Dourone, muraliste, rue des Récollets, « Fleurs et papillons », Paris 2016

Dourone est célèbre dans le monde entier pour ses grands « murals ». Les Anglo-Saxons qualifient de cette manière des œuvres de street artists, œuvres qui sont le plus souvent appelées « fresques » en français. Si le mot anglais « mural » se distingue de « wall », ce n’est pas pour des raisons de surface. Nous dirons qu’un « mural » est un mur peint : simplement ! Dourone, jeune artiste prodige espagnol, parcourt le monde et laisse comme témoins de sa visite des murs peints de très grande surface. Ce caractère l’apparente aux « muralistes ». Par ailleurs, son style quoiqu’en constante évolution, est aisément identifiable. En guise d’introduction au travail de cet artiste, j’ai choisi de vous présenter deux œuvres. Deux œuvres très différentes ; différentes par la taille et le sujet mais fabriquées de la même manière et, à vrai dire, c’est cette façon de faire qui est mon principal intérêt.

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La première fresque que je souhaite vous présenter est située rue des Récollets dans le 10ème arrondissement de Paris, près de la gare de l’Est, entre une école élémentaire et le square Villemin. Elle est de grande taille, environ 12 mètres de long sur plus de 5 mètres de haut. Sur une photographie, Dourone, perché au centre de sa fresque donne l’échelle. Elle représente deux grands yeux symétriques par rapport à un axe médian entourés de fleurs et de feuilles. Elle est peinte en noir et blanc (non pas, comme une photographie qui est composée de noirs, de nuances de gris et de nuances de blancs). Des papillons de couleurs vives sont collés sur la fresque. La symétrie des yeux fait penser à une composition entièrement symétrique. Il n’en est rien. Les yeux semblent « émerger » d’un décor végétal. Les papillons disséminés sur toute la surface de la fresque apportent des touches de couleurs contrastant fortement avec l’œuvre peinte.

Entre le monde de l’enfance (l’école) et le monde végétal (le square), Dourone imagine un monde fantastique. Les yeux y sont noirs et blancs comme les fleurs et les feuilles. Seuls des papillons, uniques traces du monde des hommes,  se posent sur des fleurs de fantaisie. Leurs formes sont des formes idéalisées, bien éloignées de représentations réalistes. 

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Quelques clins d’œil échapperont certainement à l’attention des enfants. Cet oméga, symbole de la fin des temps (Je suis l’alpha et l’oméga) et par extension de l’infini mathématique. Le cœur d’une fleur en forme de symbole pacifiste. Une croix ou plutôt le signe plus. Simples clins d’œil destinés aux happy few, symboles ésotériques, fantaisie de l’artiste ? Bizarre, quand on sait, par ailleurs, que les fresques de Dourone reproduisent toujours la lettre oméga d’un côté et une croix de l’autre. L’œuvre est-elle une représentation entre deux infinis ? Laissons cette interrogation en suspens, pour l’instant. Elle ne gêne pas la compréhension d’une œuvre aisément « lisible » et qui n’a guère besoin d’être décodée comme une gravure franc-maçonne ou rosicrucienne.

Le caractère décoratif de la fresque n’aura échappé à personne. Par contre, les modalités de fabrication ne manquent pas d’intérêt. Dourone dessine directement sur l’écran d’une tablette graphique Wacom Cintiq. Dans un deuxième temps, avec Photoshop, il complète son esquisse. Grâce aux outils logiciels, il parachève son dessin et le colore (ou le colorie, c’est selon). La « mise en peinture » est plus traditionnelle : en fonction des nécessités, il emploie des pochoirs, des bombes aérosols ou des marqueurs.

Les arts, les beaux-arts, les arts appliqués,  utilisent l’ordinateur depuis plusieurs décennies. Des peintres de chevalet ont également recours aux logiciels de traitement d’images pour composer leurs esquisses. J’ai souvent rencontré des street artists qui d’une main tenait un croquis ou une photographie et peignait de l’autre. Dans le même temps, d’autres sont entrés dans l’ère du street art 2.0.

Richard Tassart

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