Le féminisme est un puissant levier de résistance pour rendre aux femmes leur autonomie…

ax 188 couvEdito : Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie

Savez-vous d’où vient le mot « folie » ? Très vraisemblablement du latin « folium », feuille, feuillée. On y voit un enchevêtrement végétal, le poumon boisé de nos racines, des nervures qui courent depuis la terre mousseuse jusqu’à la canopée, un buissonnement perpétuel. Ça frissonne et ça sent le frais. C’est la folie fondatrice de notre univers, sa magie. Sa beauté, ses pigments fluorescents, son camaïeu de chlorophylle. ?

Quant à l’adjectif « fou » ou – plus souvent – « folle », il vient également du latin, mais d’une autre famille de mots : celle du « follis », un soufflet qui active le feu de la forge, et qui a donné naissance au feu follet, à l’affolement, au verbe raffoler. On est dans le danger chaud, au cœur du tourbillon, on s’embrase dans la nuit… on rougit, on rougeoie. On s’amuse, mais… folâtrer – c’est à dire badiner, batifoler, faire les fous, sans souci – avec l’origine des mots n’est pas uniquement poétique ; c’est aussi fort éclairant.

Bien que la « folie » recouvre au moins une vingtaine de sens et d’usages divers, elle est aujourd’hui, dans notre imaginaire, étroitement associée à une maladie mentale violente qu’elle ne suffit d’ailleurs plus à décrire à elle seule. On ne se contente plus de dire que nous sommes folles. On détaille. Façon puzzle. Nous sommes : psychotiques, démentes, délirantes, nous exagérons, nous fantasmons, nous entendons des voix, nous radotons, nous imaginons, c’est dans notre tête, c’est dans nos gènes, dans notre matrice, c’est l’âge ou la couleur de notre peau, c’est à cause de notre mère, c’est de la sorcellerie, nous l’avons bien cherché. Nous sommes aliénées, bipolaires, tripolaires, schizophrènes, mentalement déficientes. Faibles. Débiles. Casse-pieds. Plus ceci et moins cela. Crac, boum, pif.

Pourquoi ? On aimerait bien savoir pourquoi…

Plonger dans les racines de la folie pourrait précisément être considéré comme une démarche extravagante ; pourquoi, oui, pourquoi aller, les genoux à terre, couper l’herbe folle en quatre, quand on peut, d’un coup de baguette médicale, retrouver la raison, se coincer dans la petite case, se glisser dans la camisole de la normalité ? Et se contenter de ce que constatait finement ce grand connaisseur des femmes, le poète romantique du 19e siècle, Alfred de Vigny : « Les femmes ont des accès de folie inexplicables »…

Inexplicables, on vous dit !

Mais il faut croire que nous, enfants insatisfaites et affamées, aimons toujours bien savoir pourquoi, oui pourquoi ?

Pourquoi serions-nous responsables de nos petites folies ? 
Pourquoi devrions-nous subir les grandes folies ?

Qui sont les vrais fous dans ce couloir d’hôpital ?

Qui sont les vrais fous dans cette société, dans ce monde sexiste, raciste, violemment libéral ?

Et comme nous sommes vraiment mal élevées, nous disons : zut !

Et nous tirons la langue, au risque de nous faire censurer par Facebook pour outrage aux bonnes mœurs.

Sabine Panet

Dossier : Folies des femmes. Pourquoi la psychologie ne fait pas bon ménage avec le féminisme (et pourquoi ça peut changer)

« Si bien sûr, certaines pratiques « psy » peuvent représenter une porte ouverte sur soi-même, elles gagneraient, selon la psychologue Roxanne Chinikar, à se rapprocher du féminisme : elles permettraient alors une fameuse émancipation individuelle et collective… »

Pathologiste, enfermement, contrôle, sexualité bridée, « d’un corps sans tête à une tête sans corps », hystérie et théories freudiennes… « Incroyable misogynie de cette théorie, toujours enseignée aujourd’hui ! ». Je souligne le petit « test foutoir » qui ne manquera de faire rire certain-e-s…

Certaines pathologies sont plus souvent diagnostiquées chez les femmes que chez les hommes, et bien des psy ne semblent pas faire de liens entre ceci et les rapports sociaux de sexe et les inégalités. « La médicalisation et la psychiatrisation d’un problème social servent toujours à le dépolitiser ». Roxanne Chinikar parle aussi de « défendre l’auto-détermination de chaque individu face à la surmédicalisation ».

Parmi les autres textes publiés, je signale notamment :

  • Le « Cauva », un refuge pour les victimes de violences conjugales. Un reportage dans un service hospitalier pionnier à Bordeaux. L’auteure rappelle, entre autres, qu’« EnFrance, une femme sur dix est victime de violences conjugales ; tous les trois jours, l’une d’entre elles meurt sous les coups de son conjoint ; et seule une femme victime de viol sur dix porte plainte ». Le travail de cette équipe, « hors des « méandres procéduraux » », permet « pas à pas gagner la confiance » et de tendre « un miroir contre le déni ». Et ces violences touchent les femmes « sans distinction de classes sociales ou d’origine ».

  • Anne Kamel, une humanitaire en mer.

  • La petite reine des femmes. Les femmes cyclistes, la rue auto-appropriée par les hommes, le sexisme « à tous les rayons », les déplacements seules comme possible émancipateur.

  • Accueillantes d’enfants conventionnées. Revenu minimal garanti. « la passion c’est bien, les droits sociaux, c’est mieux »…

  • « Les jus de la femme ». le tabou des menstruations et le langage « codé et fleuri » pour ne pas dire, les rites de purification. « Dans de nombreuses traditions religieuses aussi bien que le long des rayonnages des supermarchés, les fluides féminins ont mauvaise presse : il faut les cacher, les résorber, les bannir ». Règles, sécrétions vaginales, tabou et incitations à dépenser toujours plus pour « leur hygiène corporelle ». Sans oublier la cyprine, l’éjaculation, les larmes…

  • Engagées pour une naissance respectée. Violences obstétricales, non respect des choix des femmes, « Je n’ai pas accouchée, j’ai été accouchée », abus de césarienne ou d’épisiotomie, place à revaloriser des sages-femmes…

  • et toujours de riches rubriques : informations internationales et culture.

Un journal de nos amies belges à faire connaître

axelle 188, avril 2016, http://www.axellemag.be/fr/

Didier Epsztajn

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