Le capital féministe au XXIe siècle : primauté de l’égalité des sexes

Avec l’aimable autorisation de l’auteur et
de la revue
L’homme et la société

9782343092935rAu cœur du xxe siècle ont coïncidé, en France et dans de nombreux pays qui lui sont comparables, deux phénomènes spectaculaires : la chute progressive et inédite de toutes les discriminations juridiques faites aux femmes, et l’affaiblissement incomparable du poids de l’héritage dans notre économie et dans nos mœurs. Il s’est agi de plus d’égalité entre les sexes et de plus d’égalité entre les classes sociales. Époque d’exception ! Mais ces deux séquences historiques concomitantes et en rupture avec le passé avaient-elles en commun autre chose que cette marche vers l’égalité ? Étaient-elles liées ? La disparition relative de l’héritage a-t-elle favorisé l’égalité des sexes ? L’égalité des sexes a-t-elle influé sur le recul de l’héritage ? Maintenant que ce dernier — notamment par l’effet du néo-libéralisme — revient en force, réduisant continûment la part du travail dans la constitution des patrimoines et dans les revenus individuels, il est urgent de s’interroger sur les liens entre ces deux grands bouleversements qu’ont été l’émancipation juridique des femmes et la fin de l’héritage, cela afin d’évaluer si le retour de l’héritage au xxie siècle, qui aggrave les inégalités sociales, menace aussi l’égalité des sexes, et même la liberté des femmes. Or, le simple fait de poser cette question laisse ouverte une possibilité : celle que l’égalité entre les femmes et les hommes ne soit pas subordonnée à la réalisation de l’égalité sociale ; c’est même pouvoir imaginer une primauté de l’égalité des sexes, fondée sur un héritage féministe victorieux, qui influerait sur la répartition des richesses.

On sait désormais que la consécration de l’égalité des droits entre les femmes et les hommes n’aura pas été suffisante : l’inégalité survit dans les rapports économiques de sexe. C’est le cas assurément dans le monde du travail : inégalité des salaires entre femmes et hommes, positions professionnelles hiérarchisées selon le sexe, dévalorisation des métiers exercés par les femmes, etc. Mais qu’en est-il aujourd’hui du rapport de sexe en matière de capital ? Le droit de propriété qui s’exerce sur ce dernier étant un droit exclusif, c’est-à-dire un droit qui permet à son titulaire d’écarter toute autre personne de l’usage et des fruits de tel bien, on comprend que le rapport de force quasi-hiérarchique entre le propriétaire et l’exclu que ce droit organise peut faire de la propriété privée un terrain d’expression de la tension des sexes — quasi-hiérarchique elle aussi — et ce même lorsque l’égalité juridique est reconnue entre les femmes et les hommes. Cette tension se révèle traditionnellement dans la transmission du droit de propriété par l’héritage. En insistant sur ce dernier, Engels montre combien la dévolution des biens d’une génération à l’autre a une importance telle qu’elle pèse sur l’organisation de la société tout entière. Peu importe que l’on remette en question depuis longtemps la vision de la préhistoire sur laquelle se fonde L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, peu importe que l’on ne partage plus aujourd’hui toutes les conclusions de son auteur sur l’évolution de la famille vers le patriarcat : laissons-nous guider par une formule qui éclaire toute la question du poids de l’héritage sur les rapports de sexe, même si Engels limite sa formule à la famille monogamique : cette dernière, selon lui, « est fondée sur la domination de l’homme, avec le but exprès de procréer des enfants d’une paternité incontestée, et cette paternité est exigée parce que ces enfants entreront un jour en possession de la fortune paternelle ». La question de l’héritage n’est donc pas une question limitée à une sphère de privilégiés : elle irrigue l’ensemble de la société, notamment par les lois et les pratiques qu’elle entraîne et qui concernent aussi la famille et la procréation, c’est-à-dire la contraception, l’avortement — ainsi que l’adultère, dont la sanction, souvent plus lourde pour les femmes que pour les hommes, affecte jusqu’à la liberté d’aller et de venir de millions d’épouses.

