Dourone, rue Sainte-Marthe, Paris, « Portrait de femme », mai 2016

La fresque de la rue des Récollets, en noir, blanc et papillons de toutes les couleurs, était un portrait de femme « cachée ». Rue Sainte-Marthe, Dourone a peint un autre portrait de femme différent par bien des aspects de ce premier portrait. Le commentaire de ce second portrait permet de pénétrer plus avant dans l’univers de l’artiste.

La fresque de la rue Sainte-Marthe est de grandes dimensions. De forme rectangulaire, elle couvre tout le bas d’un mur ; elle mesure environ 20 mètres sur 6. Plus grande que celle de la rue des Récollets, elle n’a pas l’ampleur des deux fresques réalisées par Dourone à la gare du Nord, véritables « murs » que nous commenterons dans un prochain billet.

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La fresque est un portrait de femme mais un portrait particulier et une femme bien particulière. La fresque est centrée sur un visage et est quasiment symétrique par rapport au visage. C’est l’impression qu’elle donne du moins au chaland qui la découvre. En fait, les deux parties sont différentes. Le visage de la jeune femme semble « coiffé » de part et d’autre par des formes qu’il est difficile d’identifier. Elles évoquent des voiles tombant sur les épaules, dont celui qui recouvre la partie gauche du visage serait en partie transparent. Ces formes composées de longues courbes délimitent des espaces qui sont cernés de couleurs vives et décorés de rayures et de « taches » jaunes sur un fond marron. Les rayures sont de couleurs différentes (noir et blanc pour certaines, rouge et marron pour d’autres). Les traits sont de différentes largeurs. Ramener les deux ensembles décoratifs qui entourent le visage à des voiles serait réducteur ; en observant mieux la fresque, nous voyons que l’artiste a peint un fond. Il est noir et parsemé de ronds et de points plus ou moins gros : il s’agit d’une représentation de l’espace. L’image que nous voyons, la fresque, se détache sur un espace intersidéral noir. De plus, la représentation du visage lui-même laisse voir, comme en transparence, le noir des « espaces infinis ».

Dourone nous donne à voir une image étrange. Entre l’espace et nous, s’interpose un visage de femme et des éléments impossibles à dénommer,  « glissant » de haut en bas, et de part et d’autre d’un superbe visage. Le mystère est renforcé de deux manières : la première est non un point central sur le front comme le portent certaines femmes hindoues mais un oméga, symbole de l’infini. Ainsi est complété le champ sémantique de l’étrange : l’infini de l’espace est renforcé par le symbole de l’infini. Autre élément destiné à renforcer le sentiment d’étrangeté, les deux traits « horizontaux » tracés sur les joues. On remarquera que les couleurs en sont inversées : à droite, elles sont rouges sur un fond blanc et à gauche blanche sur un fond rouge.

Nous avions remarqué des signes « cabalistiques » dans la fresque de la rue des Récollets. Nous retrouvons ici le même oméga et des signes d’une appartenance mystérieuse. La comparaison est éclairante : Dourone construit des images étranges. Nous savons que nous ne pouvons pas voir sans donner un sens à ce que nous voyons. Dans les deux exemples analysés, nous essayons de donner un sens aux fresques, mais des « signes », des « détails », font déraper tout essai de construction  d’un  sens explicite aux illustrations que nous observons. A chaque fois, notre « raison raisonnante » échoue à dénommer ce que nos yeux voient. Il est bien clair que cet achoppement de la raison qui crée l’étrange est une volonté délibérée de Dourone. Les signes, en fait, de veulent rien « dire » ; ils sont là pour nous perdre.

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Fabriquer l’étrange avec une réutilisation de matériaux déjà utilisés peut paraître vain. C’est selon. Certains verront dans cette étrangeté une dimension poétique, d’autres la gratuité d’un art sans message. Il n’en demeure pas moins que la recherche graphique, la précision de l’exécution, l’imaginaire qui s’exprime par de puissantes images font de Dourone une figure remarquable du muralisme contemporain.

Richard Tassart

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Une réponse à “Dourone, rue Sainte-Marthe, Paris, « Portrait de femme », mai 2016

  1. Guechuba Guechachi

    Après le + sur la fresque des Récollets, le signe = sur celle-ci, à quand les signes -, *, / et autres signes mathématiques? Dorone va vers l’infini comme il le suggère sur le fond noir peuplé d’étoiles et de planètes…..

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