CONGES PAYES

« Le début d’une catastrophe économique ( … ) dans

trois ans, la France sera ruinée »

La Fédération des Industries

« Notre pays, il faut l’avouer, a connu peu d’heures

aussi graves »

Les cardinaux français (31 octobre 36)

Ce fut l’effarement, le dégoût, puis la rage

D’avoir à tolérer que l’on souille leur plage

Avec l’odeur du peuple, en un déferlement

Trivial de vacanciers dont l’ébahissement

Face à la mer offrant du grand large l’immense

Ose saucissonner sur le sable ; insolence

Outrant la crinoline et le cigare hautain

Dépossédés de leur privilège soudain

Par la faute d’un Juif1 et d’une horde rouge

Donnant les pleins pouvoirs à la rue et au bouge,

Au grouillement de la casquette, au poing levé,

Comme si la Commune avait ressuscité !

*

Ce fut, billets Lagrange2 en poche et, à tue-tête,

« A nous la Vie » chanté dans des wagons en fête

Roulant sur l’inouï d’un rail vers un été

Qui serait désormais à tout jamais daté.

*

Ce fut la joie encore incrédule, en famille,

De voir qu’en fin pour eux aussi le soleil brille,

Loin du noir de l’usine où, hier encor, forçat,

On trimait sous le joug cruel d’un patronat

Certain d’avoir reçu des mains de Dieu lui-même,

Le Haut clergé l’ayant validé d’un baptême,

Le droit d’assujettir l’ouvrier sans loisir,

A merci corvéable, à son seul bon plaisir,

Dont ses semblables de nos jours rêvent encore.

*

Ce fut un jour pareil à un lever d’aurore.

*

Ce fut l’hôtel, ce fut pour la première fois

La table où l’on vous sert, à se sentir un roi ;

Et des maillots de bain longs à sécher, en laine ;

Et plein de cris d’enfants courant à perdre haleine

S’enivrant d’un azur qu’on leur avait volé ,

D’un azur si profond qu’ il semblait étoilé

Des mille éclats d’une fraternité solaire.

*

Mais d’un Plutôt Hitler que le Front populaire3

Cependant qu’à Madrid Franco armait leur bras,

La classe des Nantis sonnait le branle-bas

Menaçant d’éclipser ce Soleil prolétaire.

*

Repensez à ce jour, vacanciers d’aujourd’hui,

A ce jour fondateur où l’Histoire a souri.

*

Yves Letourneur, 27 mai 2016

1 « Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par… un juif » Xavier Vallat (L’Action française)

« Je préfèrerais douze Hitler plutôt qu’un Blum omnipotent » Céline ( Bagatelles pour un massacre – Denoël 1937 )

2 A la demande de Léo Lagrange, sous-secrétaire aux loisirs et aux sports, les sept compagnies de chemins de fer acceptent, non sans rechigner, la création d’un billet à tarif réduit (cf Le Monde hors série 06953)

3 « Nous devons nous tourner vers l’Allemagne de Monsieur Hitler, vers l’Italie De Mussolini pour voir comment il faut traiter la question sociale » Le Comité des Forges (Le Figaro)

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