Loin de la préhistoire invérifiable d’Engels, c’est un travail d’historien de l’économie que revendique Thomas Piketty dans Le Capital au XXIe siècle. On y cherchera avec grand profit de quoi poser des questions sur les rapports patrimoniaux de sexe aujourd’hui et imaginer des réponses. Pourtant, il faut s’étonner : contrairement à son illustre prédécesseur, notre contemporain oublie la différence des sexes. Plus précisément, il ne l’évoque que de façon incidente, la rejetant en notes de bas de page et autres parenthèses : une façon de souligner un problème tout en l’évacuant. Ainsi, à propos du début du XIXe siècle, Piketty écrit : « Le Code civil garantit l’égalité absolue face au droit de propriété et à celui de contracter librement (tout du moins pour les hommes)1 ». Bien plus loin, Piketty revient sur les législations égalitaires issues de la Révolution, qui prévoient un partage égal des successions entre aînés et cadets, filles et garçons ; il relève alors qu’en contestant l’autorité des parents (qui ne peuvent plus élire un héritier exclusif parmi leurs enfants), le nouveau dispositif juridique affirme l’autorité du chef de famille au détriment de l’épouse (qui perd la maîtrise de ses biens en se mariant) : ces lois « suscitent un optimisme considérable, tout du moins parmi les hommes2 », écrit-il. Restriction de taille qui montre, malgré son traitement sur le mode de l’accessoire, que Piketty a plus que l’intuition des inégalités entre les sexes en matière de propriété : il en a la connaissance, mais cette connaissance n’entre pas dans son projet d’historien puisqu’il renvoie dans une note de bas de page un embryon de développement sur le fait que l’épouse ne peut pas disposer librement de ce qui lui appartient. Les inégalités entre les sexes face au capital n’ont droit qu’à ces rares occurrences3 dans un si gros livre : elles n’intéressent pas l’auteur. C’est comme si pour certains penseurs les sexes ne faisaient pas l’histoire, peut-on remarquer en important dans l’histoire de l’héritage une des observations fondamentales et récurrentes de Geneviève Fraisse. À l’opposé de ces pratiques d’effacement, cette dernière montre dans Muse de la Raison que c’est en entrant « régulièrement, si ce n’est toujours, en conflit » que les deux sexes « fabriquent […] de l’histoire4 ». Or, justement, les inégalités entre les sexes en matière de capital sont bien la marque d’un conflit, conflit qui a évolué depuis la Révolution française pour arriver à une égalité juridique dans la deuxième partie du XXe siècle. Cette histoire de la propriété privée n’est pas détachable de l’histoire de ce que Fraisse appelle la « démocratie exclusive » : la Révolution proclame un Universel, qui n’est en fait qu’un universel masculin ; et le Code civil — qui a entravé jusqu’à récemment les femmes dans l’exercice de leur droit de propriété — « réalise dans l’espace de la société civile ce qu’exige la société politique, à savoir empêcher les femmes d’accéder à certains pouvoirs domestiques et publics ; ces pouvoirs qui fabriquent le citoyen et rendent réel le sujet démocratique5 ».

Piketty n’introduit donc pas dans l’analyse du capital la différence des sexes, différence qui se concrétise le plus souvent par des inégalités entre femmes et hommes. Cette mise de côté des inégalités entre les sexes pourrait ne pas poser problème dans un livre d’économie se concentrant sur l’évolution du rapport entre capital et travail, mais il en va autrement dans un texte plus ambitieux dont l’auteur se revendique historien. Et l’escamotage des inégalités entre les sexes est d’autant plus notable que Thomas Piketty juge « plus que temps de remettre la question des inégalités au cœur de l’analyse économique » comme on le faisait au XIXe siècle. Piketty ajoute : « Pendant trop longtemps la question de la répartition des richesses a été négligée par les économistes6 ». Il s’interroge sur le devenir au XXIe siècle de cette répartition entre pays et à l’intérieur des pays, posant même le problème des inégalités entre générations, problème qu’il écarte en montrant qu’il s’agit principalement d’inégalités de classe « à l’intérieur de chaque groupe d’âge7 ». Est-ce pour une raison analogue que les inégalités entre femmes et hommes en matière de capital et d’héritage ne sont pas traitées dans Le Capital au XXIe siècle ? Sont-elles, comme les inégalités patrimoniales entre les âges, fongibles dans le rapport de classe ? Ce serait raviver une classique et absurde hiérarchie entre les urgences : la recherche de l’égalité sociale devant prendre le pas sur celle de l’égalité des sexes, l’égalité des sexes découlant — mécaniquement ? — de l’égalité sociale. Certes, il existe des différences de fortune à l’intérieur de chacun des deux sexes (des femmes riches et des femmes pauvres ; des hommes riches et des hommes pauvres), mais dans chaque classe sociale femmes et hommes sont-ils logés à la même enseigne face à l’accumulation et à la répartition du capital ? Le poids du capital et la convoitise dont ce dernier fait l’objet n’ont-ils pas un impact spécifique sur le sort des femmes ?

