Quoi produire, pourquoi et comment

« Introduction

arton13371-82fb1Dette écologique, extractivisme… Deux expressions peu connues du grand public, mais pourtant synonymes de phénomènes marqueurs de notre temps. Si la dette écologique – somme des externalités négatives de l’extractivisme – est peu présente dans les discours médiatiques, elle est pourtant largement discutée dans les mouvements sociaux et plus spécialement encore parmi les populations des pays du Sud, pour lesquels la non réparation de la dette écologique est une tragédie.

Bien que demeurant un concept caché, l’absence de sa reconnaissance figure parmi les raisons majeures de l’échec des négociations pour le climat. Les principaux pays pollueurs refusent de reconnaître leurs responsabilités actuelles, autant qu’historiques. Malgré quelques belles paroles le temps d’une conférence, les actes sont loin d’être à la hauteur des enjeux.

Extractivisme, là aussi expression mystérieuse mais qui ne désigne pas moins que le moteur de notre économie moderne. À l’heure d’un capitalisme fragilisé autant par une finance débridée que par ses pillages et pollutions ingérables, on assiste à une fuite en avant. L’accélération de la marchandisation de tout ce qui peut l’être démontre la volonté de l’oligarchie de persister dans ce système qui pousse à l’extrême les inégalités et la destruction de notre biotope. Malgré les promesses d’économie dématérialisée ou virtuelle, le vol et la destruction des biens communs, associé la plupart du temps à la dictature de la dette illégitime, se prolonge bel et bien.

Pour répondre à la crise écologique, les seules réponses apportées sont technologiques, point de recherche de meilleures répartitions des richesses au programme des décideurs. Au contraire, privatisations et généralisation du « libre échange » figurent en priorité à l’agenda des gouvernements et des institutions internationales. Des politiques pourtant incompatibles avec une sauvegarde du climat.

Les alternatives existent. Des alternatives mettant en avant la justice sociale, tant internationale que locale, privilégiant des techniques simples, des processus démocratiques et décentralisés, sont souhaitables et impératives. »

Ce numéro de Les Autres voix de la Planète est particulièrement bien documenté. Les différents articles, simples mais sans simplisme, proposent des synthèses sur la dette écologique, l’extractivisme, l’énergie et le fonctionnement du mode de production capitaliste à l’ère néolibérale.

Dans la première partie « Réflexions globales » sont abordés, entre autres :

  • Les enjeux climatiques, « Le réchauffement climatique est intrinsèque à l’expansion simultanée du capitalisme et de l’industrialisation à l’ensemble du monde », la dette écologique, l’écrasante responsabilité de l’Europe, des Etats-Unis puis du Japon dans le réchauffement global…

  • L’injustice environnementale, l’expérimentation du néolibéralisme version Chicago Boys dans et par des dictatures, la construction de la dette, les thérapies de choc et les plans d’ajustement structurel, « Ces programmes visent surtout à générer des excédents de devises requis pour continuer à honorer le service de la dette, poussant les pays de la région à exporter tout ce qui peut l’être », le rôle des grandes entreprises minières, pétrolières et agro-industrielles, les luttes contre l’extractivisme…

  • Le rôle du pétrole et des énergies fossiles dans les crises économiques, les liens entre énergie et développement, la « rentabilité » énergétique déclinante des investissements…

  • La réalité des énergies renouvelables, « de plus en plus d’énergie nécessaire pour extraire de l’énergie », les technologies demandeuses de resources rares et précieuses, la question « quoi produire, pourquoi et comment »…

J’ai notamment été intéressé par le débat sur « l’effondrement qui vient » dont l’insistance sur le processus versus l’événement unique, « se défaire de l’idée d’un effondrement homogène, brutal et linéaire », l’identification des responsabilités, le risque amplifié de replis identitaires, la critique de solutions technologiques, « le problème est de considérer la technique indépendamment des rapports sociaux dans lesquels elle émerge ».

Cette première partie se termine par un article sur les migrations, les véritables causes des migrations Sud-Nord, le « couple » extractivisme-dette illégitime-réchauffement climatique, l’importance des migrations transfrontalières, l’accaparement des terres et les plans d’ajustement structurel, la concurrence « libre et totalement faussée »…

Dans la seconde partie « Luttes locales » sont analysés, entre autres, les dégâts causés par les grandes mines, Cajamarca/Tolim, des collaborations de contre-expertise entre universitaires et populations, le Fond de mise en valeur du patrimoine privé de l’état grec (TAIPED, les privatisations et leurs impacts économiques et écologiques, la disparition de la notion de « patrimoine public », les conséquences de la destruction de l’environnement et du changement climatique, l’accentuation de la fréquence et de l’intensité de phénomènes météorologiques extrêmes, la notion de « terrorisme environnemental » (dont l’exemple de l’exploitation du niobum), la question de la dette écologique et des réparations, le modèle agro-exportateur, les impositions européennes au Maroc…

La troisième partie est consacrées à Quelques alternatives. Les auteur-e-s font la critique des grands projets nuisibles et imposés, des « éléphants blancs », analyse de la « nouvelle révolution verte », agrobusiness et OGM, « Ainsi, ce modèle accomplit la prouesse, au nom de la réduction de la pauvreté et de la faim dans le monde, de favoriser les accaparements de terre, de développer la culture d’exportation, de promouvoir les agro-carburants, de travestir les habitudes alimentaires en produisant des cultures étrangères au bassin subsaharien, tout en privant les paysans à la fois de leurs sources de revenus et de leur productions vivrières », des arnaques au microcrédit…

Elle et ils soulignent la nécessité de prendre en compte l’imbrication des « dimensions de classe, de ‘race’ et de sexe », « L’ouragan Katrina a apporté la preuve que face aux phénomènes climatiques, toutes les populations n’étaient pas traitées de la même manière »

J’ai particulièrement été intéressé par l’article « On veut savoir ce qu’on mange », l’expérience des femmes de la commune de Abonmey, leur projection à long terme, les solutions entretenant « la fertilité des sols par l’introduction régulière de compost naturel produit sur place »…

Un numéro à diffuser très largement et un bon support par des débats.

SOMMAIRE

Réflexions globales

Au cœur des enjeux climatiques

Une dette qui ne sera jamais payée

Du pétrole dans les crises économiques

Des renouvelables vraiment écologiques ? 

L’effondrement qui vient

Migrations, pillages et climat

Luttes locales

Cajamarca/Tolima – Oui à la vie, non à la mine

Biens communs : le pillage grec

Dette et écologie en Inde

Terrorisme environnemental

Le dilemme du modèle agro-exportateur

Quelques alternatives

Eléphants blancs et GPNIS

« Nouvelle-révolution-verte »

On veut savoir ce qu’on mange

Quelles réparations ?

Luttes de territoires

Code barre et nouveau monde

AVP n°67 – Les autres voix de la planète, http://cadtm.org/Dette-ecologique-Extractivisme : Dette écologique et extractivisme

2ème trimestre 2016

La revue du CADTM, Liège 2015, 98 pages, 5 euros

Didier Epsztajn

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