La complicité et la solidarité joyeuse entre femmes mues par un projet commun de leur propre choix

41MwxEp5VCL._SX313_BO1,204,203,200_Dans sa préface Andrée Michel parle de la langue, du style, de la pensée, de la soif de justice de Marlène Tuininga. Elle souligne aussi les « trois mouvances qui lui ont permis de tenir debout : la Théologie de la libération, l’Action catholique ouvrière pour qui « un jeune travailleur vaut plus que tout l’or du monde » et le Mouvement international de la réconciliation », la découverte au cours de voyages du « fabuleux potentiel de créativité et de savoir-faire incarné par des femmes », de l’espérance et des luttes pour un monde meilleur…

Un lecture comme un chemin possible entre les mots, les questions et les faire de l’auteure.

Dans son avant propos « Egale et différentes », Marlène Tuininga indique « Aujourd’hui, en 2016, les femmes et les jeunes filles sont des millions qui continuent à être exclues,discriminées, mariées de force, vendues, excisées, battues, violées et tuées. Bref malmenées mal traitées parce que femmes. Et cela pas seulement dans les pays dits du Sud. », d’autres… et pas seulement dans les pays dits du Nord, d’autres encore… minoritaires, enfin la majorité des femmes…

« C’est en me débattant, dès mon enfance et tout au long de ma chaotique jeunesse, avec ces images et ses attentes stéréotypées, que j’ai commencé à me poser la question sur la vraie nature des femmes, de quoi nous sommes capables et ce que la société peut attendre de nous ».

Un livre très personnel, entre enfance, jeunesse, ruptures et exemples de quelques artisanes de paix.

L’auteure revient sur son enfance d’expatriée. D’immigrée, mais le terme n’est pas employé pour les populations ouest-européennes surtout au temps des colonies… « Une petite fille dans un jardin hollandais », les proches, l’île de Curaçao, l’été 1939, les villages et la ségrégation sociale et raciale, les parents nommé-e-s Mammie et Pappie, le divorce et la séparation, les USA et Ellis Island, « des centaines de personnes de tous plumages, en majorité des réfugiés européens », la détestation des uniformes et la méfiance envers les adultes, une maison Chobolobo, l’école et son bus, le « mariage à quatre » et « le mythe d’un nouveau modèle de famille », un carnet noir à bande rouge, tante Hilda et la peau de Constance… « Des questions commencent à se former dans ma tête : pourquoi tous ces gens noirs qui nous entourent ont-ils une vie si différente de la notre ? Pourquoi vivent-ils dans ces vilaines baraques en planches ? Pourquoi ne voit-on pas un seul enfant noir dans mon école ? ».

Manger une grenade, le sexe en pontillé, Curaçao, « une vie coloniale, déjà d’un autre temps, se déroulant loin des remous du monde », 1945 et la première fissure, « première irruption de la réalité », poursuivre sa scolarité en Hollande… « Car après tout,il faudra, après toutes ces excentricités, faire de nous de bons petits Hollandais »…

Le froid, le vert, le noir, l’eau, les hommes blancs, la tante, l’internat, le vrai motif du déracinement, la grande errance…

Jeunesse. Amsterdam, « je serai journaliste », le théâtre, Paris, une chambre de bonne, « Comment faire pour trouver la réponse à mes questions ? ».

Refuser, étudier, vivre, Grasse, initiation(s), poser nue, le temps interminable, les regards, « la jeune fille a refusé » et oui, « une femme désormais libérée de ce genre de racaille », un énième chambre de bonne, trainer sous les ponts, discuter avec les clochards, « essayer de comprendre pourquoi il y a des pauvres », rencontre avec l’abbé Pierre, Yves Klein et la peinture sur la peau, le clocher de Saint-Germain-des-Prés…

Ruptures. Des questions, « Je ne suis pas née femme. Ni femme, ni féministe, d’ailleurs », un immense sentiment d’injustice, la conversion, une rencontre, « un homme avec qui j’ai eu envie de faire naître des enfants », ne pas aimer être enceinte, l’incroyable bonheur de découvrir « ce petit être »…

Le mouvement féministe, l’immersion critique, journaliste militante, « Et moi, j’ai retrouvé ma solitude chérie. Chérie, mais habitée ».

L’attrait des voyages, « sauter de pays en pays », des femmes défendant la justice et la dignité de toutes et tous. « Et voici les quelques traces que j’ai pu récolter au cours de mon modeste périple, forcément subjectif, peut-être insuffisant ».

Artisanes de paix. Irlande du nord, la discrimination politique de catholiques, la NIWC, Coalition des femmes de l’Irlande du Nord… – Liberia, « Livrez-nous vos armes ! », la bannière de « l’Opération sauvons le Liberia »… – Inde. SEWA, Self Employed Women’s Association (Association des femmes auto-employées)… – Argentine, les « folles de la place de Mai », le privé devenu public, « nos enfants ont accouché de nous »… – Serbie, « Pas en notre nom ! », abattre les frontières imposées… – Salvador, les femmes du FMLN, Las Dignas, « contribuer à l’éradication de la subordination des femmes comme condition incontournable de la démocratie et de la justice sociale et économique »… – Russie, comité des mères de soldats… – Colombie, la Ruta Pacifica, la Route pacifique des Femmes, les maisons de femmes… – Kenya, un village pour fuir les hommes, Umoya, la participation à la IIIe Marche Mondiale des Femmes… – Philippines, l’exportation des femmes, Les Amis de sœur Emmanuelle, l’association Gabriela… – Congo, « détruire » disent-ils, et « elles, elles réparent », rencontre « Justice et réparation pour les victimes des viols et des violences », le viol comme arme de guerre, le terrorisme sexuel… – Palestine-Israël, les « Femmes en noir », la Coalition des femmes pour la Paix (CWP), la campagne mondiale pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS)…

La Marche mondiale des femmes…

Marlène Tuininga : Journal d’une féministe décalée

Adieu à Saint-Germain-des-Prés

Editions Karthala, Paris 2016, 164 pages, 16 euros

Didier Epsztajn

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