Marchés agricoles : la contribution des femmes demeure en grande partie invisible

Comité pour la Sécurité Alimentaire Mondiale : Intervention de Ramona Duminicioiu sur l’accès au marché des petits producteurs

(Rome, 9 juin 2016) Ramona Duminicioiu représente Ecoruralis, organisation paysanne membre de la Coordination Européenne Via Campesina en Roumanie. Elle participait les 8 et 9 juin 2016 à Rome au Groupe de travail à composition non limitée du Comité de Sécurité Alimentaire (CSA) sur les marchés liés aux systèmes alimentaires locaux, nationaux et/ou régionaux. Voici le texte de son intervention : « Dans le monde, plus de 80 pour cent des petits exploitants sont actifs sur des marchés locaux et à l’intérieur de leur pays, et la plupart d’entre eux font du commerce informel. Ces marchés, extrêmement divers, sont ceux à travers lesquels transitent la plupart des aliments consommés dans le monde.

Ils se situent à une échelle territoriale qui peut être locale, régionale ou transfrontalière et dans un cadre rural, périurbain ou urbain. Ils sont directement reliés aux systèmes alimentaires locaux, nationaux et/ou régionaux : les aliments concernés sont produits, transformés, vendus et consommés sur un « territoire » donné et la valeur ajoutée est retenue à ce niveau, contribuant à créer de l’emploi. Ils peuvent être structurés, plutôt informels ou improvisés, ce qui offre davantage de flexibilité aux petits exploitants, dresse moins d’obstacles pour y accéder et garantit un plus grand contrôle sur les prix et les conditions du marché. Ces marchés remplissent des fonctions multiples, qui ne se limitent pas aux seuls échanges de produits. Ce sont aussi des espaces de relations sociales et d’échange des connaissances. Ils sont largement ouverts et accessibles aux petits exploitants et aux autres catégories de personnes souffrant d’insécurité alimentaire, notamment les femmes, et, ainsi, contribuent à la concrétisation de leur droit humain à l’alimentation. Malgré leur importance, les marchés territoriaux sont souvent négligés dans les systèmes de collecte de données, ce qui fait que les politiques publiques ne peuvent pas être décidées à partir de données complètes. Les femmes, pour leur part, sont surtout présentes sur les marchés informels. De ce fait, la contribution importante qu’elles apportent aux systèmes alimentaires, y compris l’approvisionnement en aliments, et à la croissance économique demeure en grande partie invisible lorsqu’il s’agit d’élaborer des politiques commerciales et des politiques de développement. Elles sont confrontées à des obstacles socio économiques particuliers dans l’accès aux ressources et aux opportunités de commercialisation, ce qui engendre une marginalisation et une violation accrues de leurs droits. Compte tenu de leur importance pour la sécurité alimentaire et les moyens d’existence des petits exploitants, les politiques publiques et les investissements devraient être orientés vers le renforcement, l’expansion et la protection des marchés territoriaux. En ce qui concerne les recommandations politiques, nous proposons le recueil des données exhaustives sur les marchés locaux, intérieurs et informels – dans les zones rurales et dans les villes – liés aux territoires, afin d’améliorer la base d’éléments factuels. Les données devraient être ventilées par sexe, et être incorporées comme une composante régulière des systèmes de recueil de données nationaux et internationaux afin de pouvoir construire les politiques sur des données plus exhaustives. Nous recommandons également l’établissement transparent des prix des produits agricoles garantissant la pleine rémunération du travail des petits exploitants et de leurs investissements, y compris des femmes des zones rurales. Les politiques tarifaires devraient fournir aux petits exploitants un accès à des informations actualisées et compréhensibles sur les marchés afin de leur permettre de prendre des décisions éclairées sur les questions suivantes : quoi, quand et où vendre ? Ces politiques tarifaires devraient aussi assurer une protection contre les abus de position dominante, notamment sur les marchés concentrés. »

Article publié dans le Bulletin électronique de la Via Campesina – Juin 2016

http://viacampesina.org/fr/index.php/publications-mainmenu-30/1325-bulletin-electronique-de-la-via-campesina-juin-2016

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