Ultima ratio regum

(Musée de l’Artillerie – Quartier Bonaparte – Avenue de la Grande Armée – Draguignan – Var, 14 Mai 2016)

Chers amis, nous sommes aujourd’hui à Draguignan, Quartier Bonaparte, avenue de la Grande Armée, en visite au Musée Militaire de l’Artillerie qui, à travers ses collections de canons, de munitions et d’uniformes, nous relate l’évolution technique et tactique de l’Artillerie française depuis le Moyen Âge.

Vous connaissez le rôle de l’artillerie dans toutes les armées du monde : envoyer à grande distance sur l’ennemi et ses positions divers projectiles de gros calibre : obus, boulets, roquettes… L’emploi de l’artillerie est très savant. Il nécessite recueil du renseignement, acquisition d’objectifs, réglage du tir, contrôle de la balistique des projectiles, enfin approvisionnement et entretien des différentes armes.

De ce fait, nous le découvrons aujourd’hui lors de notre visite avenue de la Grande Armée, l’Artillerie requiert une grande complexité d’organisation et est restée pour cela l’arme scientifique par excellence. En France, à partir de 1794, c’est l’Ecole Polytechnique  qui lui a fourni la majeure partie de ses cadres. Vous verrez plus loin que les choses ont changé et que la formation de l’excellence en la matière à émigré vers l’Ecole Nationale d’Administration.

Arme symbole de la puissance, elle reçut sous Louis XIV la devise « Ultima ratio regum », le dernier argument du roi. En cela, peu de choses ont changé.

Laissons là l’antique artillerie de l’Antiquité, ses trébuchets, balistes, onagres et mangonneaux ; celle médiévale des bombardes et couleuvrines. Arrivons-en à ces engins plus récents et éprouvés durant les deux derniers grands conflits mondiaux. Étrangement, nous allons vous en donner la raison, ils portent souvent une dénomination chiffrée, laquelle indique tout simplement le calibre du projectile : obusier de 37, canon de campagne de 75, canon antiaérien de 40, jusqu’aux énormes canons de marine de 100mm. Vous l’avez compris, la dénomination par le chiffre correspond au calibre des projectiles. Comme d’ailleurs pour les armes légères : le Browning 6,35, le Mauser 7,65, le Colt 11,43  jusqu’à la mitrailleuse 12,7.

Voilà pour l’artillerie légère et l’artillerie lourde, de siège, anti aérienne, de marine ou de campagne. 

 

Nous poursuivons notre visite et pénétrons maintenant dans la salle de l’Artillerie Constitutionnelle. Celle-ci, nous explique-t-on, a connu de considérables progrès depuis 1958 et les débuts de la Ve République. Notamment grâce à la mise au point d’un obusier de 49.3 spécialisé dans les opérations de pilonnage parlementaire. La dernière pièce exposée aujourd’hui sous nos yeux est un obusier lourd auto-tracté et à chenillettes, surnommé le Valls 49.3, du nom de son concepteur.

Lors des récentes campagnes législative des deux dernières années, il a fait la preuve de sa précision et de son efficacité dans le démantèlement de dangereuses redoutes parlementaires. 

Nous vous devinons perplexes et même un peu inquiets quant à la banalisation et à l’indulgence dont semble faire état notre exposé : le bombardement et le pilonnage de positions parlementaires, de plus dans un Palais, Bourbon en l’occurrence, seraient-elles des choses aussi peu graves pour que l’on puisse en parler si légèrement ?

Voyez-vous, bien des choses ont changé depuis 1748 et la publication de De l’esprit des Lois par Charles Louis de Secondat, baron de La Brede et de MontesquieuDe l’esprit des Lois, le célèbre traité fondateur de la pensée politique moderne, dénonciateur du despotisme de son époque, celui de la monarchie absolue. 

Montesquieu écrivait alors à son chapitre IV : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser… Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Evoquant ainsi la nécessité de la séparation des trois Pouvoirs : le Législatif, l’Exécutif, le Judiciaire.

Le premier, élaborant la Loi et désignant le second, l’Exécutif ou les personnes appelées à la faire appliquer et à veiller à son administration, le troisième chargé de rechercher et punir qui l’enfreignait. Et tous trois indépendants l’un de l’autre.

C’est à partir de ces grands principes que l’Etat fonctionne dans tous les régimes parlementaires du monde, depuis plus de 200 ans, qu’ils soient républicains ou de monarchie constitutionnelle.

Il y a une exception cependant : la France depuis 1958. Nous ne parlerons pas, bien sûr, de la Corée-du-Nord ; elle n’a pas de régime parlementaire. Dans notre beau pays, si l’Exécutif est bien séparé du Législatif, il n’en est non seulement pas issu, déjà grande entorse à l’idée de Montesquieu, mais, qui plus est, l’a totalement asservi.

La chose était inscrite dès l’origine dans les articles centraux de la Constitution de 1958, il est vrai taillée pour porter à la tête de l’Etat un homme d’exception, celui de l’Appel du 18 Juin1940. À l’usage et à travers les 60 années qui s’ensuivirent, les détestables présupposés du départ se voyaient confirmés et consacrés par l’instauration du Quinquennat et, en 2001, par ce qu’il est convenu d’appeler l’inversion du calendrier électoral, rien d’autre que la subordination définitive du Législatif à l’Exécutif.

Eh bien voyez-vous aujourd’hui, dans l’affaire de la Loi dite Travail, la chose, cette subordination, n’est pas encore suffisante. Alors que l’opinion publique interrogée par de multiples sondages, à 70 % en demande le retrait, que l’ensemble des organisations étudiantes et de jeunesse et tous les syndicats de salariés, hormis celui domestiqué et à la gamelle, la CFDT, défilent dans les rues deux fois par semaine pour son abrogation, qu’une partie de la majorité parlementaire, en principe inféodée, rétive, refuse de l’approuver, l’Exécutif, cet élégant qualificatif substantivé, se transforme en Exécuteur.

Et, à l’obusier, modèle 49.3, rectifié Valls, pulvérise la dernière redoute parlementaire ou s’étaient retranchés frondeurs et opposants.

L’affaire serait déjà suffisamment grave au regard d’un texte de loi rejeté par l’ensemble des forces sociales, disqualifié dans l’esprit de la jeunesse, sans adhésion majoritaire dans les Assemblées. Mais plus encore, ce qui est grave, c’est l’existence de cette arme de destruction massive de l’esprit démocratique et républicain, l’obusier de 49.3, l’Ultima ratio reguml’ultime argument du Roi.

C’est la Constitution de la V° et l’Institution présidentielle qui sont ici en cause, démasquées pour ce qu’elles sont : des instruments de despotisme. La chose est maintenant claire : pas d’avenir pour la Démocratie et la République, sans une nouvelle Constitution.

Jean Casanova

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