Cette question, Simone de Beauvoir se l’est posée, opérant par là même l’intégration des deux histoires, celle des sexes et celle de l’économie : l’histoire de la femme « m’apparut comme un contrecoup de l’évolution économique du monde masculin8 », dit-elle dans La Force des choses lorsqu’elle commente rétrospectivement la genèse du Deuxième Sexe. Beauvoir désigne la place prééminente que tient l’héritage dans les rapports économiques de sexe : « c’est à la propriété privée que le sort de la femme est lié à travers les siècles : pour une grande partie, son histoire se confond avec celle de l’héritage », lit-on dans l’essai de 19499. Beauvoir montre en parcourant le temps et les territoires que le droit de propriété, sous ses formes variées, entraîne la subordination des femmes puisqu’il est traditionnellement agencé de façon à faciliter la mainmise des hommes sur les biens et ce même lorsque la loi prévoit que les femmes peuvent être propriétaires. Pour rendre cet accaparement possible, il est nécessaire de limiter et contrôler les droits dont les femmes pourraient être titulaires ; suivant les lieux et les époques, on a donc créé diverses techniques, telles que : règles successorales défavorables aux filles, régime dotal, diverses interdictions faites aux femmes — mariées, le plus souvent — d’administrer leurs biens, etc. On sait par ailleurs, ajouterai-je, que, même lorsque le droit se veut égalitaire entre les sexes — comme c’est le cas en France en matière de succession depuis la Révolution —, se développent dans la pratique des stratégies ingénieuses pour amener les filles à renoncer à la pleine étendue de leur droit en acceptant de recevoir les biens les moins intéressants, laissant à leurs frères ce qui a de la valeur ou du prestige : pour s’en convaincre, il suffit de se plonger dans n’importe quel minutier actuel, ou de relire la loi du 6 janvier 1794 prohibant les arrangements de famille qui contreviennent à l’égalité successorale. Le lecteur du Deuxième Sexe, averti par Beauvoir elle-même que l’analyse de la question des femmes est faite dans ce livre à travers la grille de la morale existentialiste, comprend alors que l’institution de l’héritage, par l’outil du droit et par la pratique, peut priver les femmes de prise sur le monde : pour le profit économique des seuls hommes, droit et pratique de l’héritage permettent — à travers la plupart des époques et des lieux — de maintenir les femmes dans l’immanence et interdisent ainsi à ces dernières l’accès à leur transcendance, cette possibilité de dépassement qui nous caractérise tous et qui s’impose à « tout individu qui a le souci de justifier son existence10 ». Répétons-le : cette entrave à la liberté, lorsqu’elle s’exerce, s’exerce jusque sur le corps des femmes, instrument de procréation dont elles ne sont pas les souveraines.

L’histoire de l’héritage, objet de l’attention de la Simone de Beauvoir de 1949, nous est restituée avec une précision et une ampleur inédites dans Le Capital au XXIe siècle ; s’y ajoute un travail de projection sur le possible ou probable avenir du capital et de l’héritage au cours du siècle qui vient. Le lecteur, s’il le veut, trouve ainsi dans le livre de quoi penser lui-même le rapport patrimonial entre femmes et hommes à travers le temps.

Piketty montre que dans les nombreux pays au développement économique comparable à celui de la France, la valeur du capital, après s’être effondrée au cours du XXe siècle, a retrouvé des niveaux équivalents à ceux qu’elle avait traditionnellement durant une très longue période précédant 1914. La chute résultait des bouleversements et cataclysmes du premier XXe siècle, à savoir les deux guerres mondiales, la Révolution russe et la crise de 1929, événements auxquels s’ajoutera plus tard la décolonisation. Les destructions matérielles et l’effondrement des portefeuilles de valeurs étrangères11 ne furent pas les seules causes du déclin du capital : les politiques publiques, répondant par des « chocs budgétaires » — c’est-à-dire par de lourds impôts — à l’endettement dû notamment aux guerres, furent encore plus fatales au « capital que les combats eux-mêmes », révèle Piketty. L’époque fut marquée par une baisse notable des revenus du capital par comparaison à ceux du travail. Le monde des rentiers s’effondra. Depuis les années 1970, note Piketty, on constate un retour du capital et de l’héritage sous l’effet conjugué du ralentissement de la croissance (ce qui favorise les patrimoines issus du passé), du rattrapage des prix des actifs immobiliers et boursiers, ainsi que du mouvement de privatisation des années 1970 et 1980. L’héritage a suivi le même mouvement de chute et de résurrection que le capital. Thomas Piketty se penche sur toutes les générations qui se sont succédé en France depuis 1790 et compare « les types de ressources auxquelles elles ont eu accès au cours de leur vie12 » (héritage et travail). Pour toutes les générations qui héritent avant 1914, l’héritage représente environ 25 % « des ressources totales reçues au cours de leur vie13 », les 75 % restant étant les revenus du travail. Les générations suivantes, qui héritent après la guerre de 1914, perçoivent moins que prévu, en raison des chocs subis par le patrimoine de leurs parents. Les générations nées dans les années 1910-1920 auraient dû hériter dans les années d’après-guerre et les années 1960, « c’est-à-dire au moment où le flux successoral est le plus bas, si bien que l’héritage représente à peine 8 %-10 % de leurs ressources totales14 ». Mais les choses changent ensuite : « pour les générations nées à partir des années 1970-1980, qui commencent à recevoir des donations et successions dans les années 2000-2010, […] l’héritage reprend une importance inconnue depuis le XIXe siècle : autour de 22 %-24 % des ressources totales15 », estime Piketty. Ce dernier ajoute : « On voit à quel point nous sortons tout juste de cette expérience historique spectaculaire de la “ fin de l’héritage ”, et à quel point les différentes générations du XXe siècle auront connu des expériences dissemblables vis-à-vis de l’épargne et du capital : les cohortes du baby-boom ont dû se construire par elles-mêmes, presque autant que celles de l’entre-deux-guerres et du début du siècle, dévastées par les guerres ; les cohortes nées dans le dernier tiers du siècle sont au contraire soumises au poids de l’héritage, presque autant que celles du XIXe siècle16 ».

