38 mars 2016

Les articles affluent sur la nuit debout. Chacun y va de son conseil et le monde politique commence à s’inquiéter du devenir d’une expérience dont certains pressentent l’échec, en l’absence d’un débouché dit politique. Or, de leçon il n ‘est guère question dans les débats, sinon que l’expérience doit perdurer, le temps qu’il faudra, pour que chacun puisse prendre enfin le temps de la réflexion, à distance des échéances immédiates, qu’elles soient européennes, mondiales, politiques, économiques, sociales ou culturelles, auxquelles le citoyen.n.e et l’individu lambda n’a aucunement été associé. C’est pourquoi après des décennies de contraintes intériorisées, de lassitudes, de colères, de ressentiments vains, de dépossession d’une représentation démocratique qui pendant si longtemps fut limitée à une délégation ponctuelle du pouvoir souverain, d’autres expériences vont resurgir ici et là.

Et si l’expérience s’arrête ou échoue dans le temps court, elle renaîtra, n’en doutons pas. Car la résolution, dont font preuve les participants, est particulièrement exemplaire, tant pour fixer les règles de délibérations collectives que pour prendre les décisions les plus démocratiques dans les assemblées générales.

Le temps de la mise en œuvre d’une véritable démocratie est, en effet, venu. Le présent, borné par le pouvoir de la marchandise, fixé dans le court terme d’un profit illusoire, sans aucun bénéfice pour le plus grand nombre, les individus poussés vers l’impasse d’un devenir précaire ou enserrés dans l’étroitesse d’une carrière menée au rythme des valeurs marchandes et des évaluations des agences de notations et de recherches……

La nuit debout donne un autre rythme au temps du devenir humain. Tout est à reconstruire, à reconsidérer, à repenser. Long sera le temps de l’élaboration si nous voulons que chacun y apporte sa contribution. Prenons le temps de se réapproprier notre pouvoir d’action, à la manière imaginée par quelques « utopiques » qui, en 1830, auraient souhaité tirer sur les horloges pour arrêter le temps de la révolution. En ce temps là, pendant un temps très court, il est vrai, ils ont cru pouvoir saisir ce que liberté voulait dire. Sous forme de remémoration les participants au mouvement de la nuit debout arrêtent le printemps en mars afin de prendre le temps de penser, de préparer la démocratie de demain.

Oui le temps est nécessaire pour réfléchir au moyen de prendre l’air et d’ouvrir les frontières afin de réparer les destructions du libéralisme.

Oui il faut du temps pour inventer une véritable alternative à la catastrophe engendrée par le capitalisme financier.

Oui il faut du temps pour imaginer comment demain le monde pourra enfin respecter l’autre d’où qu’il vienne et quel qu’il soit en mettant en œuvre ce que disait déjà les membres de la Société des amis des noirs en… 1790.

Oui il faut du temps pour s’emparer d’un savoir réservé ou confisqué jusqu’alors par des professionnels du pouvoir.

Oui il faut du temps pour retrouver le sens des idées d’autrefois, aujourd’hui perdues ou que l’on croyait dépassées et qui étonnement renaissent à la faveur d’un printemps renouvelé.

Paris 39 mars 2016

Collectif critique, mis en ligne le 9 avril 2016

http://collectifcritique.org/spip.php?article13

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