Iran : de la prison d’Evin, Téhéran

Esmaïl Abdi, secrétaire de l’Association Syndicale des Enseignants Iraniens, a été arrêté le 27 juin. Il purge actuellement une peine de dix ans pour « organisation et participation à des rassemblements illégaux », découlant de ses activités syndicales. Djafar Azimzadeh, président de l’Union Libre des Travailleurs Iraniens, est un des organisateurs d’une pétition signée par plus de 4 000 travailleurs demandant des améliorations des conditions de travail et des hausses de salaire ; il a été condamné en mars 2015 à cinq ans de prison pour activités syndicales. Les juges lui ont également interdit de parler de son affaire aux médias, étrangers comme nationaux, et de participer à des groupes politiques ou syndicaux pendant deux ans à compter du premier jour de la fin de cette peine. De leur prison, ils adressent cette déclaration :

Pourquoi nous entamons une grève de la faim à partir du 30 avril 2016 ?

Aujourd’hui, personne n’ignore que des millions d’ouvriers, d’enseignants et d’autres travailleurs d’Iran subissent des conditions de vie pénibles et insupportables. Depuis des années, leurs droits les plus élémentaires et basiques sont bafoués. Ils subissent des salaires largement en dessous le seuil de pauvreté, souvent même non payés, la destruction complète de la sécurité d’emploi, des contrats précaires pour la majorité des travailleurs, la multiplication des sortes du contrat pour les enseignants (contractuels de courte durée, mi-temps et même payés à l’heure, CDD, salaire de 75 euros pour les professeurs diplômés – licence ou plus). Ils contestent les contrats sans couverture sociale, la mise en œuvre de la sous-traitance dans les grandes industries, l’augmentation du travail des enfants, la non-application des lois concernant les salaires des enseignants et retraités. Les enseignants agissent aussi contre l’augmentation du nombre d’écoles privées et l’anéantissement progressif de l’enseignement public et gratuit, le pillage systématique du fond de la sécurité sociale et des caisses de retraite. Ils contestent aussi l’interdiction du syndicalisme et de toute organisation de travailleur indépendante, ils dénoncent le fait que toute contestation d’ordre professionnel soit considéré comme une atteinte à la sécurité de l’Etat, la suppression des subventions sur des produits de premier nécessité comme le pain, l’eau, l’électricité, gaz, les produits laitiers, etc. Les exemples d’injustice vis-à-vis des travailleurs ne se limitent pas à ça !

Leurs conditions de vie sont tellement insupportables que la plupart entre eux, sont obligés de travailler 12 voire même 18 heures par jour. Les enseignants sont contraints de trouver un deuxième ou troisième emploi au-delà des heures du travail journalier pour subvenir aux besoins minimums de leur famille. Une grande majorité de ces salariés vit non seulement sous le seuil de pauvreté, mais sous le seuil de subsistance. A ces justes revendications, le gouvernement n’a d’autre réponse que la répression et l’accentuation de la précarité. A la suite de la mise en place de ces politiques par le gouvernement Rohani, le pouvoir judiciaire a interdit officiellement toute grève et contestation ouvrière et a aggravé la répression des unions professionnelle d’enseignants : ils ne sont même pas autoriser à défendre leurs intérêts sur le lieu de travail. Depuis, des centaines de travailleurs ont été arrêtés et condamnés à de lourdes peines de prison dont nous deux qui sommes emprisonnés pour une longue durée.

Nous avons été accusés d’atteinte « à la sécurité nationale », et condamnés à de longues années de prison. Comme des milliers de travailleurs et enseignants contestataires, nous n’avons fait que défendre la dignité humaine. Nos activités, au sein du « centre professionnel des enseignants » et de « l’union libre des travailleurs d’Iran » et d’autres organismes indépendants de travailleurs sont publiques et transparentes. Les accusations reprises dans nos dossiers judiciaires, se limitaient uniquement à la participation aux rassemblements professionnels devant le parlement ou le ministère du travail, à des pétitions pour contester les salaires de misère, à la création d’organisations professionnelles d’ouvriers et d’enseignants, à l’envoi de lettres de protestation aux responsables…

Donc, selon les arguments utilisés pour nos condamnations, on peut conclure que tout effort pour faire respecter les lois minimales existantes et tout démarche pour l’amélioration du niveau de vie des travailleurs et des enseignants, sont considérés comme « atteinte contre la sécurité nationale du pays ». Nos activités mettent en péril les intérêts et la sécurité de ceux qui ont pillé depuis des années, au prix de la pauvreté et précarité des travailleurs et des enseignants, et nos démarches défient la continuité de leurs actions illégales. Ils substituent leurs propres intérêts à « la sécurité nationale » ; pour garantir cela, ils arrêtent et emprisonnent des activistes ouvriers ou enseignants, pour nous soumettre et nous imposer le silence devant les injustices. Nous, en célébrant le 1er mai et en solidarité avec les travailleurs du monde, à cette grande occasion, entamons une grève de la faim à parti du 30 avril, pour protester contre la criminalisation des activités revendicatives professionnelles, l’interdiction des rassemblements et des grèves. Nous contestons la mise en place des salaires en dessous du seuil de pauvreté et l’interdiction de la libre célébration de la journée mondiale des travailleurs. Nous demandons que l’Organisation Internationale du Travail condamne ces pratiques et réclamons la suppression de toutes accusations infondées figurant dans nos dossiers, ainsi que la libération des ouvriers et enseignants emprisonnés. Notre grève de la faim est sans limitation de durée.

Djafar Azimzadeh, prison d’Evin, section 8 – Esmaïl Abdi, prison d’Evin, « andeeshgah »

www.iran-echo.com

www.soliranparis.wordpress.com

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Au moins 6268 pendaisons ces dix dernières années !

Depuis le début de l’année 2016, au moins 86 personnes ont été pendues en Iran. Selon le régime iranien, la plupart a été condamnée pour des trafics de drogues. Mais des organisations soulignent que plusieurs exécutions concernent des militants des droits de l’Homme. L’Iran se classe deuxième derrière la Chine pour le nombre d’exécutions chaque année. Les autorités iraniennes ne fournissent aucune statistique concernant le nombre d’exécutions annuelles, ni aucune information sur les personnes condamnées à mort. Elles dissimulent délibérément les informations sur l’ampleur des exécutions.

Selon les informations recueillies par l’association Solidarité Socialiste avec les Travailleurs en Iran, le nombre de pendaisons s’élève à 468 en 2007, 406 en 2008, 440 en 2009, 818 en 2010, 684 en 2011, 574 en 2012, 891 en 2013, 849 en 2014, 1042 en 2015. Ces chiffres sont en dessous de la réalité ; certaines exécutions ne font l’objet d’aucune mention décelable par les associations et il faut y ajouter les personnes mortes durant leur détention et celles tuées par les « forces de sécurité ».

Publié dans le numéro 93/94 du bulletin Solidaires international

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