Je remarque alors que si le XXe siècle a connu les générations les plus égalitaires en matière d’héritage17, ce sont précisément les femmes de ces générations qui ont acquis pour la première fois les mêmes droits que les hommes (passer le bac, voter, administrer librement ses biens, être titulaire de l’autorité parentale, etc.), et même plus : qui ont obtenu la légalisation de la contraception et de l’avortement. Si Engels avait cru que la fin des inégalités entre les sexes surviendrait quand les femmes seraient très présentes dans la production et beaucoup moins dans le travail domestique — ce qui serait devenu possible grâce à la grande industrie moderne —, si d’autres avaient pu imaginer que l’égalité naîtrait d’un régime communautaire à la spartiate, dont sont exclues propriété et famille, en fait, la résorption des inégalités juridiques entre les sexes est peut-être venue de là où on ne l’attendait pas : de la chute de la valeur du capital, du déclin de l’héritage. Mais quel est le rapport entre la fin de l’héritage et l’émancipation des femmes ? Quels liens peut-on imaginer entre ces deux phénomènes concomitants ? Avec l’affaiblissement de la rentabilité du capital, la part du travail dans les revenus des ménages augmente ; en conséquence, le besoin d’héritage se fait moins prégnant. Ainsi, et aussi parce que la valeur de la plupart des biens s’est effondrée — songeons par exemple à la chute importante du prix des terres agricoles —, la compétition pour la mainmise sur l’héritage fléchit : tout se passe comme si les biens tant recherchés jadis étaient devenus moins rares. En matière d’héritage, on ressent alors moins que par le passé le besoin d’écraser les autres, c’est-à-dire les femmes : les incapacités juridiques qui frappaient ces dernières dans le domaine de la propriété perdent leur raison d’être et peuvent tomber. Dans le même mouvement, les femmes voient décliner leur rôle de mère d’héritiers destinés à recevoir le patrimoine du clan, rôle mis en lumière par Engels, on l’a vu. Ainsi, dans de nombreux pays comparables à la France, les femmes peuvent exercer leur souveraineté sur leur propre corps grâce à la contraception et à l’avortement enfin légalisés : ce ne sont pas les techniques contraceptives – même celles qui étaient des innovations à l’époque – qui ont été libératrices, mais le droit de les utiliser, et ce droit est indissociablement lié aux lois qui assurent aux femmes droits civils et politiques.

Ce schéma qui fait de l’émancipation des femmes une conséquence de la perte d’intérêt pour l’héritage rejoint la « position plus matérialiste18 » que Simone de Beauvoir regrette de ne pas avoir adoptée dans Le Deuxième Sexe : « Je fonderais la notion d’autre et le manichéisme qu’elle entraîne non sur une lutte à priori et idéaliste des consciences, mais sur la rareté et le besoin19 », dit-elle dans La Force des choses, renforçant indirectement son idée de 1949 d’un lien entre le sort de la femme et l’histoire de l’héritage.

