L’Affaire du Perruquier du Roi

(Salon de coiffure du Park Hyatt Vendôme – 275, rue du faubourg Saint-Honoré – Paris 8°, 13 Juillet 2016)

Chers lecteurs, il vous reste probablement encore en mémoire l’Affaire dite « du Collier de la Reine », affaire qui mit la Reine Marie-Antoinette au comble de l’humiliation et dégrada de façon irréversible son image dans l’opinion populaire de l’époque. Nous sommes en 1785. Et qui, pour beaucoup d’historiens, fut un élément supplémentaire dans le grand discrédit de la famille royale et de la Monarchie. Nous sommes à la veille de 1789.

La formule lapidaire de Fréteau de Saint-Just, magistrat du Parlement de Paris, était prémonitoire, presque sans appel : « Un cardinal escroc, la Reine impliquée dans une affaire de faux ! Que de fange sur la crosse et le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de liberté ! »

Accusée depuis longtemps de participer, par ses dépences excessives et insolentes, au déficit du budget du Royaume, la famille royale subit à cette occasion une avalanche d’opprobres sans précédent. Elle ne s’en remettra jamais.

(En 1785, le Cardinal de Rohan, Grand Aumônier à la Cour, en disgrâce auprès de la Reine pour d’obscures raisons, ses mœurs licencieuses a-t-on avancé, et prêt à tout pour regagner la faveur royale, intervint auprès des joaillers de la Couronne pour qu’ils cèdent à bon prix à la Reine un somptueux collier de 540 diamants. Le bijou ayant été livré clandestinement, mais la Reine prétendant l’avoir refusé, le bijou disparu, les joailliers revinrent à la charge, déclarant ne pas en avoir reçu le paiement. Le scandale fut énorme. L’affaire fut portée en justice. Le Cardinal blanchi, quelques intermédiaires sévèrement punis et marqués à l’épaule au fer rouge du V de voleur, la Reine fut innocentée. Mais dans le contexte déjà déliquescent de la période, c’est elle qui en fit tout de même les frais. Son impopularité était à son comble.)

Autres temps, mais peut-être pas autres mœurs, la chronique de Frère Joffrin de Libération, en date du lointain 13 Juillet 2016, nous relate l’Affaire du Perruquier du Roi.

Frère Joffrin, à la veille de la commémoration du 14 Juillet et de la Prise de la Bastille, douloureuse coïncidence, bien imprudent ou peut-être malintentionné dans son rôle d’hagiographe officiel du roi solféringien de l’époque, Normovis Ier, nous révéla la hauteur disproportionnée des émoluments versés chaque mois et depuis plusieurs années au sieur Olivier Benhamou, perruquier du Roi : près de 10 000 écus, sonnants et trébuchants, somme considérable pour l’époque, le salaire d’un humble journalier ou manouvrier ne dépassant jamais alors les 1000 écus. Le Roi cherchait-il à masquer son bilan derrière du fond de teint ? C’était en tout cas l’insinuation fielleuse de Frère Joffrin.

Les désastreuses tentatives d’explications fournies par la camériste du Roi et rapportées dans les gazettes et les lectures publiques des hérauts royaux dans les lucarnes du 20 h, comble du mal à propos, au lieu d’atténuer le scandale, ne firent que le renforcer.

« Le Perruquier est à la disposition du Roi 24 heures sur 24 ; il ne se fait jamais remplacer. Très tôt levé le matin, car le Roi a longue journée de travail par devers lui, il l’accompagne dans tous ses déplacements en Province et dans les Cours étrangères. C’est ainsi qu’il a même raté la naissance de son petit garçon lors du déplacement du Roi, le mois dernier, au Sommet de l’OTAN, à Varsovie, au royaume de Pologne ».

(L’OTAN était à l’époque une grande alliance militaire pour pacifier le monde, fondée par les cours européennes occidentales sous la direction du Président Jefferson des États-Unis d’Amérique. Son objet était de contenir les visées expansionnistes du tsar Vladimir qui avait annexé l’année précédente la ville de Sébastopol, au bord de la Mer Noire.)

Quand il fut rajouté par Frère Joffrin que le perruquier royal recoiffait le Roi tous les matins et autant de fois que nécessaire à chaque prise de parole publique, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, la colère du peuple se mêla d’ironie et de moquerie.

On se mit à gausser le Roi pour sa calvitie débutante et son goût immodéré de la perruque. Les rumeurs les plus mesquines se mirent à circuler racontant que pour garder la faveur de ses favorites, le Roi recourait aux traitements de vieilles femmes les plus saugrenus : application de salive de cheval, de fumier d’oie ou de toiles d’araignée, voire l’amalgame des trois…

Les plus lettrés ironisaient en faisant le rapprochement avec l’étymologie du mot alopécie,dérivé de alôpêx (le renard), par analogie avec la chute annuelle des poils d’hiver de cet animal, dès la venue du printemps.

D’autres, plus inquisiteurs et pernicieux, firent le rapprochement avec l’amitié du Roi pour le Duc Jérôme de Villeneuve-sur-Lot, son ancien Grand Argentier dont la cruauté des temps l’avait obligé à se défaire ; Grand Argentier mais également capilliculteur, et qu’on allait juger bientôt pour ses dissimulations fiscales.

Arrêtons là de citer les désastreux effets de la chronique de Frère Joffrin, dont il fut clair maintenant que, d’hagiographe, il était devenu contempteur. Beaucoup se rappelèrent qu’il s’était fait plusieurs mois auparavant le porte-parole, dans le marigot, des grenouilles qui voulaient un autre Roi. Ne cherchait-il pas là, justement, à coiffer Normovis sur le poteau ?

De tout cela, il ne resta les jours suivants que le nouveau sobriquet dont, à défaut de perruque, fut affublé Normovis : après le Badinguet de Napoléon III, il fut Pommadin Ier ! Oui, pommadin, ce terme consacré pour désigner, soit un garçon coiffeur, soit un individu infatué de lui-même et ne songeant qu’à soigner sa tête et aux pommades à y appliquer.

L’affaire se dissipa d’elle-même dans les semaines qui suivirent, les hérauts des lucarnes du 20 h ayant entre-temps soulevé d’autres lièvres et d’autres inquiétudes. Ainsi, entre autres, la futilité et les effets d’estrade d’un ministre un peu gandin qui prétendait disputer au Roi le rôle de jeune premier et de chéri de la ferveur populaire. Ce concours de beauté n’était qu’un simulacre destiné à faire oublier la cruelle situation du Royaume et la banqueroute proche, et cela n’était que trop visible. 

L’affaire ne fut pas la goutte d’eau qui fit déborder le vase, mais, les historiens le soulignent, ce dernier continuait à se remplir.

Jean Casanova

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