’un bâtiment de deux étages qui a été peinte), le lieu (les bâtiments qui jouxtent le bâtiment peint par l’artiste semblent être d’anciens locaux artisanaux ou industriels abandonnés), le titre (Violant a explicitement nommé la fresque que j’ai présentée dans le post de la semaine dernière « La Chute d’Adam », orientant ainsi les lectures, ici,  João Mauricio a peint à droite et en bas AP 16.3, renvoyant le spectateur connaissant la Bible au livre de l’Apocalypse et à un passage précis du Livre. Sa fresque est présentée comme une illustration du texte sacré), le thème quoique différent renvoie à la Bible.

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Dans un premier temps, essayons à grands traits de décrire l’œuvre. Sa composition est régie par des formes géométriques simples. Un grand triangle équilatéral constitue le centre et le cœur thématique de la fresque. Nous y retrouvons les traits qui la caractérisent : les poissons morts flottants sur le côté ou sur le dos dans une eau rouge. Dans les deux angles supérieurs restants, dans deux triangles rectangles, flottent des poissons semblables et les ombres d’arbres dénudés. La perspective est rendue par deux moyens graphiques : les poissons du premier plan sont plus gros et ceux du second plan plus nombreux et beaucoup plus petits, le reflet des arbres suit le même principe (les reflets des plus proches sont plus grands, les plus éloignés plus petits). Le reflet du ciel, blanc, renforce la profondeur (le blanc est plus intense au second plan ; il s’estompe progressivement se colorant de rouge. Ce reflet blafard du ciel est compris dans un triangle équilatéral plus petit que le grand triangle central dont une « pointe » serait en bas. Le bas de l’œuvre est formé par deux triangles rectangles représentant les formes géométriques tracées par le sol craquelé d’une eau peu profonde (cette profondeur est marquée par le premier poisson à partir du bas dont on voit en partie le corps sous la surface de l’eau). Somme toute, la scène (des poissons morts flottent à la surface de l’eau d’une rivière) nous est devenue banale par la photographie. Par contre, la couleur rouge interroge celui qui regarde l’œuvre.

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Trouver la signification de la fresque parait, à première analyse, simple : il suffit de lire le passage de la Bible dont le mur peint est l’illustration. « Le deuxième ange versa son verre dans la mer et le contenu devint du sang, comme l’est celui des morts et mourut tout ce qui vivait dans la mer » (Traduction de l’espagnol R.Tassart). Certes, le mystère de l’eau qui devient du sang associé à la mort des poissons trouve une traduction dans la fresque. Manquent des items déterminants : l’ange, le verre (la coupe), la mer. Dans une interview, Violant propose une autre piste : « Ceci est un travail qui est basé sur un souvenir d’enfance: il y avait une rivière qui traverse mon vieux village. Cela coulait le long d’une zone industrielle, ce qui a fait que l’eau était constamment polluée. La rivière était donc colorée dans des couleurs différentes; en bleu, en violet et en  rouge. Les animaux qui vivaient là autrefois étaient morts. »

Le souvenir d’enfance de João Mauricio apporte d’autres éléments qui s’ajoutent aux premiers : une petite rivière (et non la mer), bordée d’arbres, une eau polluée de couleur rouge.

Le rapprochement de ces deux références, l’une biblique, l’autre de l’ordre du souvenir d’enfance, nous amène à une lecture quelque peu mystique : le verset de l’Apocalypse est une prophétie qui s’est réalisée de nos jours et nous en sommes les témoins (comme Violant posant de dos devant sa fresque et la regardant).

La scène est d’une grande violence visuelle : des dizaines de poissons morts flottent dans de l’eau colorée de leur sang. Le spectacle de la mort des êtres et des animaux et celui du sang agressent la sensibilité du spectateur. J’ai interrogé Violant voilà plusieurs mois pour savoir quel était son rapport à la violence des images. Sa réponse éclaire l’interprétation de sa fresque :

« Je ne crois pas que l’art doit être violent. Mais je veux dire avec force que les fresques contemporaines et le street art ne devraient pas se voir poser des limites par l’opinion publique ou les idées communes concernant l’esthétique. Mon travail émerge de la prise de conscience que le monde est plein d’erreurs qui ne doivent être ni oubliés ni pardonnés. Je crois que les gens devraient voir ce qui est mauvais pour eux plutôt que de jeter sur ces errements un voile pour les cacher aux regards. Je pense que cette démarche qui consiste à montrer ce qui ne va pas peut être confondu avec de la violence, ou peut-être cela est-il nécessaire pour réveiller les consciences. » (Traduction de l’anglais par Richard Tassart).

« Réveiller les consciences » est certainement une autre façon de dire, prendre une place dans le débat public, exprimer une opinion pour faire en sorte que les Hommes changent. La fresque de l’Apocalypse est une œuvre dont l’objectif est de provoquer une catharsis, une « prise de conscience », pour agir. Dire que cette œuvre est écologique serait, à mon sens en réduire la portée. L’apocalypse selon Violant est déjà là ; l’artiste nous invite à l’action pour que les prophéties ne se réalisent pas.  

Richard Tassart

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