Mais ce schéma par lequel je prête un caractère si décisif à la fin de l’héritage invite aussi à réévaluer l’impact de la lutte féministe sur l’égalité des droits. Il faut en effet envisager un instant l’idée que les droits des femmes auraient été acquis parce que les hommes ne s’intéressaient plus à l’héritage et avaient moins besoin de contrôler le patrimoine des femmes, donc leur corps reproducteur. Les droits obtenus par les femmes portaient sur des objets dépréciés aux yeux des hommes du XXe siècle, ce qui conduirait à dire que ce sont les hommes qui les auraient octroyés. Il n’y avait plus d’enjeu : on pouvait laisser les femmes jouir de leur patrimoine, ce dernier étant vidé de sa valeur. Pire ! On serait conduit à penser que les hommes ont accordé certains droits uniquement parce que c’était dans leur intérêt. Tout d’abord, renoncer à la mainmise sur les propriétés de leur femme leur permettait de ne plus assumer l’entretien et les risques liés à des biens qui ne rapportaient plus grand-chose. Surtout, ensuite, un nouveau besoin avait émergé : il fallait compenser l’effondrement de la rentabilité du capital, et cette opération pouvait se faire par une extension du travail des femmes. Certes, les femmes des milieux populaires n’ont pas attendu cette nouvelle ère pour travailler, mais désormais, ce sont aussi celles de la bourgeoisie qui sont appelées à exercer une profession : elles n’ont plus de dot, leur contribution aux charges du ménage doit provenir d’une autre source. En même temps, elles contribuent à la restauration du capital national. En somme, si la libération des femmes s’est faite par le salariat au cours du XXe siècle, c’est aussi parce qu’on avait besoin que les femmes travaillent. D’ailleurs, c’est à la longue seulement que l’accès au travail rendra les femmes autonomes : lorsqu’elles auront fini par arracher le droit d’accepter un emploi sans demander l’autorisation de leur mari, ainsi que le droit d’utiliser librement le fruit de leur activité. On peut ajouter, ensuite, que c’est peut-être la participation des femmes de la bourgeoisie au travail qui a rendu possible une libéralisation de la maîtrise de la procréation ; on pourrait en effet soulever l’hypothèse que la légalisation de la contraception a été acceptée par les hommes parce qu’elle permettait aux femmes de plier le calendrier de la reproduction à celui de la production. Peut-être. Je remarque en tout cas que les employeurs d’aujourd’hui ont parfaitement intégré la donnée du contrôle des naissances, qu’ils suscitent implicitement, n’appréciant guère que leurs entreprises soient désorganisées par des accouchements impromptus. Ajoutons encore un autre facteur qui facilite la participation des femmes au travail et les libère en même temps : l’intégration des femmes de catégories sociales supérieures dans le monde du travail se nourrit du fait que les femmes ont plus largement accès aux études, ce qui améliore leur qualification — à moins que ce ne soit parce qu’on avait besoin d’elles dans le monde du travail qu’on s’est trouvé face à la nécessité, jamais ressentie auparavant, de leur ouvrir l’accès aux études ? Il n’en reste pas moins que les femmes diplômées participent alors à un phénomène plus général que Piketty décrit pour les décennies d’après-guerre : « l’héritage est réduit à peu de chose par comparaison aux réalités du passé, et pour la première fois peut-être dans l’histoire le travail et les études sont devenus le plus sûr chemin vers le sommet20 ». Les femmes qui atteignent ce sommet le font en leur nom propre, par le travail, et non plus par procuration, à travers leur appartenance à une famille, comme le dictait jadis leur capital. De plus, l’une des différences majeures entre les femmes d’autrefois, riches de leur patrimoine, et les femmes du XXe siècle, riches de leur compétence acquise par les études, c’est que cette compétence ne s’hérite pas et qu’il en va de même des positions de travail : elles sont à acquérir à chaque génération, par l’individu, ce qui assure le renouvellement de la liberté des femmes d’une génération à l’autre, puisqu’à chaque fois les femmes doivent se réarmer de diplômes.

On me dira que tout cela ne concerne que les bourgeoises — ou les femmes qui intègrent la bourgeoisie par les études — et que les évolutions de leur pratique face au travail n’affectent pas les femmes des milieux populaires. Or, c’est souvent l’élite sociale qui décide des évolutions et ladite élite est entrée au cours du xxe siècle dans un style de vie dont elle n’avait jamais fait l’expérience auparavant, ce qui aura des répercussions sur toute la société. Piketty montre bien que dans les générations nées des années 1910 aux années 1950, la majorité des personnes appartenant au 1 % le plus riche en matière de revenu vivent « principalement de leur travail21 », et non de leur capital. « Cela représente une grande première historique (en France et selon toute vraisemblance dans l’ensemble des pays européens) », remarque Piketty qui ajoute : ce « centile supérieur représente une élite relativement vaste [500 000 adultes dans la France d’aujourd’hui], qui joue un rôle central dans la structuration économique, politique et symbolique de la société ». Que dire alors de ceux qui sont un peu moins riches, beaucoup plus nombreux, qui se retrouvent aussi à travailler, alors que leurs équivalents d’avant 1914 étaient des rentiers ? Il semble, d’après les projections de Piketty, que cette population retrouve et retrouvera les moyens de vivre de son capital, mais qu’en raison de diverses circonstances elle continuera à travailler. Les nouvelles lois seront taillées pour cette situation inédite. Or, les évolutions juridiques s’imposent à tous, quel que soit le niveau de fortune, et marchent de conserve avec les pratiques qui s’inventent à neuf. Ainsi, au-delà de ces nouveaux comportements face au travail et aux études, les générations qui ont vécu à l’époque où l’on avait pleine conscience de la moindre utilité de l’héritage ont modifié nombre de leurs pratiques sociales. Abandonnant progressivement l’état d’esprit qui prévalait jusqu’à la guerre de 1914, on faisait moins entrer en ligne de compte dans les stratégies individuelles la perspective d’un héritage. C’était le cas notamment en matière de mariage : il devenait moins nécessaire de les arranger, de courir après les héritières, de constituer des dots qui entravaient la liberté des épouses, etc. Les mariages d’amour ont remplacé les mariages de raison, parce qu’il n’y avait plus de raison — patrimoniale — pour décider du choix du conjoint, avant qu’il n’y ait, un jour, plus de raison de se marier du tout22.

