Philippines : un an après l’incendie survenu à l’usine Kentex, rien n’a changé

Qualifié de pire accident industriel aux Philippines depuis ces dernières années, l’incendie de l’usine Kentex a eu lieu il y a un an déjà. À ce jour, les victimes n’ont obtenu aucune réparation.

Une semaine comme celle-ci l’an dernier, Kentex Manufacturing Corp., fabriquant de tongs en caoutchouc dont les usines se situent à Valenzuela, augmentait ses quantités atteignant son pic de production annuel. La plupart des travailleurs ne recevaient pas le salaire minimum obligatoire. Kentex ne considérait pas la plupart des ouvriers comme des travailleurs réguliers, mais plutôt comme une combinaison de travailleurs « temporaires permanents », travaillant toujours dans la même usine – il y avait des travailleurs contractuels engagés par agence, d’autres avec des contrats ouverts, travailleurs payés à la pièce pour la haute saison, des saisonniers.

Aucun responsable

Leur détresse a été mise au jour dans tout le pays mais aussi au-delà, lorsqu’au moins 72 d’entre eux ont trouvé la mort, prisonniers des flammes. Cet incendie industriel, le pire des Philippines depuis ces dernières années, a eu lieu il y a un an déjà (le 13 mai) mais à ce jour, les ouvriers, les survivants et leurs familles sont toujours bloqués avec des jobs irréguliers dans d’autres usines. Ils demandent toujours justice parce qu’aucun des dirigeants, que ce soit parmi les autorités ou les propriétaires de l’usine, ne s’estime responsable de ce drame.

Pour marquer le premier anniversaire de l’incendie de l’usine Kentex, les ouvriers, emmenés par le centre national du travail Kilusang Mayo Uno (KMU), et accompagnés des survivants et des familles des victimes appartenant à l’association « Justice for Kentex Workers Alliance » ont célébré une messe et organisé une manifestation devant l’entrée de l’usine à Barangay Ugong, à Valenzuela, au matin du 13 mai. Pour eux, la justice est inaccessible pour les familles des victimes et les survivants et la politique du gouvernement en matière de contractualisation et de sécurité sur le lieu de travail demeure inchangée.

Les auditions, suite aux plaintes déposées par les ouvriers et les survivants, n’ont commencé que 9 mois après l’incendie et aucun résultat n’est encore sorti de ce dossier. Selon Elmer « Ka Bong » Labog, du KMU :

« Le système judiciaire national et le gouvernement font clairement savoir qu’ils font peu de cas de la vie des travailleurs. On refuse la justice pour les victimes et les survivants et on ne tire aucune leçon de la tragédie ».

Propriétaires et responsables publics non inquiétés par la justice

Selon lui, le département de la Justice a mis longtemps avant d’acter les charges criminelles introduites par les familles des victimes et les survivants à l’encontre des capitalistes Ong King Guan et Beato Ang.

« Parallèlement, le modérateur examine les plaintes administratives introduites par les familles des victimes et les survivants contre la secrétaire du Travail Rosalinda Baldoz, l’ancienne secrétaire de l’Intérieur et du gouvernement local Mar Roxas, ainsi que d’autres hauts-placés officiels ».

La plupart des groupes de travailleurs accusent le gouvernement d’Aquino d’avoir détérioré les conditions de travail qui se sont soldées par la tragédie de l’usine Kentex.

La majorité des ouvriers qui sont décédés étaient des contractuels. M. Labog affirme qu’ils sont nombreux sur des lieux de travail insalubres :

« Ils sont souvent les premiers à être engagés car on peut facilement les déplacer s’ils exigent plus de sécurité sur le lieu de travail ».

En fait l’an dernier, alors que Kentex n’était encore qu’un tas de gravats fumants, les ouvriers contractuels à long terme de l’usine Tanduay Distillers Inc., appartenant à Lucio Tan et située à Laguna, se sont mis en grève et l’une de leurs revendications principales était d’obtenir des équipements de sécurité professionnels. Ils ont tous été licenciés. Selon l’Institut pour la Santé au travail et le Développement de la Sécurité (IOHSAD) :

« Il n’y a pas eu de changements majeurs dans la politique de la sécurité sur le lieu de travail ».

L’IOHSAD, ainsi que d’autres ONG et organisations telles que EILER et KMU, ont mené une mission d’enquête à l’usine Kentex un jour après l’incendie. Pour Nadia de Leon, l’avocate de L’IOHSAD :

« Le Département du Travail continue d’appliquer le décret 131-13 ou ‘Labor Laws Compliance system’ (LLCS), qui n’a pourtant pas permis d’assurer la sécurité des travailleurs et conduit la direction de Kentex à négliger les standards sur la Santé au Travail et la Sécurité (OHS). »

Selon Anna Lea Escresa, directrice de l’ONG EILER (Ecumenical Institute for Labor Education and Research) :

« La tragédie survenue à l’usine Kentex montre la triste réalité de la façon dont le LLCS du DOLE (Department of Labor and Employment) ont amené les compagnies à s’autoévaluer ».

Elle fait pression sur le futur probable président Rodrigo Duterte pour remplacer ce système « accommodant » par un mécanisme pro-travailleur réglementaire qui fera respecter les lois du travail dans toutes les entreprises, grandes ou petites.

Parallèlement, M. Labog, du KMU, appelle les travailleurs, spécialement ceux sous contrats, à s’unir et à se battre pour leurs droits, y compris sur la sécurité au travail :

« Nous les appelons à défier les mesures répressives prises à leur égard. Au final, ils se battent pour leur vie ».

Traduction : Roxane Cordisco

Source Marya Salamat / Bulatlat A Year After Kentex Factory Fire, Risky Workplaces Contractualization Persist

Publié sur le site AlterAsia

http://www.alterasia.org/201606032939/philippines-an-apres-lincendie-survenu-a-lusine-kentex-rien-na-change/

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