C 215, du petit format au muralisme, la fresque de la rue Pelleport, octobre 2014. Paris XXème

Nous avons consacré deux posts à  C 215 dans ces colonnes pour au moins deux raisons : parce que c’est une des figures les plus connues du street art français, parce que pochoiriste il a apporté à cette technique de très notables améliorations qui ont fait école. Les exemples que nous avons donnés étaient des pochoirs de petits et de moyens formats (les œuvres de son exposition « Douce France », celles de son exposition au musée des Arts et Métiers, ses toiles, étaient des illustrations de la variété des dimensions de ses pochoirs). Moins connue est son travail de muraliste. Je prendrais un exemple démonstratif : la grande fresque qu’il a peinte rue Pelleport dans le 20ème arrondissement de Paris.

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La démarche qui a abouti à la création de la fresque est intéressante. Une association de quartier, Môm’Pelleport a sollicité C215. Le projet a été financièrement soutenu par la mairie de l’arrondissement et le bailleur social, propriétaire du mur, I3F. Dans un premier temps, C 215 a présenté son travail aux enfants et il les a photographiés maquillés sur des thèmes chers aux gamins du quartier : la fête d’Halloween, les super-héros, les clowns. Les artistes en herbe ont, dans un second temps, choisi les « meilleures » photographies. Elles ont été présentées aux habitants de l’immeuble sur le pignon duquel C 215 devait peindre sa fresque. Ils ont choisi les photographies dont l’artiste devait se servir pour fabriquer ses pochoirs. 4 portraits furent retenus à la fin de cette consultation, deux de garçons, deux de filles.

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La grande fresque est le somme des quatre pochoirs des visages des enfants. Les espaces entre les pochoirs et autour des pochoirs sont peints avec des bombes aérosols formant un décor très coloré. Les visages forment un triangle irrégulier rappelant la forme du mur. Ils sont groupés pour constituer un centre bien visible pour les passants pénétrant dans la rue Pelleport. Dépassant de la ligne des plantations des espaces verts de l’immeuble, la fresque est un signal lumineux évoquant la jeunesse, le plaisir des enfants de se déguiser, l’enthousiasme qu’ils apportèrent à la réalisation du projet. Leurs maquillages renvoient à deux univers graphiques : celui des clowns (les nez rouges, les joues rouges de l’Auguste…), celui des super-héros de Marvel et de DC Comics (les « cicatrices », les « encadrements » des yeux…). A ces modèles prégnants s’ajoute une fantaisie propre à l’imaginaire enfantin. Fortement structurée par une puissante géométrie, colorée de teintes vives aussi bien dans les portraits que dans le décor, la fresque atteint l’objectif qui lui était assigné : affirmer l’identité artistique de l’association et apporter à cette entrée de rue la « gaité » qui lui faisait défaut.

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Ce mur montre à l’évidence que le pochoir n’est plus limité par la surface des cartons (nous l’avions déjà vu avec l’immense pochoir « Chut ! » de Jef Aérosol, mais aussi avec la grande fresque d’Artiste-Ouvrier, Quai 36).

Par ailleurs, nous pourrions nous interroger sur le choix d’un pochoiriste pour « décorer » un mur. Je pense que la peinture au pochoir à un aspect particulier qui ne ressemble en rien à d’autres techniques de peinture (voire d’impression ou de reprographie). Par définition dirais-je, cela consiste à projeter avec une bombe aérosol de la peinture acrylique sur un carton (ou un autre support) qui parfois masque le jet de peinture (forme une réserve) et parfois laisse passer la peinture. Si l’artiste est suffisamment adroit, les contours des formes peintes sont d’une grande netteté et les zones peintes sont séparées par de fines séparations. On obtient alors des surfaces colorées uniformes (comme des aplats), des délimitations extrêmement nettes entre les surfaces colorées et un fin maillage de traits de séparation. Ce rendu est recherché par les artistes et j’ai récemment découvert des affiches publicitaires représentant des musiciens ayant des photographies comme origine mais travaillées au pochoir pour l’aspect particulier que je viens de décrire.

Je n’insisterai pas sur le décor qui, chez C 215, joue un rôle important (voir le post sur l’art de C 215). Le travail au pochoir est complété à la bombe ou à la brosse et les « fulgurances » des éléments de décor et les fonds apportent du dynamisme à la représentation et concourt à mettre en relief les sujets par des oppositions chromatiques.

Le processus d’élaboration du projet me rappelle ceux de JR. La collaboration est en l’occurrence importante : choix de l’espace, choix des sujets, choix des photographies. L’artiste est au départ du projet, suit son élaboration et apporte sa maîtrise technique à la mise en œuvre.

La fresque de la rue Pelleport, une œuvre citoyenne ?

Richard Tassart

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