Le retour actuel de l’héritage à des seuils comparables à ceux du XIXe siècle entraînera-t-il une modification des pratiques sociales adoptées au XXe siècle ? Conduira-t-il à un retour aux rapports de sexe comparables à ceux d’avant 1914 ? Beauvoir mettait en garde qu’à la moindre crise économique les droits acquis par les femmes seraient remis en cause ; ici, il ne s’agit pas d’une simple crise, mais d’une réorientation générale de l’économie qui renoue avec nombre d’éléments du passé qui paraissaient définitivement rayés de la carte : ce qui s’était déprécié aux yeux des hommes du XXe siècle reprend de la valeur et les convoitises renaissent autour du patrimoine des familles. Se posent alors des enjeux concrets : l’avenir des droits des femmes et celui de leur liberté. Maintenant que les revenus du capital retrouvent de la vigueur par comparaison aux revenus du travail, et que les jeunes générations vivent dans un monde où l’héritage a recouvré un poids comparable à celui qu’il avait jusqu’à la première guerre mondiale, les processus d’altérité — c’est-à-dire de concurrence des sexes et donc de relégation des femmes — et de captation reprendront-ils comme jadis ? Le retour de l’héritage et le regain des revenus qu’il génère pourraient-ils signifier pour les femmes le renvoi à la maison, là où vivent les garantes que le patrimoine restera dans la famille ? Feront-ils peser un risque sur le droit à la contraception et à l’avortement ? Provoqueront-ils une réapparition de la condamnation asymétrique de l’adultère ? Et dans les pays où l’égalité des droits n’est pas advenue, le retour du capital oblitère-t-il tout espoir de voir réaliser cette égalité ? Il faut avoir ce genre de questions en tête si l’on veut observer comment se dessine l’avenir des rapports patrimoniaux de sexe. Cette observation nécessite de porter une attention vigilante aux lois, mais aussi aux pratiques qu’elles accompagnent ou entraînent. Des études concrètes sont nécessaires. On devrait particulièrement examiner, en se plongeant dans les minutes notariales, comment se font les donations familiales (que donne-t-on aux fils, aux filles ?) : les donations constituent l’un des terrains d’exercice traditionnel de l’inégalité des sexes, les parents ayant plus de latitude dans ces opérations que lors des successions pour privilégier les ‘garçons’23. Cette interrogation sur les donations est d’autant plus fondée que ces dernières connaissent aujourd’hui un essor, un âge d’or, qui s’explique par le désir répandu de compenser la survenue de plus en plus tardive des successions en raison de l’allongement de la durée de vie ; comme l’explique Piketty : on reçoit désormais des donations à l’âge où jadis on héritait. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les femmes, ajouterai-je.

Cela dit, le capital au XXIe siècle n’est plus celui du XIXe, même s’il a retrouvé des niveaux de valeur identiques. La nature du capital évolue vers plus de liquidité, ce qui modifie la donne : il ne s’agit pas d’un strict retour au passé. Par conséquent, le rapport des sexes lui aussi, dans la limite de ses liens avec l’histoire de l’héritage, pourrait prendre une forme inédite, et non pas retrouver la forme qu’il avait à la Belle Époque. Mais cette modification de la forme du capital vers un déclin du foncier et une plus grande part de liquidité, n’est pas une garantie pour le maintien de l’égalité des sexes. Certes, des exemples tirés des législations du xixe siècle montrent que la modification du capital vers plus de liquidité a permis des réformes favorables aux droits des femmes mariées ; mais ces exemples montrent aussi que lesdites réformes ont eu peu d’effets pratiques et qu’il fallut attendre les bouleversements du droit patrimonial de la famille au XXe siècle, à l’époque où capital et héritage étaient au plus bas, pour que les épouses acquièrent les mêmes droits que leur mari sur les biens de la famille. Ainsi, en Angleterre, par les lois de 1882 et 1893, on a commencé à étendre la capacité de la femme mariée à disposer de ses biens, mais c’est uniquement à partir de la loi de 1935, qui dispose enfin qu’une épouse n’est plus dans une position légale subordonnée à son mari, que les femmes mariées ont pu disposer de leur propriété comme il leur plaisait24. En France, on remarque que, déjà en 1804, la fortune avait commencé à être plus liquide, mais que le Code civil n’en avait pas tenu compte : ce texte fondamental continuait à privilégier la fortune immobilière (le régime matrimonial supplétif traitait les meubles, donc l’argent et les placements, comme des biens vils), et le législateur avait refusé la proposition réitérée de Cambacérès de faire des époux des égaux25. Plus tard, dans un contexte de développement encore plus accentué de la fortune mobilière, la loi du 13 juillet 1907 donna plein pouvoir sur les biens acquis par son travail à la femme mariée qui exerçait une profession distincte de celle de son mari. Mais la loi eut peu d’effets pratiques. Elle constituait certes déjà une entorse aux pouvoirs du mari, mais il fallut attendre la loi de 1938 pour que l’incapacité juridique de la femme mariée soit supprimée ; et encore, cette dernière réforme ne suffisait toujours pas : les femmes mariées, déclarées capables en 1938, restaient, faute de lois particulières, largement dépourvues de pouvoirs sur les biens des époux. C’est uniquement en 1965 — en pleine ère de la fin de l’héritage — que la réforme des régimes matrimoniaux a rendu effectifs les droits des femmes mariées.

