Populisme, militarisme, sexisme : recettes pour une rivalité de pouvoir

L’Afrique du Sud se rend aux urnes municipales dans trois mois. Le 3 août exactement. L’équation violente du pays se traduit cette semaine par un commissariat, le bureau d’un chef traditionnel, un bureau de poste et dix-sept écoles incendiés, cinq autres vandalisées, dans la province dont est originaire Julius Malema, leader des Combattants pour la liberté économique (EFF, Economic Freedom Fighters, créé en 2013) et principal opposant du président en exercice, Jacob Zuma. Des représailles ? Sans doute. La veille, les 25 députés de l’EFF avaient été expulsés du Parlement après s’être battus avec les agents de sécurité et avoir tenté d’empêcher le président de s’exprimer, jugé trop illicite. Jacob Zuma est en effet de nouveau poursuivi depuis le 29 avril dernier pour 783 charges de corruption, de fraude fiscale et de racket, dans un contrat d’armement de 4,8 milliards de dollars conclu en 1999 avec la société française Thalès, et reconnu coupable depuis mars de violation de la Constitution pour n’avoir pas remboursé une partie des 20 millions d’euros d’argent public utilisés pour rénover sa résidence privée. Sa démission est fortement sollicitée. L’EFF s’y attelle avec la campagne « Zuma must fal l » lancée à Soweto en début de semaine en grandes pompes et en habits révolutionnaires rouge – bérets et salopettes pour les hommes, robes de chambre pour les femmes.

La joute entre les deux anciens amis proches se veut guerrière. Dans le stade de Soweto, Malema a lancé « je n’ai pas peur » de Zuma et a menacé le Président de voir « l’armée se retourner » contre lui. Explicitement, il a ajouté « Nous n’avons pas peur de la guerre ». Après les incidents de l’hémicycle, le cadet a déclaré à l’adresse de son ainé qu’il allait « faire partir ce gouvernement à la pointe du fusil ». Quant au principal visé il méprise ses opposants, les traitant à cet effet d’« anarchistes », se gardant bien de ne pas respecter les règles démocratiques de son pays.

La joute est également ouvertement populiste. De part et d’autre. Malema, en porte-parole auto-proclamé des déshérités, promet la fin des privilèges de la minorité blanche, la confiscation des terres sans compensation et la nationalisation des banques. Et ajoute, sans retenue, que s’il accède au pouvoir, l’EFF s’attaquera à la corruption, créera des emplois et offrira à chacun un lopin de terre et un accès à l’eau et l’électricité. Rien de moins. C’est évidemment sans rappeler que le nouveau « leader maximo » avait été exclu de l’ANC, alors qu’il était président de sa Ligue de la jeunesse, notamment parce qu’il avait été lui-même soupçonné de corruption…

Mais là ne s’arrêtent pas les liens ténus entre le père spirituel et son fils. En dehors du racisme, le sexisme intrinsèque des deux personnages continue son ouvrage et les dérapages misogynes ne manquent pas. Inutile de rappeler les propos désinhibés et les affaires du Président, accusé et relaxé pour viol… En novembre dernier, lors d’une échauffourée au siège de l’EFF, Malema a traité la ministre Développement des petites entreprises, Lindiwe Zulu, une politicienne au franc parler, de « street meid », un argot qui signifie femme de la rue, prostituée, fruste et sauvage. Plus tôt, il ne s’était pas abstenu de lui demander haut et fort et en public de se taire.

De surcroît, Malema se présente comme le défenseur des causes féministes. Il donne des leçons de courage aux victimes de viol, et les invite à venir témoigner sans réserve au parti. Là aussi, il oublie qu’il avait soutenu son tuteur lors de son procès en 2006 en promouvant la campagne « 100% Zulu Boy » et en proclamant que la victime de la figure paternelle, une « provocatrice », avait pris du « bon temps ». Il oblitère également sa déclaration à propos du mot « intersexué » : il n’existe pas dans sa langue et est donc non africain. Et il dérape encore, son paternalisme prenant le dessus. Au moment de la semaine contre les violences faites aux femmes en novembre dernier et devant un public en extase, il clamera : « Toutes les femmes doivent être protégées et aimées. Vous [en tant qu’homme] êtes le fournisseur, vous êtes le protecteur, c’est ainsi que votre femme et vos enfants doivent vous voir. Ils doivent se sentir en sécurité avec vous ». Les femmes sont donc des êtres à aider, à soutenir, en incapacité d’agir et de penser par elles-mêmes, des mineures civiques comme leurs enfants, et les hommes des êtres humains dont il faut absolument revaloriser le rôle, affaibli qu’il a été par le colonialisme et l’apartheid. Malema continue à renforcer le sentiment d’émasculation des hommes noirs de la « base », à leur donner des leçons de bien-vivre. Il n’a rien perdu des leçons du maître.

Malema, Zuma, même combat. Le pouvoir suprême avec la panoplie du Ken, ses appartements, et ses billets de banque. Pas d’illusion possible.

Joelle Palmieri, 6 mai 2016

https://joellepalmieri.wordpress.com/2016/05/06/populisme-militarisme-sexisme-recettes-pour-une-rivalite-de-pouvoir/

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