#deboutlesbibs : face à des politiques qui les précarisent davantage les bibliothèques doivent désormais se mettre debout

Derrière les injonctions idéologiques d’ouverture maximale, aucune réflexion de fond n’est menée par nos tutelles politiques sur les enjeux de la lecture publique et le rôle de la bibliothèque dans la cité. 

Les bibliothèques municipales de France et de Navarre ne sont pas au mieux : sous-effectif, désorganisation du travail, action culturelle réduite à de l’événementiel, politique documentaire qui tourne à vide, conditions matérielles en décrépitude… c’est par ces maux que les bibliothécaires décrivent leur quotidien sans être entendus par les élus et leur administration. Une crise existentielle partagée visiblement par toute la profession, quelque soit la taille ou la couleur politique de leur commune d’exercice.

On ne compte plus les fermetures de petites bibliothèques ou celles contraintes de réduire leurs horaires d’ouverture faute de moyens. Une véritable fronde est à l’œuvre dans tout le pays depuis plusieurs années dans de nombreuses communes ou communautés d’agglomération que ce soit à Angers, Auch, Bordeaux, Brest, Caen, Clermont, Chelles, Le Havre, Levallois, Lyon, Marseille, Metz, Montigny-les-Bretonneux, Nantes, Rennes, Rouen, Saint Herblain ou encore Saint Quentin-en-Yvelines sans même parler de l’état du réseau parisien (lire ici). 

Les Bibliothèques Universitaires (BU) gérées par l’État ne se portent guère mieux elles non plus. Tout comme la BnF (Bibliothèque Nationale de France) laquelle, en plus des suppressions de postes, est victime depuis plusieurs années d’une marchandisation qui se fait au détriment des collections et des services.

C’est donc dans ce contexte de crise (existentielle ?) qu’intervient la nouvelle lubie des pouvoirs publics de vouloir « ouvrir plus » le soir ou le dimanche « sans moyens ». Il faut dire que les élites politiques, toujours plus démagogiques dans ce cas, n’ont plus qu’un crédo : ouvrir davantage les bibliothèques ! Et peut importe les objectifs et les conditions de ces extensions d’horaire. Car ouvrir plus, toujours plus, place désormais les bibliothécaires sous le coup d’injonctions multiples et contradictoires surtout dans un contexte où les dotations financières (de l’État, des départements ou des communes) sont en baisse constante et certaine. D’ailleurs, les professionnels concernés le répètent à l’envi…

 

« Ouvrir davantage les bibliothèques avec des moyens, des professionnels et de réelles compensations pour les personnels : pourquoi pas ? Mais avec des personnels non qualifiés, des services dégradés et des espaces restreints, c’est NON ! » déclarent les personnels de toutes les bibliothèques universitaires à leur ministre de tutelle, Najat Vallaut-Belkacem. « il n’est pas envisageable que les ouvertures du dimanche s’effectuent au détriment de la qualité du service public rendu aux Parisiens, ni dans les bibliothèques concernées, ni dans les autres bibliothèques du réseau » affirment de leur côté les bibliothécaires de la Ville de Paris à Bruno Julliard, l’adjoint en charge de la culture (lire ici).

Face à cette volonté des politiques de les précariser davantage, les bibliothèques doivent désormais se mettre debout car plus que les extensions d’horaires, les véritables enjeux sont ailleurs… S’ouvrir largement au numérique est un enjeu de taille. Mais comment faire dans un contexte de rigidité budgétaire où les investissements se réduisent comme peau de chagrin ? Comment faire des bibliothèques des lieux de vie, là où l’automatisation prend le pas sur les contacts humains ?

Et comment accueillir plus largement les publics alors que les politiques budgétaires actuelles conduisent toujours à supprimer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, et qui plus est, de plus en plus vieux et en mauvaise santé ?

Ou encore comment préparer et accueillir des animations, des partenaires, des associations, accueillir les enfants en périscolaire… si les moyens diminuent ?

Les besoins et les enjeux sont là. Les bibliothécaires n’en peuvent plus car la précarisation des agents de la Fonction Publique est une réalité qui s’est affirmée durant ces dernières années :

  • Recours massif aux contrats à durée déterminée (mais qui sont renouvelés tous les ans),

  • « Embauche » de contrats aidés,

  • Recours au service civique,

  • Accueil des travaux d’intérêt généraux (TIG)

  • Multiplication des stages de réinsertion à l’emploi (sans aucune perspective d’embauche)

Mais les conséquences de la crise de 2008 se sont réellement fait sentir depuis deux ou trois ans dans les bibliothèques où quasiment l’ensemble des recrutement a été gelé. Pourtant, de plus en plus de jeunes étudiants en métier du livre sortent diplômés, solidement qui plus est, de DUT, de MASTER… Des compétences rendues inutiles faute de trouver un emploi dans les bibliothèques. A tel pont d’ailleurs que dans beaucoup de petites médiathèques (points lecture) on trouve désormais énormément de bénévoles, qui même si ils sont de bonnes volontés, ne sont pas des professionnels. N’est ce pas là le signe d’une véritable déconsidération du métier de bibliothécaires de la part de nombreux élus ?

Retrouver le sens… du service public ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit : les bibliothèques, comme l’ensemble de l’administration publique et des grandes entreprises, ont subi le tournant du big data et de la statistique de plein fouet : des cadres passent leur temps les yeux rivés sur d’immenses et pléthoriques tableurs, à la recherche d’une vérité qu’un passage en salle leur permettrait de mieux appréhender. Cette confiance aveugle dans le pouvoir du chiffre, loin de conforter le rôle et les missions de la bibliothèques, produit dans la profession et dans le public l’effet inverse : une froideur mathématique, un appauvrissement culturel et une rigidité gestionnaire très éloignés du troisième lieu.

Le mouvement contre la loi travail, auquel les bibliothécaires participent massivement depuis le début, l’espace de réflexion créé par la #nuitdebout et la #bibliodebout, la préparation du congrès de l’ABF en juin 2016, sont des opportunités pour la profession de rappeler son rôle et sa force dans le contexte actuel.

 

Pour signer ce texte avant publication officielle écrire à socialnecmergitur@yahoo.fr

 

Premier signataires : Nicolas Sautel-Caillé (BM-Colomiers, Haute-Garonne), Hélène Gonzalez (BM-Paris), Sylvie Mascaro (BM-Aigueperse, Puy-de-Dôme)  Gilles Meyer (BnF), Stéphane Thuault (ITRF, technicien de documentation-BU), Bertrand Pieri (BM-Paris), Dominique Susini (BM-Marseille)

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