Kashink, « La grande odalisque », « Rosa Parks fait le mur », Paris décembre 2015

Dans le précédent billet, nous avons découvert les talents de coloriste de Kashink, l’intégration de son action dans le cadre plus large d’une sensibilisation à l’art urbain avec les enfants des écoles de l’arrondissement. Les autres fresques de Kashink illustrent les qualités que nous avions découvertes mais aussi d’autres aspects de la personnalité de l’artiste et des facettes différentes de son travail dans la rue. Je prendrai l’exemple de sa superbe « Grande odalisque », peinte rue d’Aubervilliers. La première réaction en la voyant (ma première impression n’est jamais la bonne !) a été un demi-sourire amusé en découvrant ce que je prenais pour une parodie du tableau, peut-être le plus célèbre, du très oublié Ingres. Le clin d’œil était pourtant évident ; on y retrouvait la posture allongée d’une femme nue, tournant son visage vers le spectateur-voyeur, le turban, l’éventail, autant de référents incontestables à l’œuvre.

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Le visage était « kashien » : je retrouvais les deux paires d’yeux et, en y regardant d’encore plus près,  la moustache de l’artiste. La servante du sérail devenait un portrait en pied de Kashink en odalisque. Ceci établi (au moins, à titre d’hypothèse), quel était le rapport entre cette représentation amusée de l’artiste et la célébration de Rosa Parks. Compulsivement, sans véritable objectif de recherche, j’ai regardé toutes les photographies des fresques de Kashink que j’ai trouvées sur Internet. Heureux hasard qui me fit rencontrer une autre odalisque peinte pour Amnesty International en 2015. Certes, les différences entre les deux odalisques sont nombreuses (la couleur du corps, le fond, les éléments décoratifs etc.) mais notre odalisque verte, comme dans une bande dessinée, dit : « Mon corps, mes droits ».  Le jeu graphique, le pastiche change de statut : il s’agit d’une revendication politique. Elle exprime la liberté de la femme de disposer de son corps et revendique le droit à l’égalité entre les femmes et les hommes. Dans le contexte d’une action en faveur d’Amnesty International, le message est d’une grande clarté.

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Je pense que notre odalisque-Kashink de la rue d’Aubervilliers exprime les mêmes revendications même si elles ne sont pas explicitées par un élément de dialogue en forme de phylactère. Par ailleurs, on saisit mieux les relations entre cette grande fresque et l’objectif de la manifestation, honorer la mémoire de Rosa Parks et les idées qu’elle a défendues comme l’égalité entre les hommes mais aussi celle entre les hommes et les femmes.

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Si l’odalisque est le sujet, éminemment politique de l’œuvre, il convient de dire un mot du décor. L’artiste n’a pas repris les éléments de décor d’Ingres. Sur un fond noir, comme des pièces d’étoffe, de larges surfaces sont décorées de motifs. Ils tranchent avec le traitement de la peau formé de taches de couleurs (des roses plus ou moins soutenus). Ils participent à ce festin des couleurs que nous offre l’artiste dans toutes ses productions. Verlaine disait que la poésie était de la musique avant toute chose. Kashink, certes, fait chanter les couleurs, employant des couleurs pures, risquant de forts contrastes, osant colorer de taches la peau d’une belle femme alors qu’Ingres « lissait » ses couleurs, créait de somptueux et complexes dégradés chargés de rendre compte de la carnation de la peau mais pas seulement. Derrière les œuvres, affleurant leur surface, l’artiste affirme ses convictions et revendique de nouveaux droits.

Richard Tassart

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