Reste que l’existence de ces lois rappelle que l’égalité des sexes ne doit pas tout à la fin de l’héritage : le mouvement d’émancipation des femmes préexistait et les femmes avaient commencé à acquérir des droits en matière patrimoniale avant l’époque du déclin du capital. Aujourd’hui, dans de nombreux pays, le combat pour l’égalité des droits a débouché sur une victoire totale. La lutte féministe continue ailleurs, notamment dans le monde du travail : différents plafonds de verre, à tous les niveaux, peuvent empêcher les femmes de prendre dans le monde du travail la place qu’exigeraient leurs compétences, tout comme jadis on les empêchait de jouir de leur patrimoine. Or, l’histoire de l’héritage, elle aussi, se poursuit. Les femmes font face à un capital qui a retrouvé sa valeur de la Belle Époque, mais tout en étant moins rentier qu’en 190026 : les hommes de toutes les catégories sociales se maintiennent dans le monde du travail, même les possédants. Si les conflits entre les sexes en matière de capital renaissent avec le retour de l’héritage, ils s’ajouteront aux conflits entre les sexes dans le travail. C’est inquiétant : la lutte pour le capital a un lien historique très fort avec le maintien des femmes dans la famille, ce qui est moins le cas de la concurrence pour les positions de travail ; les conflits de sexes pour le capital pourraient alors conduire au retrait des femmes du monde du travail. Le travail fait sortir les femmes de la maison, l’héritage les y assigne.

Face au regain de l’héritage et du capital et à leurs nouvelles formes, les stratégies de subversion féministes se renouvèleront. ‘À nouveau capital, nouveau féminisme’, pourrait-on dire. Sans doute. Mais le danger serait alors de s’enfermer dans l’idée que le sort des femmes n’est que le contrecoup de l’histoire de l’héritage. Il faut sortir du contrecoup. Par son livre, Piketty montre bien que l’économie n’est pas un destin et que « l’histoire de la répartition des richesses est toujours une histoire profondément politique et ne saurait se résumer à des mécanismes purement économiques27 ». Le féminisme ne pourrait-il pas peser de tout son poids politique ? Par l’action politique — qui passe par la préservation de l’accès des femmes aux études et à toutes les positions de travail —, le féminisme échapperait au contrecoup en ayant au contraire lui-même une influence sur le capital et donc sur les inégalités sociales qui sont attachées à ce dernier et que le féminisme pourrait contribuer à réduire, se prend-on à espérer. Ainsi, c’est le sort du capital qui deviendrait le contrecoup de l’histoire des sexes, puisque les femmes ayant fait des études et travaillant ne sauraient avoir la même attitude vis-à-vis de la propriété privée que les femmes d’avant 1914. Il s’agirait en somme non seulement de contester l’idée que l’égalité des sexes devrait attendre la réalisation de l’égalité sociale, mais de renverser cette idée. Je ne veux pas dire qu’il faille rechercher prioritairement l’égalité des sexes et renvoyer l’égalité sociale à plus tard, faire passer une urgence avant l’autre – même si je crois, au fond, que l’égalité des sexes est plus à notre portée que l’égalité sociale. L’idée serait plutôt qu’une autre possibilité de renversement existe : abandonner la croyance que la poursuite de l’égalité sociale est seule à pouvoir nourrir, ou même parfois conditionner, d’autres combats ; et faire admettre que la lutte pour l’égalité des sexes, lorsqu’elle est placée en position première, est efficace au-delà d’elle-même. En somme, le pouvoir de subversion du féminisme rayonne au-delà de la question des femmes : le féminisme est plus que le féminisme, et c’est là sa victoire.

Piketty ne nous dit rien de cela, bien sûr, puisqu’il écarte les sexes de son histoire du capital. Mais il faut reconnaître que c’est lui qui nous alerte — à son insu, il est vrai — sur l’importance des liens entre l’histoire des sexes et le retour de l’héritage. « L’héritage n’est pas loin de retrouver en ce début de XXIe siècle l’importance qu’il avait à l’époque du Père Goriot », déclare-t-il, puisant dans le roman de Balzac un épisode qui donne de la couleur à son histoire de l’héritage : Vautrin démontre au jeune Rastignac que la meilleure stratégie pour arriver au niveau de vie le plus haut passe par le mariage avec Victorine, probable riche héritière, et non par la carrière dans la magistrature. Pour Piketty, le texte de Balzac correspond bien à la réalité économique de son temps : « en France au XIXe siècle, les niveaux de vie qu’il est possible d’atteindre en accédant aux sommets de la hiérarchie des patrimoines hérités sont effectivement beaucoup plus élevés que les niveaux de vie correspondant aux sommets de la hiérarchie des revenus du travail28 ». L’exemple du Père Goriot choisi par Pikettty fait donc parfaitement comprendre ce que pourrait signifier en termes de ressources le retour de l’héritage au XXIe siècle. Hélas ! Piketty ne l’exploite qu’à moitié. Son tort est d’oublier Victorine, alors que Balzac, lui, la sauve, ce qui est significatif : ce personnage de femme hérite et ne se marie pas, conservant ainsi tous ses droits sur ses biens. Pourtant, au départ, la jeune fille incarne à la perfection les deux manières dont les femmes peuvent être spoliées de leur héritage au profit des hommes. Au début du roman, Victorine est victime d’une tentative d’exhérédation de la part de son père qui « avait dénaturé sa fortune, afin de pouvoir la transmettre en entier à son fils29 ». Ensuite, elle est réduite à un rôle d’instrument dans le projet de Vautrin visant à faire la fortune de Rastignac par le mariage entre les deux jeunes gens. Malheureusement, Piketty réduit l’épisode du conseil de Vautrin au simple fait que l’héritage, du temps de Balzac, rapportait plus que le travail. Il faut alors insister : il s’agit certes, dans ce passage du Père Goriot, d’un problème d’héritage, mais d’héritage dans le mariage : les régimes matrimoniaux et leurs contraintes faites aux femmes ne sont pas loin ! En l’espèce, il est vrai que Rastignac prendrait possession d’un patrimoine hérité, mais il le ferait par son union avec une femme, Victorine, ce qui n’est pas anodin quant au statut du deuxième sexe.

