L’« assadisme » et le djihadisme sont les deux noms de l’actuel désastre, et nul espoir de se débarrasser de l’un sans avoir défait l’autre

9782330064037Des articles écrits « au cours des quatre dernières années dans quatre villes : Damas, Douma, Raqqa et Istambul »…

En introduction, Yassin Al-Haj Saleh revient sur son itinéraire, la révolution enclenchée en mars 2011, son entrée en clandestinité et présente les textes inclus dans ce livre.

Je n’aborde que certains points traités par l’auteur.

« Une révolution des gens ordinaires », l’engagement volontaire des participant-e-s, un soulèvement populaire, une « intifada », « En nommant et en ressuscitant les noms, l’intifada se fait créatrice de subjectivités, d’initiatives et d’actions libres »…

L’auteur analyse le régime, « le monopole du pouvoir et de la richesse nationale », l’approche « autoritaire » de la laïcité, la destruction des alternatives aux « divisions communautaires », les relations à l’« Occident », les « traditions »… « Résister à toute éventuelle islamisation de nos révolutions et à toute islamisation de nos sociétés post-révolutionnaires serait plus aisé si l’on dissociait cette contestation de toute hostilité vis-à-vis de l’islam en tant que tel ».

Un chapitre est consacré aux « chabbîha » et leur Etat, leur proximité avec les services secrets du régime, leurs exactions, leur majorité « alaouite », le clientélisme… L’auteur propose aussi des analyses de la langue, le « tachbîh idéologique ».

J’ai notamment été intéressé par l’analyse des « racines sociales et culturelles » du régime syrien, la construction de « l’arabité absolue », sans histoire et sans contradictions, l’invisibilité et l’inaudibilité construites des populations kurdes, la censure, la criminalisation de la dissidence politique ou intellectuelle, la négation de la complexité des sociétés, le nationalisme absolu et son fantasme d’homogénéisation nationale, la construction du confessionnalisme et de la haine, l’imaginaire du « meurtre selon l’identité », l’absence de « mécanismes de régulation sociaux, culturels et politiques », les modifications des structures sociales (« nouvelle bourgeoisie »), la gestion familiale des affaires…

Yassin Al-Haj Saleh aborde aussi le nihilisme guerrier, la violence inouïe du régime, les tendances radicales et négatrices qui « ont la particularité d’avoir adopté l’islam comme matrice », les dissensions dans l’opposition, le sentiment d’isolement et d’abandon, la « radicalisation religieuse », le terrorisme, la violence défensive… « Le nihilisme ne naît pas de la résistance violente et organisée contre le régime mais bien de son éventuel échec ».

L’auteur parle de l’idée républicaine, de décentralisation, de laïcité résolue (nullement hostile à la religion) rompant avec l’autoritarisme laïque, du corps des femmes et des corps des hommes « leur propriété exclusive. Il n’appartient ni à la nation, ni à l’Etat, ni à la religion », de l’absence de courant équivalent de la théologie de la libération en Amérique latine, de pluralité de « communautés » prises comme constructions sociales, de viol et de formation patriarcale, d’Etat privatisé, de « prééminence de l’Etat occulte sur l’Etat apparent », de fabrique de parentés, de néolibéralisme, de racisme différentialiste, des intellectuels néo-orientalistes…

« La liberté ne peut se construire à partir d’une représentation essentialiste de soi, fût-elle arabe ou islamique ou autre »

Reste l’usage de certaines notions, à commencer par « fascisme » ou « centre impérial iranien » très discutable. Des analyses, de l’intérieur, loin des médiocrités « campistes » des un-e-s et des autres…

En complément possible :

Qu’est-il arrivé au printemps arabe, cinq ans après ?,

Entretien avec Gilbert Achcar conduit par Nada Matta

Partie 1 : quest-il-arrive-au-printemps-arabe-cinq-ans-apres-partie-1-sur-2/

Partie 2 : quest-il-arrive-au-printemps-arabe-cinq-ans-apres-partie-2-sur-2/

Gilbert Achcar : Le peuple veut. Un exploration radicale du soulèvement arabe, Le soulèvement arabe n’en est encore qu’à ses débuts

Syrie. « Des voies alternatives vers la paix en Syrie », syrie-des-voies-alternatives-vers-la-paix-en-syrie/

La Syrie, ou la volonté des puissances impérialistes de mettre fin totalement au soulèvement populaire, la-syrie-ou-la-volonte-des-puissances-imperialistes-de-mettre-fin-totalement-au-soulevement-populaire/

Sauver Alep et la Syrie libre, sauver-alep-et-la-syrie-libre/

Bulletin : Avec la Revolution Syrienne – janvier 2016, bulletin-avec-la-revolution-syrienne-janvier-2016/

L’Etat Islamique, ou la source principale des millions de réfugiés en provenance de Syrie ?, letat-islamique-ou-la-source-principale-des-millions-de-refugies-en-provenance-de-syrie/

Communiqué du Collectif Urgence Solidarité Syrie, communique-du-collectif-urgence-solidarite-syrie/

Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme : Action urgente pour les femmes syriennes, reseau-euro-mediterraneen-des-droits-de-lhomme-action-urgente-pour-les-femmes-syriennes/

Pour la constitution d’un comité de secours à la population syrienne, pour-la-constitution-dun-comite-de-secours-a-la-population-syrienne/

Yassin Al-Haj Saleh : La question syrienne

Articles traduits de l’arabe (Syrie) par Nadia Leila Aïssaoui, Ziad Majed et Farouk Mardam-Bey

Sindbad – Actes Sud, Arles 2016, 236 pages, 22 euros

Didier Epsztajn

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