Les barricades de la liberté ont resurgi dans toute la ville

poum2« Il y a quelques millénaires, les pharaons avaient beau ordonner à leurs esclaves de faire disparaître toute trace d’un prédécesseur détesté, avec le temps et l’aide des pilleurs de tombes, le disparu honni refaisait surface et reprenait sa place dans l’Histoire. Malgré sa hargne criminogène, ses sicaires et ses calomniateurs de service en action sur les cinq continents, Staline, l’étoile jumelle de Hitler1, n’aura pas mieux réussi. Dans son ancien empire, comme dans ses marches de l’Ouest, dénommées « démocraties populaires », ses statues ont été déboulonnées, et ses mensonges démontés. »

Dans leur avant-propos « L’Espagne au coeur », publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, avant-propos-de-jean-rene-chauvin-et-patrick-silberstein-lespagne-au-coeur-a-louvrage-de-wilebaldo-solano-revolution-dans-la-guerre-despagne-1930-1/, Jean-René Chauvin et Patrick Silberstein soulignent particulièrement le rôle de Staline et des dirigeants staliniens dans la normalisation (et la défaite de la révolution espagnole), la défense de l’ordre contre la révolution, les campagnes de calomnies contre les poumistes et les libertaires, les assassinats de militant-e-s révolutionnaires dont celui d’Andreu Nin.

Il convient de rappeler qu’il ne s’agit pas ici de divergences politiques mais bien d’actions criminelles, de tortionnaires, d’assassins, d’utilisation de la puissance d’un Etat (URSS) pour imposer par la force des orientations, non en soutien des combats du prolétariat et des nationalités, mais bien en défense des intérêts de l’Etat soviétique (sa bureaucratie) et du refus des dynamiques socialistes de la révolution dans l’Etat espagnol.

Et si Staline a bien rompu avec une ligne de non-intervention décidée à Londres et à Paris, il s’agissait bien d’une aide fortement conditionnée, d’une politique de maitrise du prolétariat d’Espagne, de soutien à la république contre la révolution socialiste, du refus de l’indépendance des colonies.

Et s’il faut saluer l’engagement et la mémoire des milliers de brigadistes internationaux, dont de nombreux militants adhérents aux différents partis communistes (voir par exemple, chez le même éditeur : Sous la direction de Stéfanie Prezioso, Jean Batou et Ami-Jacques Rapin : Tant pis si la lutte est cruelle. Volontaires internationaux contre Franco, realite-et-imaginaire-collectif/), il faut encore laver la mémoire des militant-e-s poumistes et libertaires trahi-e-s, calomnié-e-s et assassiné-e-s par les staliniens.

Staline et ses sbires ont bien armé la République et désarmé la révolution, ils ont combattus « les expropriations de terres et d’usines, les libertés accordées aux différentes nationalités2, le double pouvoir qui s’instaure ». Ceux qui organisaient les procès de Moscou, à partir d’aveux extorqués, n’ont cependant pas pu en faire de même dans l’Etat espagnol, « À Barcelone, il ne les obtiendra pas. Andreu Nin, torturé, ne cède pas d’un pouce et est secrètement exécuté ».

Ceux qui parlaient d’une soit-disant alliance entre poumistes (rebaptisé-e-s trotskistes) et phalangistes de Franco, puis plus tard d’hitléro-trostkistes furent, ceux-là même, qui signèrent le pacte germano-soviétique, et dépecèrent la Pologne…

Il est important d’avoir d’autres versions des combats et des réalités dans l’Etat espagnol que celle des faussaires et des criminels. Il convient de lire les productions de militant-e-s libertaires, de communistes non stalinien-ne-s, et ici de « la vision du POUM par le POUM lui-même », de celles et ceux comme Wilebaldo Solano qui « n’a renoncé à rien. Il a combattu l’une et l’autre de ces maudites étoiles, sans oublier le soleil vert du capitalisme, pour qu’un nouvel astre puisse se lever. La révolution socialiste et l’émancipation de l’humanité restent son horizon et son livre est un pavé incandescent qu’il jette à la figure du vieux monde. »