C’est la ruse de la littérature qui dit à votre place plus que ce que vous comptiez lui faire dire. Grâce à elle, en plaçant les conseils de Vautrin sur le mariage et l’héritage au cœur de son essai, c’est sur Victorine – au prénom annonciateur de victoires féministes – que Piketty jette involontairement la lumière. Par ce geste, il ne fait rien d’autre que renforcer une vérité : l’histoire du capital est une histoire de sexes.

Pierre Bras

Publication d’origine : L’homme et la société, no 198, octobre-décembre 2015, 13-27

1. Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, Seuil, 2013, p. 61.

2Ibidem, p. 576.

3. Les inégalités entre les sexes sont à nouveau pointées, ici entre deux virgules (p. 440) et là entre parenthèses (p. 441), pour parler cette fois, non pas de capital, mais de différence de salaire.

4. Geneviève Fraisse, Muse de la Raison. Démocratie et exclusion des femmes en France. Gallimard, « Folio histoire », Paris, 1995, p. 325. (Édition originale publiée en 1989, Éditions Alinéa, Muse de la raison, la démocratie exclusive et la différence des sexes). La sexuation de l’histoire demeure l’un des piliers du dernier volume de G. Fraisse : La Sexuation du monde. Réflexions sur l’émancipation, Paris. Les Presses de Sciences Po, 2016.

5. Geneviève Fraisse, Muse de la Raison, op. cit., p. 328.

6. Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, op. cit., p. 38.

7Ibidem, p. 49.

8. Simone de Beauvoir, La Force des choses, Gallimard, 1963, p. 203.

9. Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, I, Gallimard, 1949, p. 109. Pour plus de détails sur Beauvoir et le rapport entre héritage et oppression des femmes par les hommes, voir Pierre Bras, « La propriété privée est-elle arrivée ? L’inscription d’une philosophie du droit dans l’œuvre de Simone de Beauvoir », in J. Kristeva, P. Fautrier, P.-L. Fort et A. Strasser, (Re)découvrir l’œuvre de Simone de Beauvoir, Le Bord de l’eau, 2008, p. 155-164.

10 Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, I, op. cit., p. 26.

11. Non remboursement des emprunts russes, nationalisation du canal de Suez, privation des actifs situés dans les anciennes colonies.

12. Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, op. cit., p. 642.

13Ibidem, p. 644.

14Ibid., p. 645.

15Ibid., p. 645.

16Ibid.

17. Voir l’effondrement et la remontée de « la part de l’héritage dans les ressources totales (héritage et travail) des générations nées dans les années 1790-2030 », graphique 11.9, in Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, op. cit., p. 643.

18. Simone de Beauvoir, La Force des choses, op. cit., p. 210.

19. Ibidem.

20. Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, op. cit., p. 382.

21Ibidem, p. 649.

22. On note au passage que le retour relatif du mariage par la voie inattendue de la légalisation du mariage entre personnes du même sexe a souvent été fondé sur des justifications d’ordre patrimonial contemporaines à la fois des ravages du SIDA, ce qui a été dit clairement, et du regain de l’héritage, ce qui était moins perceptible.

23. Une étude des donations faites sous l’empire de la loi de 2006 — loi qui permet lors des donations de déroger à la réserve héréditaire — éclairerait beaucoup le rapport des sexes aujourd’hui en France. Sur la loi de 2006, voir Pierre Bras, « La propriété privée est-elle arrivée ? L’inscription d’une philosophie du droit dans l’œuvre de Simone de Beauvoir », op. cit.

24. Robert Moureaux et Harold Hanbury, Traité pratique des divorces et des successions en droit anglais, Paris, Librairie Arthur Rousseau, 1939.

25. Michel de Juglart, Régimes matrimoniaux, Montchrestien, 1996, p. 128.

26. Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, op. cit., p. 188.

27Ibidem, p. 47.

28 Ibid. p. 380.

29 Honoré de Balzac, Le Père Goriot [1843], in La Comédie humaine, Vol. III, Gallimard, La Pléiade, 1976, 59.

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