Dans les différents textes, Wilebaldo Solano revient, entre autres, sur l’imposture stalinienne, l’histoire du Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (POUM), la révolution de 1934, les différents courants de l’Alliance ouvrière, la CNT, la gauche socialiste, les élections de février 1936, les débats autour de la révolution et de la guerre, le Comité central des milices antifascistes de Catalogne, la lutte contre le stalinisme en pleine guerre, l’assaut contre les bâtiments du central téléphonique (Telefonica) et les Journées de mai 1937, la clandestinité sous le franquisme et l’exil politique, l’exil en France, l’émigration antifasciste…

Il discute des processus révolutionnaires dans l’Etat espagnol et en particulier en Catalogne, des conceptions de la révolution portées par les diverses organisations, de l’implantation de la CNT et du POUM, des décalages entre « régions », de l’incompréhension du « problème du pouvoir politique » de la part de la CNT et de la FAI, des critiques de Léon Trotski, de la place de la jeunesse, des Jeunesses communistes indépendantes (JCI), du journal La Batalla, ou pourquoi Barcelone ne fut pas Moscou…

L’auteur insiste, entre autres, sur « Une des manifestations les plus frappantes de ce processus est la collectivisation des terres, des industries et des services qui se produit surtout en Catalogne, en Aragon et dans la région de Valence, mais aussi pendant une brève période en Andalousie et en Castille », le Conseil de la Generalitat, « organe représentatif d’une nationalité opprimée » ou l’impossibilité « d’appeler à prendre le pouvoir contre la CNT elle-même »…

J’ai particulièrement été intéressé par les paragraphes sur « le coup d’Etat du 16 juin 1937 contre le POUM », « le coup policier du 19 avril 1938 », les relations entre groupes au niveau international…

Je souligne le texte sur « la JCI dans les journées de mai 1937 ». Le titre de cette note est extrait de cette partie.

Wilebaldo Solano parle de la vie d’Andreu Nin, le syndicalisme révolutionnaire, les première années de l’Internationale communiste, les écrits en catalan, son rôle dans le processus révolutionnaire, la répression « républicaine » et stalinienne, son assasinat… et de la longue marche pour la vérité…

En espérant que les ouvrages d’Andreu Nin soient enfin disponibles en français, un ouvrage sur les falsifications et les crimes, un parti révolutionnaire et une révolution avant le minuit dans le siècle…

En complément possible, outre l’ouvrage sur les Brigades internationales, déjà cité, Efraïm Wuzek : Combattants juifs dans la guerre d’Espagne. La compagnie Botwin, dans-la-lutte-pour-votre-liberte-et-la-notre/

35 photographies du POUM en 1936-37

https://bataillesocialiste.wordpress.com/2016/07/17/35-photographies-du-poum-en-1936-37/

*

Wilebaldo Solano : Révolution dans la guerre d’Espagne (1930-1939)

Réédition Syllepse,

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_669-revolution-dans-la-guerre-d-espagne-1930-1939-.html

Paris 2016, 320 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

1. Selon l’expression employée par Léon Trotsky en décembre 1939 après le partage de la Pologne.

2. Rappelons que le POUM, considérant la question des nationalités opprimées comme une facette de la lutte des classes, avait inscrit au premier plan de ses objectifs la constitution d’une « Union ibérique des républiques socialistes » (Nin, 1975).

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2 réponses à “Les barricades de la liberté ont resurgi dans toute la ville

  1. Je pense que l’expression : « Staline, l’étoile jumelle de Hitler » ne grandit pas les auteurs. Mais surtout sa fonction principale est d’éviter un vrai travail historique sur cette période cruciale, un vrai bilan. Restons tous solidement ancré sur nos positions lourdement forgées par l’histoire et c’est sur nous perdrons …. TOUS.

    • En quoi au milieu des années 30 cette expression serait-elle fausse ?
      La contre-révolution, l’assassinat de milliers de militant-e-s, l’étranglement de révolutions…
      Autre chose serait d’écrire que le stalinisme et le nazisme relèvent de même régimes socio-politiques (ce qui évidement est une bêtise)
      Et dans le travail politique nécessaire, il convient encore une fois de revenir sur l’engendrement du stalinisme, comme crime contre l’émancipation

      « Nous » n’en avons ni fini avec le stalinisme ni avec les soit-disant « états socialistes » ni avec les écritures falsifiées de l’histoire
      dont justement celle sur l’assasinat d’Andreu Nin par des staliniens

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